jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402885 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 30 avril 2024 et 27 juin 2024, M. C I, représenté par Me Hachet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 octobre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité sous astreinte de 100 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable, faute pour l'administration d'apporter la preuve que la décision du bureau d'aide juridictionnelle lui a été régulièrement notifiée ;
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente faute de production d'une délégation régulièrement publiée ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte une atteinte disproportionnée au respect de son droit à une vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'il risque d'être enrôlé dans les forces armées en cas de retour dans son pays d'origine eu égard au conflit qui oppose actuellement l'Arménie à l'Azerbaïdjan.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est tardive ;
- aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
M. I a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle par une décision du 16 janvier 2024.
Par une ordonnance du 28 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 3 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Katz ;
- les conclusions de M. Bilate, rapporteur public ;
- et les observations de Me Hachet, représentant M. I.
Le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. C I, ressortissant arménien né le 28 janvier 2003, serait entré en France le 20 décembre 2017, selon ses déclarations. Le 10 février 2023, l'intéressé a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 octobre 2023, dont M. I demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit à l'issue de ce délai.
2. En premier lieu, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164 le même jour, le préfet de la Gironde a donné délégation à Mme G F, adjointe à la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E et de Mme H B. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. M. I se prévaut de ce qu'il est entré en France alors qu'il avait quatorze ans, qu'il y réside avec sa sœur et son frère depuis six ans et qu'il justifie d'une bonne insertion scolaire. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que la mère de l'intéressé s'est maintenu illégalement sur le territoire français malgré un arrêté du 30 octobre 2019 portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que M. I s'est lui-même illégalement maintenu sur le territoire français à compter de sa majorité malgré une mesure d'éloignement prononcée le 13 décembre 2021 et qui lui a été régulièrement notifiée le 15 décembre 2021, ainsi qu'en atteste l'avis de réception produit en défense dont les mentions claires, précises et concordantes indiquent que le pli a été avisé au requérant mais non réclamé. M. I ne saurait se prévaloir de la présence en France de sa mère et de son frère, alors qu'il ressort des pièces du dossier que ceux-ci résident sur le territoire sans titre de séjour et font l'objet de mesures d'éloignement. En outre, la seule circonstance que sa sœur, qui a bénéficié d'une carte pluriannuelle de séjour dont elle a demandé le renouvellement, réside en France avec son conjoint et ses enfants ne saurait ouvrir un droit au séjour à M. I alors que celui-ci ne produit aucun élément permettant d'apprécier l'intensité des liens qu'il entretiendrait avec eux. Par ailleurs, le requérant qui est célibataire et sans enfant à charge, ne justifie pas d'une intégration particulière en France. A cet égard, la seule circonstance que l'intéressé a validé un niveau élémentaire en langue française, qu'il a poursuivi sa scolarité après sa majorité en obtenant un certificat d'aptitude professionnelle spécialité " serrurier métallier ", qu'il justifie de son inscription au lycée de Blanquefort en vue de préparer le baccalauréat professionnel spécialité " technicien en chaudronnerie industrielle " au titre de l'année 2023 dans le cadre duquel il a, postérieurement à la décision attaquée, conclu un contrat d'apprentissage, et qu'il a travaillé trois mois durant l'été 2022 alors qu'il était étudiant, ne suffit pas à lui ouvrir un droit au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
5. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4 et alors que M. I ne démontre pas être dépourvu de tout lien avec son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à ses quatorze ans et où résident son père et deux membres de sa fratrie, l'arrêté litigieux ne porte pas au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a été pris. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".
7. M. I soutient qu'en cas de retour en Arménie, il serait exposé à des traitements contraires à ces stipulations en raison du risque d'être enrôlé de force au sein de l'armée de son pays. Toutefois, et alors qu'il ressort par ailleurs de la fiche Télemofpra produite en défense que la demande d'asile déposée par M. I a été rejetée par une décision du 27 avril 2021 de l'Office français de la protection des réfugiés et apatrides confirmée par une décision du 24 juin 2021 de la cour nationale du droit d'asile, l'intéressé ne produit aucun élément au soutien de ses déclarations. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. I doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles liées aux frais de l'instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de M. I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C I, à Me Hachet et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
M. Fernandez, premier conseiller,
M. Boutet-Hervez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
D. Katz L'assesseur le plus ancien,
D. Fernandez La greffière,
M. D
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
N°2402885
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