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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402861

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402861

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402861
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantAKPO

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B, ressortissant marocain, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et l'interdiction de retour de trois ans pris par le préfet de la Gironde. Le tribunal a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen complet de sa situation. Il a considéré que la présence de M. B constituait une menace pour l'ordre public, justifiant le refus de séjour sur le fondement des articles L. 412-5 et L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et que la décision ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale garanti par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 avril 2024, M. A B, représenté par Me Boukoulou, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 29 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant trois ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer une carte de résident dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;

- le préfet de la Gironde n'a pas procédé à un examen complet de sa situation personnelle et familiale ;

- il ne représente aucune menace à l'ordre public ;

- l'arrêté méconnait les articles L. 423-21, L. 423-23 et L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'arrêté attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur un refus de séjour illégal et doit être annulée par voie de conséquence.

Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Mme C, représentant le préfet de la Gironde.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant marocain né le 10 mai 1997, est entré sur le territoire français le 4 mars 2009 à l'âge de onze ans. Il a obtenu un document de circulation valable jusqu'au 23 décembre 2014 et plusieurs cartes de séjour annuelles puis pluriannuelles en tant que ressortissant étranger entré avant l'âge de treize ans à partir du 8 janvier 2016 jusqu'au 8 octobre 2022. Le 8 décembre 2022, il a demandé le renouvellement de sa carte de séjour. Par un arrêté du 29 mars 2024, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pendant trois ans. M. B demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'a pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. B, mentionne les considérations de droit sur lesquelles il est fondé et, notamment, les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet précise également les éléments de faits relatifs à la situation personnelle de M. B, notamment la durée et les conditions de séjour en France, ainsi que la présence des membres de sa famille sur le territoire français, et les motifs pour lesquels il considère qu'il constitue une menace pour l'ordre public. Ainsi, l'arrêté attaqué est motivé en droit et en fait. Le moyen doit donc être écarté.

3. En deuxième lieu, le préfet de la Gironde, qui fait mention dans l'arrêté attaqué de la résidence sur le territoire français des parents et de la fratrie de M. B et de sa situation financière au regard notamment de la création de sa société, a procédé à un examen complet de la situation du requérant et le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire ou s'il entre dans les prévisions de l'article L. 421-35, l'étranger qui justifie par tout moyen avoir résidé habituellement en France depuis qu'il a atteint au plus l'âge de treize ans avec au moins un de ses parents se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. (). ". Aux termes de l'article L. 412-5 de ce code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, (). ". Enfin, aux termes de l'article L. 432-1 du même code : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ".

5. En l'espèce, il ressort des pièces du dossier et en particulier du bulletin n°2 du casier judiciaire de M. B, qu'il a été condamné le 11 septembre 2019 à une peine de 200 euros d'amende pour des faits d'usage illicite de stupéfiants commis le 14 mai 2019, ainsi qu'à une peine de trois mois d'emprisonnement avec sursis le 20 septembre 2021 pour des faits de violence sur une personne chargée d'une mission de service public n'excédant pas 8 jours commis au mois de mai 2019. Il a également fait l'objet d'une condamnation à 300 euros d'amende contraventionnelle par le tribunal judiciaire de Libourne pour violence ayant entrainé une incapacité de travail n'excédant pas 8 jours, faits commis le 29 mai 2018. Il ressort également du fichier des antécédents judiciaires que M. B est défavorablement connu des services de police pour des faits de vol par effraction dans un local d'habitation ou un lieu d'entrepôt commis le 30 mai 2020, de destruction de bien d'autrui et de violence, aggravées par deux circonstances, ayant entrainé une incapacité supérieure à 8 jours commis le 13 septembre 2020, violence sans incapacité, commis en présence d'un mineur, sur une personne étant ou ayant été conjoint ou concubin le 7 mars 2023, et de menace de délit contre une personne de même catégorie avec ordre de remplir des conditions commis entre le 18 juin et le 21 juin 2023. Ainsi, eu égard à la gravité et au caractère répété des faits, dont certains sont récents, le préfet de la Gironde qui était en droit de prendre en compte ceux n'ayant donné lieu ni à poursuite, ni à condamnation pénale, n'a pas commis d'erreur d'appréciation en considérant que M. B est une menace grave, réelle et actuelle pour l'ordre public.

6. En quatrième lieu, M. B ne peut utilement soutenir que la décision lui refusant la délivrance d'un titre de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 423-21 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet de la Gironde ne s'est pas fondé sur la circonstance que le requérant ne remplissait pas les conditions posées par ces dispositions mais sur celle qu'il représente une menace pour l'ordre public. Par suite, le moyen doit être écarté comme inopérant.

7. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.

8. M. B se prévaut de sa présence en France depuis l'âge de onze ans sous couvert de plusieurs titres de séjour régulièrement renouvelés, de la présence de l'ensemble des membres de sa famille sur le territoire français et de son insertion dans la société française. Cependant, s'il n'est pas contesté que le requérant est entré avant l'âge de treize ans sur le territoire français et qu'il a obtenu des cartes de séjours annuelles et pluriannuelles à partir de sa majorité, cette seule circonstance ne lui confère pas de droit à demeurer en France, dès lors que, ainsi qu'il a été dit au point 6, il constitue une menace pour l'ordre public. Il ne justifie par ailleurs d'aucune intégration particulière dans la société française. S'il ressort des pièces du dossier que ses parents et certains membres de sa fratrie résident régulièrement en France, cette seule présence n'a pas pour objet de lui conférer un droit particulier à y demeurer, notamment au regard des motifs pour lesquels le préfet a opposé un refus de séjour alors en outre que M. B ne conteste pas que l'un de ses frères, également de nationalité marocaine, a fait l'objet d'une mesure d'éloignement en 2021. Enfin, si le requérant fait état d'une relation sentimentale en France, il n'apporte, sur ce point, aucune précision. Ainsi, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Pour les mêmes motifs, le refus de séjour n'a pas été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et n'est pas entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

9. En sixième lieu, M. B ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article L. 251-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne sont applicables qu'aux seules ressortissants des pays membres de l'Union européenne.

10. En dernier lieu, les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour ayant été écartés, M. B n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur une décision illégale.

11. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 29 mars 2024.

Sur les autres conclusions de la requête :

12. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 29 mars 2024, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 24 septembre2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Champenois, première conseillère,

Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La première assesseure,

M. CHAMPENOIS La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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