mardi 8 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403108 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 mai et 20 juin 2024, M. D C représenté par Me Georges, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- le refus de séjour n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation ;
- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors que sa situation professionnelle justifie son admission exceptionnelle au séjour ;
- le refus de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- l'obligation de quitter le territoire français n'est pas suffisamment motivée et n'a pas été précédée d'un examen sérieux de sa situation.
Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 et 25 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
M. C a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifié ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure ;
- et les observations de Me Georges, représentant M. C.
Considérant ce qui suit :
1. M. D C, ressortissant ivoirien né le 14 novembre 1977, est entré sur le territoire français le 27 septembre 2015 en possession d'un visa D long-séjour portant la mention " étudiant ", valable un an. Il a obtenu plusieurs titres de séjour en tant qu'étudiant, dont le dernier a expiré le 31 décembre 2019. Sa demande de changement de statut, enregistrée le 13 novembre 2019 afin d'obtenir un titre de séjour " salarié " a été refusée après rejet de la demande d'autorisation de travail par la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi. M. C a demandé le 5 octobre 2021 son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 avril 2024, le préfet de la Gironde a refusé sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. Il ressort de la consultation du site de la préfecture, librement accessible, que M. A B, directeur de l'immigration à la préfecture de la Gironde et signataire de l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté du préfet de la Gironde du 29 mars 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer toutes décisions, documents et correspondances pour les matières relevant de sa direction, au nombre desquelles figurent les décisions litigieuses. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté du 16 avril 2024 attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. En premier lieu, le refus de séjour attaqué vise les considérations de droit sur lesquelles il est fondé et, en particulier, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation du requérant, ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation du requérant, a pris en considération sa présence régulière sur le territoire français depuis le 27 septembre 2015, les différents titres de séjour qui lui ont été accordés, avant le rejet de sa demande d'autorisation de travail ainsi que les différents aspects de sa situation personnelle, familiale et professionnelle avant de conclure que cette situation ne répondait pas à des considérations humanitaires ou motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, sur le fondement duquel il a été saisi et qu'il n'entrait pas dans aucun autre cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit. La décision attaquée est ainsi motivée en droit et en fait. Le moyen manque en fait.
4. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation décrite au point précédent, que le préfet de la Gironde a procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. C et a pris en compte notamment son ancienneté de séjour en France. Le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à cet examen manque en fait et doit dès lors être écarté.
5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. C a occupé un emploi d'agent de service auprès de la société " Gesti Pro Aquitaine " depuis le mois de janvier 2016, tout d'abord à temps partiel en complément de ses études puis à temps complet après la signature d'un avenant à son contrat le 7 janvier 2020. Si le requérant dispose d'un contrat à durée indéterminée, cet emploi ne correspond pas à ses qualifications dès lors qu'il a été diplômé par l'université de Bordeaux d'un master d'économie appliquée et il ne ressort pas des pièces du dossier qu'il lui permet de subvenir à ses besoins. En outre, si le requérant se prévaut de sa présence sur le territoire français depuis huit ans, il n'a été autorisé à y séjourner qu'en possession d'un titre de séjour " étudiant " qui ne lui donnait pas vocation à demeurer en France au terme de ses études universitaires. Il a, par la suite, disposé du droit de s'y maintenir dans le cadre de l'instruction de ses différentes demandes de titre de séjour. Enfin, le requérant ne justifie pas en France de liens personnels anciens et stables. Dans ces conditions, le refus de séjour attaqué n'a pas été pris en méconnaissance de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation de M. C. Ces moyens doivent donc être écartés.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. M. C se prévaut de la durée de son séjour en France, des liens personnels dont il dispose sur le territoire et de son insertion dans la société française. Il ressort cependant des pièces du dossier que si le requérant réside régulièrement en France depuis 2015, il ne démontre pas avoir développé des liens personnels anciens et stables en France. S'il produit un certificat d'enregistrement d'un pacte civil de solidarité, ce certificat conclu le 14 avril 2024 est très récent à la date de la décision attaquée et il n'apporte aucune précision quant à la durée de la relation qu'il entretient avec son concubin, ni sur l'existence d'une communauté de vie effective ancienne et stable. Il ressort des pièces du dossier, et notamment des renseignements qu'il a lui-même fournis à l'appui de sa demande de titre de séjour, qu'il a vécu dans son pays d'origine jusqu'à l'âge de trente-six ans, et que résident toujours en Côte d'Ivoire ses parents, sa fratrie ainsi que son enfant, mineur. Ainsi, et bien qu'il ne soit pas contesté que le requérant a constamment occupé un emploi afin de subvenir à ses besoins, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour attaqué porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale du requérant tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Cette décision n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
9. L'obligation de quitter le territoire français vise les textes dont elle fait application, et précise les principaux éléments objectifs et concrets caractérisant la situation personnelle de M. C, avant d'en déduire que rien ne fait obstacle à ce qu'il fasse l'objet d'une mesure d'éloignement. Ainsi, la décision attaquée est suffisamment motivée et a été précédée d'un examen suffisant de la situation du requérant.
10. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 16 avril 2024.
Sur les autres conclusions de la requête :
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. C doivent rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction sous astreinte, et celles relatives aux frais de l'instance ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Champenois, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.
La première assesseure,
M. CHAMPENOIS La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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