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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2402943

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2402943

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2402943
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBABOU

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 mai 2024 et un mémoire enregistré le 8 juillet 2024, Mme D A représentée par Me Babou, avocate, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;

- le refus de séjour n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen complet de sa situation ;

- le refus de séjour méconnait les dispositions des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet n'a pas suffisamment motivé l'obligation de quitter le territoire français ;

- il n'a pas procédé à un examen approfondi de sa situation ;

- l'obligation de quitter le territoire français porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle porte atteinte à l'intérêt supérieur de ses enfants tel que garanti par les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits des enfants ;

- le préfet n'a pas respecté son droit à être entendue préalablement à l'édiction de la décision attaquée ;

- la décision fixant le pays de destination est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale.

Par un mémoire en défense enregistré le 21 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant, signée à New-York le 26 juin 1990 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure ;

- les observations de Me Rodrigues, représentant Mme A.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D A, ressortissante ivoirienne née le 12 décembre 1996, est entrée régulièrement sur le territoire français le 13 septembre 2021. Un titre de séjour en qualité parent d'un enfant mineur de nationalité française lui a été délivré le 9 août 2022 valable jusqu'au 8 août 2023. Le 29 juin 2023, elle a demandé le renouvellement de ce titre de séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 5 avril 2024, le préfet de la Gironde a rejeté sa demande, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ". Aux termes de l'article L. 423-8 de ce code : " Pour la délivrance de la carte de séjour prévue à l'article L. 423-7, lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, doit justifier que celui-ci contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du code civil, ou produire une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. / Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant. ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme A est mère de deux filles, C B née le 9 décembre 2018 en Côte d'Ivoire et Alina B, née le 20 mai 2023 en France, qui sont toutes deux de nationalité française. Pour refuser de renouveler le titre de séjour de Mme A en qualité de parent d'enfants français, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que M. B, le père de ses deux enfants réside au Niger et qu'il ne participe pas à leur entretien et à leur éducation.

4. Il ressort cependant des pièces du dossier, et en particulier des deux attestations produites par M. B, que le couple a successivement vécu en Côte d'Ivoire, au Burkina Faso et au Niger, pays dans lesquels il résidait pour des motifs professionnels, avant d'emménager sur le territoire français. Si M. B réside toujours au Niger où il a occupé un poste de responsable des opérations en tant que détaché au sein du ministère de l'intérieur du Niger dans le cadre d'une formation destinée à la brigade cynophile de la police nationale, son employeur, la société STS Niger précise, dans une attestation de situation rédigée le 11 avril 2024 qu'il est en attente de la régularisation de son solde et de sa situation administrative afin de retourner sur le territoire français. Il ressort par ailleurs des nombreuses pièces produites à l'appui de la requête que M. B participe régulièrement à l'entretien financier de ses enfants en procédant à des virements bancaires réguliers d'un montant compris entre 100 et 750 euros, en dépit de ses difficultés pour obtenir le versement de son solde et qu'il participe à leur éducation et maintient un contact quotidien au moyen d'appels téléphoniques et de visioconférences. Les attestations rédigées par le directeur du centre de judo dans lequel C, la fille ainée du couple, est inscrite, celle de la directrice de son école élémentaire, et celle du médecin généraliste que les enfants consultent en France corroborent la participation du père chaque fois qu'il est présent sur le territoire français. Enfin, il ressort des pièces du dossier que Mme A et ses enfants ne sont pas isolés en France, où ils sont entourés par les membres de la famille de M. B, en particulier le grand-père de ce dernier chez qui les enfants se rendent régulièrement et qui les accompagne à l'école et aux activités extrascolaires, ainsi que par les amis du couple. Ainsi, malgré la distance, il ressort des pièces du dossier que M. B participe effectivement à l'entretien et l'éducation de ses filles qui résident sur le territoire national avec leur mère. Dans ces conditions, le refus de séjour attaqué a été pris en méconnaissance des articles L. 423-7 et L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 5 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'injonction :

6. Eu égard au motif d'annulation retenu, et sous réserve d'un changement dans la situation de droit ou de fait de l'intéressée, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Gironde de délivrer à Mme A, dans un délai de deux mois, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de de mettre à la charge de l'État une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens.

DECIDE :

Article 1er : L'arrêté du 5 avril 2024 est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer à Mme A dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement, un titre de séjour mention " vie privée et familiale " sur le fondement de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Article 3 : L'Etat versera à Mme A une somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme D A, à Me Babou et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Champenois, première conseillère,

Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La première assesseure,

M. CHAMPENOIS La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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