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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402890

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402890

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402890
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. H, ressortissant turc, qui contestait l'arrêté du préfet de la Gironde refusant le renouvellement de son titre de séjour en tant que conjoint de Français, assorti d'une obligation de quitter le territoire. Le tribunal a écarté l'ensemble des moyens soulevés, notamment l'incompétence de l'auteur de l'acte, le défaut de motivation, le non-respect du droit d'être entendu, et la méconnaissance des articles L. 423-5 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. La solution retenue confirme la légalité de la décision préfectorale, fondée sur l'absence de communauté de vie continue avec l'époux français.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 1er mai et le 20 septembre 2024, M. B H, représenté par Me Lassort, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard et de lui remettre, dans l'attente et dans les plus brefs délais, une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français et la décision fixant le pays de destination ont été pris par une autorité incompétente ;

- la notification de ces décisions ne respecte pas la procédure prévue aux articles L. 112-15 et R. 112-19 du code des relations entre le public et l'administration dès lors que son accord exprès aurait dû être recueilli avant de procéder à une notification par voie électronique ;

- le refus de séjour est insuffisamment motivé ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation dès lors notamment qu'il n'a jamais reçu les convocations adressées par la préfecture de la Gironde dans le cadre de l'instruction de sa demande et qu'il dispose de revenus stables ;

- son droit à être entendu, garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été respecté dès lors que le préfet ne l'a pas mis en mesure de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée ;

- le refus de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que la rupture de la communauté de vie avec son époux est imputable aux violences conjugales dont il était victime ;

- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation en refusant de l'admettre, à titre exceptionnel, au séjour ;

- l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur un refus de séjour illégal et doit être annulée par voie de conséquence ;

- son droit à être entendu, garanti par les stipulations de l'article 41 de la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne n'a pas été respecté dès lors que le préfet ne l'a pas mis en mesure de présenter ses observations préalablement à l'édiction de la décision attaquée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen sérieux de sa situation ;

- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision fixant le pays de destination est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale et doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 6 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. H a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 21 mai 2024.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure ;

- et les observations de Me Lassort, représentant M. H.

Considérant ce qui suit :

1. M. H, ressortissant turc né le 17 août 1993, est entré régulièrement sur le territoire français au mois de septembre 2021. Un titre de séjour d'un an en qualité de conjoint d'un ressortissant de nationalité française lui a été délivré le 2 mai 2022, à la suite de son mariage avec M. D J. Par un arrêté du 8 février 2024, le préfet de la Gironde a rejeté la demande de renouvellement de titre de séjour adressée par M. H le 28 juin 2023, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. H demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :

2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164 le même jour, donné délégation à Mme G F, adjointe à la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E et de Mme I C. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de la décision en litige. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, les conditions dans lesquelles une décision administrative est notifiée n'ont aucune incidence sur la légalité de cette décision. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de la procédure prévue aux articles L. 112-15 et R. 112-19 du code des relations entre le public et l'administration est inopérant.

En ce qui concerne le refus de séjour :

4. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à mentionner de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. H, vise les dispositions des articles L. 423-1 et L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne de manière précise et circonstanciée les conditions d'entrée et de séjour du requérant en France, ainsi que les motifs pour lesquels son titre de séjour mention " vie privée et familiale ", délivré en raison de sa qualité de conjoint de Français, ne peut pas être renouvelé. Enfin, après avoir relevé que M. H n'entrait dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit, la décision précise qu'au regard de sa situation personnelle, le refus de séjour ne contrevient pas aux stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée en droit et en fait, et le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

5. En deuxième lieu, il résulte des termes de la décision attaquée que pour refuser de renouveler le titre de séjour de M. H, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que le requérant ne remplissait plus les conditions relatives à l'obtention d'un titre de séjour en tant que conjoint d'un ressortissant français. Il a également pris en considération la situation personnelle du requérant, et notamment l'absence de liens personnels anciens et stables en France, l'existence d'attaches familiales dans son pays d'origine et l'absence de ressources financières.

6. D'une part, pour constater la fin de la communauté de vie entre les époux, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que l'époux du requérant a engagé une procédure de divorce et qu'une ordonnance fixant les mesures provisoires prise le 25 mai 2023 par le juge aux affaires familiales obligeait le requérant à quitter le domicile conjugal dans un délai de deux mois. Il ressort des termes de la décision attaquée que deux convocations, auxquels il n'a pas déféré, lui ont été adressées pour des rendez-vous prévus le 9 novembre 2023 et le 15 janvier 2024 afin que les services compétents vérifient l'effectivité de la communauté de vie entre les époux. Si M. H soutient ne pas avoir eu connaissance de ces documents dès lors qu'ils ont été envoyés au domicile de son ancien compagnon, qui ne les lui a pas transmises, il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant aurait informé, ainsi qu'il lui appartenait de le faire, les services de la préfecture de son changement de domicile le 1er octobre 2023 et il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant ait informé les services de la préfecture de l'existence de violences conjugales. Dans ces conditions, il ne peut reprocher au préfet de ne pas en avoir fait mention. D'autre part, si le requérant a conclu un contrat à durée indéterminée avec la société NAOS Hôtel le 31 août 2023, pour lequel la période d'essai a été prolongée jusqu'au 30 septembre 2023, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait informé le préfet de la Gironde de l'évolution de sa situation professionnelle alors qu'il n'est pas contesté que son premier contrat de travail avait été suspendu du fait de l'irrégularité de sa situation administrative. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde, qui s'est prononcé en considération des éléments portés à sa connaissance, a procédé à un examen complet de la situation du requérant. Le moyen soulevé en ce sens doit être écarté.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " Toute personne a le droit de voir ses affaires traitées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".

8. M. H, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a nécessairement été conduit à préciser à l'administration les motifs pour lesquels il demandait que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous les éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Il a d'ailleurs été invité à se présenter le 9 novembre 2023 et le 15 janvier 2024 à la préfecture de la Gironde pour compléter sa demande de titre de séjour. Le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit donc être écarté.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies : / 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ; / 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ;/ 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français ". Aux termes de l'article L. 423-5 de ce code : " La rupture de la vie commune n'est pas opposable lorsqu'elle est imputable à des violences familiales ou conjugales. En cas de rupture de la vie commune imputable à des violences familiales ou conjugales subies après l'arrivée en France du conjoint étranger, mais avant la première délivrance de la carte de séjour temporaire, le conjoint étranger se voit délivrer la carte de séjour prévue à l'article L. 423-1 sous réserve que les autres conditions de cet article soient remplies. ".

10. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite de son mariage avec M. D J le 13 novembre 2021, M. H a obtenu un titre de séjour en tant que conjoint d'un ressortissant français valable du 2 mai 2022 au 1er mai 2023. Si le requérant soutient que la communauté de vie avec son époux a été rompue en raison des violences conjugales dont il a été victime, il se borne à produire un dépôt de plainte enregistrée le 23 mai 2023 pour des faits de violences sans incapacité commis entre le 1er novembre 2022 et le 22 mai 2023 et n'apporte aucune précision sur les violences qu'il aurait effectivement subies lesquelles n'ont, au demeurant, donné lieu à aucune poursuite. En outre, si le requérant produit un courrier adressé par son conseil dans le cadre de la procédure de divorce engagé par son époux au conseil de ce dernier, il indique uniquement que l'époux du requérant a rassemblé ses affaires dans un sac poubelle et les a déposées dans la rue, mais ne mentionne pas l'existence de violences conjugales ayant conduit à la rupture de la communauté de vie. Enfin, par une ordonnance du 25 mai 2023, le juge aux affaires familiales a prononcé les mesures provisoires concernant le divorce en lui, notamment, accordant un délai de deux mois pour quitter le domicile sans avoir relevé l'existence de violences conjugales. Par suite, M. H, qui ne démontre pas la réalité des violences conjugales alléguées, n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour attaqué a été pris en méconnaissance de l'article L. 423-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

12. Le requérant se prévaut de la durée de son séjour en France, des liens personnels qu'il a noués sur le territoire français, de son insertion professionnelle et de la circonstance qu'il a rompu toutes relations avec les membres de sa famille. Il ressort cependant des pièces du dossier que si M. H réside sur le territoire depuis trois ans, il a obtenu un titre de séjour en raison de son mariage avec un ressortissant français. Or, il n'est pas contesté que la communauté de vie entre les époux a cessé et qu'une procédure de divorce est en cours d'instance. Si le requérant indique avoir des liens personnels, anciens et stables sur le territoire français, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir alors qu'il a vécu jusqu'à l'âge de dix-huit ans dans son pays d'origine, où résident toujours les membres de sa famille. A cet égard, s'il fait valoir que sa famille l'a rejeté à cause de son homosexualité, la production de captures d'écrans d'une conversation par message, non datée, et dont la traduction n'est pas authentifiée ne suffit pas à établir qu'il a rompu tous liens avec tous les membres de sa famille. Dans ces conditions, en refusant de délivrer le titre de séjour demandé, le préfet de la Gironde n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit donc être écarté.

13. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. H.

14. En dernier lieu, il ne ressort d'aucune pièce du dossier que M. H aurait demandé son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni que le préfet aurait examiné, d'office, sa situation au regard de ces dispositions. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste commise par le préfet de la Gironde dans l'appréciation de sa situation personnelle en application des critères posés par les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et celui tiré de la méconnaissance de cet article sont inopérants et ne peuvent être accueillis.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

17. Les moyens soulevés à l'encontre du refus de séjour ayant été écartés, M. H n'est pas fondé à soutenir que l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur une décision illégale.

18. Aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () "

19. L'obligation de quitter le territoire français en litige vise les textes dont elle fait application et précise les principaux éléments objectifs et concrets caractérisant la situation personnelle de M. H. Le préfet, saisi d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour mention " vie privée et familiale " initialement délivré en tant que conjoint d'un ressortissant de nationalité française, a examiné son droit au séjour au regard de la communauté de vie existante entre les époux, de la durée du séjour de M. H, de son insertion dans la société française et des liens personnels dont il dispose sur le territoire français. Ainsi, l'obligation de quitter le territoire français est suffisamment motivée, a été précédé d'un examen suffisant de la situation du requérant et n'a pas été prise en méconnaissance de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

20. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 10, le moyen tiré de la méconnaissance de son droit à être entendu doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

21. Les moyens soulevés à l'encontre de l'obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. H n'est pas fondé à soutenir que la décision fixant le pays de destination est fondée sur une décision illégale.

22. Aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants. ". Aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " () Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950. ".

23. M. H soutient qu'il ne peut pas retourner en Turquie en raison du positionnement des autorités turques par rapport à la communauté homosexuelle et des menaces de mort proférées par son frère après l'officialisation de son union avec un homme. Cependant, si le requérant produit des captures d'écran d'une conversation par message qu'il aurait eu avec une personne qu'il désigne comme son frère, celles-ci n'ont pas fait l'objet d'une traduction assermentée et ne disposent pas d'une valeur probante suffisante de nature à démontrer qu'il risquerait des traitements inhumains ou dégradants, perpétrés par sa famille, en cas de retour en Turquie, ni qu'il ne pourrait être protégé par les autorités de son pays. En outre, le requérant, qui admet qu'aucune disposition pénale répressive spécifique n'est prévue dans son pays d'origine, produit un rapport établi par l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides du 22 juin 2020 relatif à la situation des minorités sexuelles et de genre, au terme duquel le droit turc a décriminalisé les relations sexuelles entre adultes consentants de même sexe depuis 1858 et ne mentionne pas l'orientation sexuelle comme motif de discrimination. Si ce rapport indique aussi qu'il n'existe aucun dispositif juridique positif de lutte contre ce type de discrimination et que de nombreux cas de discrimination des personnes homosexuelles ont été relatés, ce document ne permet pas d'établir que M. H serait personnellement exposé, en raison de son orientation sexuelle, à des risques de traitements prohibés par l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, en cas de retour en Turquie. Ainsi, le moyen tiré de la méconnaissance de ces stipulations doit être écarté.

24. Il résulte de tout ce qui précède que M. H n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 8 février 2024.

Sur les autres conclusions de la requête :

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. H ont été rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B H et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Champenois, première conseillère,

Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La première assesseure,

M. CHAMPENOIS La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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