jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2402996 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 4ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire n'ayant pas été communiqué, enregistrés les 7 mai 2024 et 9 juillet 2024, Mme E A, représentée par Me Thiam, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 8 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pouvait être reconduite ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour temporaire mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente en l'absence de production d'une délégation expresse et régulièrement publiée ;
- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen approfondi de sa situation ;
- le préfet de la Gironde s'est cru en compétence liée en n'envisageant pas la possibilité de régulariser sa situation à titre exceptionnel ;
- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'un vice de procédure dès lors que le préfet de la Gironde n'a pas recueilli ses observations ;
- l'arrêté litigieux est entaché d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'articles L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- il est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 21 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par la requérante n'est fondé.
Par une ordonnance du 21 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 23 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Katz ;
- et les observations de Me Thiam, représentant Mme A présente à l'audience.
Le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Mme E A, ressortissante sénégalaise née le 4 novembre 1990, est entrée en France le 9 juin 2022 munie d'une carte de résident italienne valable jusqu'au 17 mars 2032. L'intéressée a fait l'objet d'un premier refus de titre de séjour assorti d'une mesure d'éloignement, prononcé le 22 juillet 2023. Mme A a par la suite sollicité, le 28 septembre 2023, un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 8 avril 2024, dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pouvait être reconduite à l'issue de ce délai.
2. En premier lieu, par un arrêté du 29 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°33-2024-080, le préfet de la Gironde a donné délégation à Mme D B, cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".
4. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci mentionne les textes applicables en l'espèce, notamment les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ainsi que les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquels il était saisi. Elle précise également les éléments relatifs à la situation administrative, personnelle et familiale de l'intéressée, notamment son entrée récente sur le territoire, la circonstance qu'elle fait l'objet d'une mesure d'éloignement suite à un refus de séjour prononcé le 22 juillet 2023, que son conjoint réside légalement en France et que ses enfants y sont scolarisés, et conclut par ailleurs, à titre subsidiaire, que la requérante ne justifie d'aucun motif humanitaire ou exceptionnel en vue de la régularisation de sa situation. Elle mentionne en outre la circonstance que Mme A est détentrice d'une carte de séjour italienne et ne remplit pas les conditions permettant la délivrance d'un titre de séjour aux conjoints de résidents longue durée UE. Dans ces conditions, la décision litigieuse met à même l'intéressée d'en comprendre le fondement. En outre, il ne ressort pas des termes de celle-ci que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation de la requérante, notamment au regard de la circonstance qu'elle détient une carte de résident en Italie. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent par suite être écartés.
5. En troisième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que le préfet de la Gironde, qui a bien examiné la demande de Mme A sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, se serait cru lié par la circonstance que l'intéressée ne remplissait pas les conditions pour obtenir la délivrance d'un titre de plein droit.
6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 41 de la Charte des droits fondamentaux de l'Union européenne : " 1. Toute personne a le droit de voir ses affaires réglées impartialement, équitablement et dans un délai raisonnable par les institutions et organes de l'Union. / 2. Ce droit comporte notamment : / - le droit de toute personne d'être entendue avant qu'une mesure individuelle qui l'affecterait défavorablement ne soit prise à son encontre () ".
7. La requérante, qui a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, a nécessairement été conduite à préciser à l'administration les motifs pour lesquels elle demandait que lui soit délivré un titre de séjour et à produire tous éléments susceptibles de venir au soutien de cette demande. Elle a ainsi été mise à même de faire valoir tous éléments d'information ou arguments de nature à influer sur le contenu des mesures contestées. Le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas sollicité ses observations doit par suite être écarté.
8. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
9. Mme A se prévaut de ce que ses intérêts privés et familiaux seraient désormais situés en France en ce que son conjoint y réside sous couvert d'une carte de séjour temporaire. Il ressort toutefois des pièces du dossier que l'intéressée est entrée récemment en France, soit en septembre 2022 et ne justifie d'aucune insertion particulière sur le territoire, notamment professionnelle, à la date de la décision attaquée. Par ailleurs, la circonstance que les enfants de la requérante soient scolarisés en France et que son dernier fils y soit né ne suffit pas à caractériser des liens suffisamment anciens et intenses sur le territoire. En outre, la circonstance que son conjoint, un compatriote avec lequel elle s'est mariée en 2013 au Sénégal, dispose d'une carte de séjour temporaire d'un an en France en qualité de " travailleur temporaire ", dont il attendait au demeurant le renouvellement à la date de la décision attaquée, ne suffit pas à ouvrir un droit au séjour à la requérante alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les deux époux disposent de cartes de résident en Italie valables jusqu'en 2032. La décision litigieuse ne fait par ailleurs pas obstacle à ce que le couple dépose, s'il s'y croit fondé, une demande de regroupement familial. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit et l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doivent être écartés.
10. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 9, et en particulier au regard du caractère récent de l'entrée de Mme A sur le territoire et de la circonstance que les décisions litigieuses ne s'opposent pas à la reconstitution de la cellule familiale en Italie, où les requérants disposent de cartes de résident valables jusqu'en 2032 et où ils ont résidé avec leurs enfants durant plusieurs années, ou encore au Sénégal sur le territoire duquel sont établis les frères et sœurs de la requérante et où elle a vécu la majeure partie de sa vie, la décision litigieuse ne porte pas une atteinte au droit du requérant au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
11. En septième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
12. Au regard de ce qui a été dit aux points 9 et 10, et alors que Mme A ne se prévaut par ailleurs d'aucune circonstance humanitaire ou exceptionnelle, le préfet de la Gironde n'a pas entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation, en particulier au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles liées aux frais de l'instance.
D E C I D E:
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme E A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Katz, président,
M. Fernandez, premier conseiller,
M. Boutet-Hervez, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
Le président-rapporteur,
D. Katz L'assesseur le plus ancien,
D. Fernandez La greffière,
M. C
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2402996
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
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