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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403113

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403113

jeudi 19 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403113
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A, ressortissant marocain, contestant l'arrêté du préfet de Lot-et-Garonne refusant son titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire sans délai et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a notamment écarté le moyen tiré de l'incompétence du signataire et a examiné la légalité du refus de séjour au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, relatif au parent d'enfant français. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 14 mai 2024, M. C A, représenté par Me Aymard, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 avril 2024 par lequel le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et interdit son retour pour une durée d'un an ;

2°) d'enjoindre au préfet de Lot-et-Garonne de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation dans le délai de deux mois à compter de la notification de ce jugement et de le munir à cet effet et sans délai d'une autorisation provisoire de séjour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- il n'est pas établi que les exigences qu'impose l'article R. 40-29 du code de procédure pénale à l'occasion de la consultation du fichier du traitement des antécédents judiciaires aient été respectées ;

- cette décision est entachée d'erreurs de fait ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet a commis une erreur de droit en se fondant sur l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile qui ne lui est pas applicable ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été édictée en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;

- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 12 juin 2024, le préfet de Lot-et-Garonne conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu, au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme D ;

- et les observations de Me Aymard, représentant M. A.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de nationalité marocaine né le 31 août 1992, déclare être entré irrégulièrement en France une première fois au cours de l'année 2017. Il a été condamné, sous l'identité de Younes A né le 8 décembre 1995, à une peine d'emprisonnement de six mois par jugement du tribunal correctionnel d'Agen pour violence sur mineur de 15 ans suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, commise à l'encontre de la fille de sa compagne, et violence sur personne vulnérable aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours à l'encontre de sa compagne, enceinte à l'époque. Il a été reconduit au Maroc le 12 avril 2019 à sa sortie de prison. Le 12 juin 2019, sa compagne a donné naissance à une enfant de nationalité française qu'il a reconnue le 5 septembre 2019. Les intéressés se sont mariés le 25 décembre 2020 au Maroc. M. A, dont la demande de visa a été rejetée par les autorités consulaires, est de nouveau entré irrégulièrement en France au cours du mois d'avril 2022. Le 7 juin 2022, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en se prévalant de sa qualité de père d'une enfant de nationalité française. Par l'arrêté contesté du 17 avril 2024, le préfet de Lot-et-Garonne a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit son retour pour une durée d'un an.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. Florent Farge, secrétaire général, bénéficiait, en vertu d'un arrêté du 21 août 2023 régulièrement publié, d'une délégation lui permettant de signer la décision en litige au nom du préfet de Lot-et-Garonne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son signataire manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ".

4. A l'exception d'attestations rédigées en termes généraux et peu circonstanciés par des voisins, des amis et des parents de l'école où est scolarisée la fille de M. A, ce dernier ne produit devant le tribunal aucun élément permettant d'établir de manière plausible qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de sa fille depuis sa naissance ou depuis au-moins deux ans. Il en va de même de l'attestation rédigée postérieurement à la décision attaquée par son épouse, avec laquelle il ne partage aucune vie commune et qui avait à l'inverse indiqué aux services de police, le 5 décembre 2023, que l'intéressé avait quitté le domicile conjugal en janvier 2023 car il ne supportait pas leur fille et que s'il venait régulièrement voir sa fille, il refusait de lui communiquer sa nouvelle adresse, ces contradictions remettant en cause son caractère probant. Le moyen tiré de ce que le préfet de Lot-et-Garonne aurait commis une erreur de fait et méconnu les dispositions précitées en estimant que les conditions qu'elles prévoient n'étaient pas remplies doit en conséquence être écarté.

5. En troisième lieu, la circonstance que le préfet de Lot-et-Garonne ait visé l'article L. 423-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, qui n'est pas applicable à la situation du requérant, est sans incidence dès lors qu'il ressort de l'arrêté contesté que c'est seulement au regard de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que sa situation a été examinée.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 432-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La délivrance d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle ou d'une carte de résident peut, par une décision motivée, être refusée à tout étranger dont la présence en France constitue une menace pour l'ordre public. ". Aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I. - Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, () les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : 1° Les personnels de la police et de la gendarmerie habilités selon les modalités prévues au 1° et au 2° du I de l'article R. 40-28 ; / () / 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'Etat. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code. ()".

7. Tout d'abord, la circonstance que le préfet de Lot-et-Garonne n'aurait pas consulté, avant d'édicter sa décision de refus de séjour, les procureurs de la République compétents aux fins d'information sur les suites judiciaires réservées aux 5 faits pour lesquels M. A est enregistré en tant que mis en cause dans le fichier du traitement des antécédents judiciaires, n'est pas, par elle-même, de nature à entacher d'irrégularité cette décision. Elle est seulement susceptible d'avoir une incidence sur l'existence matérielle et la qualification juridique des faits concernés (CE n°452969 du 22 juin 2022) et donc d'affecter la légalité interne de cette décision. Or, M. A ne conteste sérieusement aucune des mises en cause qui lui sont reprochées, notamment les faits de vol en réunion commis le 6 janvier 2023.

8. Ensuite, et en tout état de cause, il ressort des pièces du dossier, ainsi qu'il a été dit au point 1, que M. A a été condamné à six mois d'emprisonnement par jugement du tribunal correctionnel d'Agen pour des faits, commis le 24 octobre 2018, de violence sur mineur de 15 ans suivie d'incapacité n'excédant pas 8 jours, commise à l'encontre de la fille de son épouse, et violence sur personne vulnérable aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité supérieure à huit jours à l'encontre de son épouse, qui était enceinte de leur enfant. La circonstance que le préfet de Lot-et-Garonne a indiqué par erreur dans son arrêté que ces violences avaient été exercées à l'encontre de sa propre fille est sans incidence dès lors que ce jugement du tribunal correctionnel est cité sans erreur à d'autres reprises. Eu égard au caractère récent et à la gravité de ces faits, le préfet de Lot-et-Garonne était fondé à estimer que la présence en France de M. A représentait une menace grave et toujours actuelle pour l'ordre public en se fondant sur cette seule condamnation, et n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en refusant de lui délivrer un titre de séjour.

9. En cinquième lieu, aux termes du premier paragraphe de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

10. M. A n'établit pas contribuer à l'entretien et à l'éducation de son enfant et sa présence en France représente une menace à l'ordre public. Le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations précitées doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

11. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour sur laquelle elle se fonde doit être écarté.

12. En second lieu, le moyen tiré de ce que cette décision porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

En ce qui concerne l'interdiction de retour :

13. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de la décision l'obligeant à quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde doit être écarté.

14. En second lieu, le moyen tiré de ce que cette décision porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8.

15. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet de Lot-et-Garonne.

Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Ferrari, président,

Mme D et Mme B, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2024.

La rapporteure,

E. D

Le président,

D. FERRARI La greffière,

E. SOURIS

La République mande et ordonne au préfet de Lot-et-Garonne, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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