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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403147

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403147

mardi 8 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403147
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en excès de pouvoir, a rejeté la requête de Mme C, ressortissante vénézuélienne, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour, l'obligation de quitter le territoire et la fixation du pays de renvoi. Le tribunal a estimé que l'arrêté préfectoral était suffisamment motivé et que le préfet avait procédé à un examen particulier de sa situation. Il a jugé que la communauté de vie avec son conjoint français n'était plus effective, ce qui justifiait le refus sur le fondement de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, la décision n'a pas été considérée comme méconnaissant l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 mai 2024, Mme A C, représentée par Me Ghettas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision de refus de séjour est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Gironde n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision méconnaît les dispositions des articles L. 423-1 et L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Gironde n'a pas procédé à un examen particulier de sa situation ;

- la décision est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour sur laquelle elle se fonde ;

- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense, enregistré le 7 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 16 mai 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 28 juin 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Champenois, rapporteure ;

- et les observations de Me Ghettas, représentant Mme C.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A D C, ressortissante vénézuélienne née le 29 juillet 1979 à Cumana, entrée régulièrement en France le 15 avril 2017 avec sa fille B, a obtenu un titre de séjour le 31 juillet 2018 en qualité de conjointe de ressortissant français, régulièrement renouvelé jusqu'au 27 mars 2024. Le 21 décembre 2023, elle a sollicité le renouvellement de son titre de séjour dans le cadre des dispositions de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 16 avril 2024, dont Mme C demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les moyens communs :

2. En premier lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de Mme C, vise notamment l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ainsi que les dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne de manière précise et circonstanciée les conditions d'entrée et de séjour en France de la requérante, ainsi que les motifs pour lesquels il ne peut être fait droit à sa demande de renouvellement de titre de séjour sur le fondement de l'article L. 423-1 et au regard des principaux éléments objectifs et concrets de sa situation personnelle et familiale. Enfin, après avoir relevé que la situation de l'intéressée ne répondait pas à des considérations humanitaires ou des motifs exceptionnels et qu'elle n'entrait dans cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit, il précise que la décision qui lui est opposée ne contrevient pas aux stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté.

3. En second lieu, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la motivation décrite au point précédent, que le préfet de la Gironde a procédé à un examen particulier de la situation de Mme C. Le moyen tiré de ce que le préfet n'aurait pas procédé à cet examen manque en fait et doit dès lors être écarté.

En ce qui concerne le refus de séjour :

4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger marié avec un ressortissant français, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an lorsque les conditions suivantes sont réunies :/ 1° La communauté de vie n'a pas cessé depuis le mariage ;/ 2° Le conjoint a conservé la nationalité française ;/ 3° Lorsque le mariage a été célébré à l'étranger, il a été transcrit préalablement sur les registres de l'état civil français. ". En vertu du premier alinéa de l'article 215 du code civil, les époux s'obligent mutuellement à une communauté de vie. Il résulte de ces dispositions que l'existence d'une communauté de vie est présumée entre les époux. Par suite, si l'administration entend remettre en cause l'existence d'une communauté de vie effective entre des époux, elle supporte alors la charge d'apporter tout élément probant de nature à renverser cette présomption légale.

5. Aux termes du premier alinéa de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire, fait obstacle aux contrôles ou ne défère pas aux convocations. ".

6. Mme C a épousé un ressortissant français le 24 juin 2017 à Lanton. Elle fait valoir qu'ils vivaient dans des logements distincts par commun accord. Cependant, et alors que son époux a adressé à la préfecture une lettre datée du 4 janvier 2024 par laquelle il affirme qu'elle a falsifié les documents produits au soutien de sa demande de renouvellement de titre de séjour notamment l'attestation de vie commune, il ressort des pièces du dossier que Mme C ne s'est pas présentée à la convocation en préfecture, en application des dispositions de l'article L. 432-2. La requérante se borne à produire des photographies non datées et des échanges de messages entre sa fille née d'une précédente union et son époux, qui ne permettent pas d'établir que la communauté de vie entre les époux demeurait à la date de la décision. Ainsi, en refusant de renouveler son titre de séjour délivré sur le fondement de l'article L. 423-1 précité, le préfet a fait une exacte application de ces dispositions.

7. En second lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine./ L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que Mme C réside depuis six années sur le territoire français avec sa fille majeure. Toutefois, ainsi qu'il a été exposé au point 6, la communauté de vie avec son époux n'est pas établie. Il est par ailleurs constant qu'elle n'est pas dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où elle a vécu plus de quarante ans et où résident ses parents et ses trois frères et sœurs. Sa fille, majeure, présente sur le territoire, a également fait l'objet d'une décision de refus de séjour et d'éloignement. Si Mme C a travaillé, depuis 2019, essentiellement comme agente d'entretien à temps partiel, puis comme technicienne dans le domaine de la sécurité à compter de décembre 2022 et a signé un nouveau contrat de travail en novembre 2023 comme aide poseuse pour une société exerçant dans le domaine de la sécurité, son activité professionnelle ne saurait attester d'une insertion ancienne et stable dans la société française. En outre, il résulte de ses propres déclarations qu'elle était à la tête d'une société de sécurité au Venezuela reprise par sa sœur lors de son départ, et qu'il n'est pas soutenu qu'elle ne pourrait pas se réinsérer dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas d'atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts en vue desquels elle a été prise.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède qu'aucun des moyens dirigés contre le refus de séjour n'est fondé. Dès lors, Mme C ne peut exciper de l'illégalité de cette décision pour contester l'obligation de quitter le territoire dont elle fait l'objet.

10. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

11. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

12. Il résulte de tout ce qui précède que l'ensemble des conclusions aux fins d'annulation doivent être rejetées, ainsi que par voie de conséquence celles à fin d'injonction et présentées au titre de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 24 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Champenois, première conseillère,

Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 octobre 2024.

La rapporteure,

M. CHAMPENOIS La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. JANIN

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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