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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403004

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403004

mardi 22 avril 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403004
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantJOURDAIN DE MUIZON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 7, 17 mai et 1er juillet 2024, M. A B, représenté par Me Jourdain de Muizon, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 12 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement refusé de renouveler sa carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale " et de lui délivrer une carte de résident " résident longue durée-UE " ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de résident ou, à défaut, une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale ", dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard et de lui délivrer dans l'attente un récépissé l'autorisant à travailler, dans un délai de 48 heures à compter de la notification du jugement ;

4°) et de mettre à la charge de l'Etat le paiement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il y a lieu de statuer sur ses conclusions tendant à l'annulation de la décision attaquée dès lors que le titre de séjour qui lui a été accordé ne correspond pas à sa demande ; le titre délivré, qui n'est valable que quelques mois, repose sur un fondement juridique différent et plus précaire ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ; il a sollicité la communication des motifs de la décision implicite par un courrier reçu le 29 avril 2024, auquel le préfet de la Gironde n'a pas répondu ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 426-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; il est en situation régulière depuis 2014, il justifiait de ressources stables à la date de la décision attaquée et d'une assurance maladie ;

- le préfet a méconnu les dispositions de l'article L. 433-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas cessé de remplir les conditions de délivrance de la carte pluriannuelle " vie privée et familiale " dont il était titulaire ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2024, le préfet de la Gironde conclut qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. B et au rejet des prétentions présentées au titre des frais d'instance.

Il soutient que la requête est dépourvue d'objet dès lors qu'il a accordé à M. B un titre de séjour en qualité d'étudiant valable du 6 mai au 31 octobre 2024.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,

- et les observations de Me Jourdain de Muizon, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, ressortissant ivoirien né le 4 novembre 1983, est entré en France le 5 juillet 2014 selon ses déclarations. Le préfet de la Gironde lui a délivré un titre de séjour " vie privée et familiale ", en raison de son état de santé, renouvelé jusqu'en 2017. Par la suite, il s'est vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle " vie privée et familiale ", renouvelée jusqu'au 9 août 2023. Le 12 juin 2023, M. B a sollicité, d'une part, le renouvellement de sa carte pluriannuelle et, d'autre part, la délivrance d'une carte de résident. Le silence gardé par le préfet de la Gironde a fait naître une décision implicite de rejet le 12 octobre 2023 dont M. B demande l'annulation.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. Par décision du 2 juillet 2024, le bureau d'aide juridictionnelle établi près le tribunal judiciaire de Bordeaux a admis M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Ainsi, les conclusions tendant à l'admission du requérant au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur l'exception de non-lieu à statuer opposée par le préfet de la Gironde :

3. Le préfet de la Gironde fait valoir qu'il n'y a plus lieu de statuer sur la requête de M. B dès lors qu'il lui a délivré, postérieurement à l'enregistrement de la requête, un titre de séjour portant la mention " étudiant " valable du 6 mai au 31 octobre 2024. M. B soutient toutefois, sans être contesté en défense, qu'il a sollicité le renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle portant la mention " vie privée et familiale " ainsi que la délivrance d'une carte de résident. Dans ces conditions, dès lors que le titre de séjour délivré par le préfet n'est pas celui qu'il avait sollicité et qu'il n'emporte pas les mêmes effets, les conclusions tendant à l'annulation de la décision en litige n'ont pas perdu leur objet. Par suite, et contrairement à ce que soutient le préfet de la Gironde en défense, il y a lieu de statuer sur la requête présentée par M. B.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. D'une part, aux termes de l'article L. 112-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute demande adressée à l'administration fait l'objet d'un accusé de réception. () Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes du premier aliéna de l'article L. 112-6 de ce code : " Les délais de recours ne sont pas opposables à l'auteur d'une demande lorsque l'accusé de réception ne lui a pas été transmis ou ne comporte pas les indications exigées par la réglementation ". Aux termes de l'article R. 112-5 du même code : " L'accusé de réception () indique si la demande est susceptible de donner lieu à une décision implicite de rejet ou à une décision implicite d'acceptation. Dans le premier cas, l'accusé de réception mentionne les délais et les voies de recours à l'encontre de la décision () ". Il résulte de ces dispositions qu'en l'absence d'un accusé de réception comportant les mentions prévues par ces dernières dispositions, les délais de recours contentieux contre une décision implicite de rejet ne sont pas opposables à son destinataire.

5. D'autre part, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 232-4 du même code : " Une décision implicite intervenue dans les cas où la décision explicite aurait dû être motivée n'est pas illégale du seul fait qu'elle n'est pas assortie de cette motivation. / Toutefois, à la demande de l'intéressé, formulée dans les délais du recours contentieux, les motifs de toute décision implicite de rejet devront lui être communiqués dans le mois suivant cette demande () ".

6. Enfin, en vertu des articles R. 432-1 et R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le silence gardé par l'administration sur les demandes de titres de séjour au terme d'un délai de quatre mois vaut décision implicite de rejet.

7. M. B fait valoir sans être contesté en défense qu'il a déposé une demande reçue le 12 juin 2023 tendant au renouvellement de sa carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " ou à la délivrance d'une carte de résident. Il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est pas allégué en défense par le préfet de la Gironde, que cette demande aurait été incomplète. En l'absence de réponse expresse dans le délai de quatre mois, prévu par les dispositions de l'article R. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, une décision implicite de rejet est née le 12 octobre 2023. La demande de titre de séjour formée par M. B n'ayant pas fait l'objet d'accusé de réception mentionnant les voies et délais de recours, sa demande de communication des motifs de la décision implicite rejetant cette demande, adressée par courrier reçu le 26 avril 2024, a nécessairement été formée avant l'expiration du délai de recours contentieux. Il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il ait été répondu à cette demande de communication des motifs dans le délai d'un mois imparti à l'administration par les textes précités. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation.

8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision implicite du préfet de la Gironde rejetant la demande de renouvellement de la carte de séjour de M. B ou de délivrance d'une carte de résident doit être annulée.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard au motif d'annulation retenu, le présent jugement implique seulement que le préfet de la Gironde réexamine la situation de M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et de le munir d'un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

10. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Jourdain de Muizon, avocate de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser au conseil du requérant au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions de la requête tendant à l'admission de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2: La décision du 12 octobre 2023 par laquelle le préfet de la Gironde a implicitement refusé de renouveler la carte de séjour pluriannuelle mention " vie privée et familiale " à M. B ou de lui délivrer une carte de résident est annulée.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement et de le munir d'un récépissé l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours.

Article 4 : L'Etat versera à Me Jourdain de Muizon, la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la part contributive de l'Etat à la mission d'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet de la Gironde et à Me Jourdain de Muizon.

Délibéré après l'audience du 8 avril 2025, à laquelle siégeaient :

- Mme Chauvin, présidente,

- Mme Ballanger, première conseillère,

- Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 avril 2025 .

La rapporteure,

M. BALLANGER La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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