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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403217

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403217

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403217
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-3ème chambre
Avocat requérantDEBRIL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 17 mai 2024, M. F A, représenté par Me Debril, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 15 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision litigieuse a été signée par une autorité incompétente faute de production d'une délégation régulière ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il peut prétendre à la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 de ce code ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne le refus de départ volontaire :

- la décision litigieuse méconnaît les dispositions des articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays de renvoi doit être annulée par voie de conséquence.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision portant obligation de quitter le territoire français étant illégale, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence ;

- la décision litigieuse a été signée par une autorité incompétente faute de production d'une délégation régulière ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- elle est entachée d'un vice de procédure l'ayant privé d'une garantie dès lors qu'elle méconnaît les dispositions de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale, la préfecture n'apportant pas la preuve d'avoir saisi les services compétents aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires des mentions inscrites au traitement des antécédents judiciaires (TAJ) ;

- il ne représente pas une menace pour l'ordre public ;

- la décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est disproportionnée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 24 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.

Par une décision du 9 juillet 2024, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de procédure pénale ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. F A, ressortissant algérien né le 20 septembre 1999, est entré irrégulièrement en France à une date indéterminée. Par un arrêté du 15 mai 2024 dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français, a refusé de lui accorder un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de trois ans.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juillet 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur le surplus des conclusions de la requête :

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

4. En premier lieu, par un arrêté du 29 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2024-080 le même jour, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. D B, chef de la section " éloignement " du bureau de l'éloignement et de l'ordre public, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions et compétences, toutes décisions, documents et correspondances relatives à l'éloignement et prises en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme C G, cheffe du bureau. En outre, il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels il est fondé ainsi que les éléments relatifs à la situation administrative, privée et familiale du requérant. Il fait état en particulier de ce que M. A est entré irrégulièrement en France à une date indéterminée, qu'il ne justifie pas de l'intensité de ses liens en France et que toute sa famille proche réside dans son pays d'origine. Dans ces conditions, la décision, qui ne présente pas de caractère stéréotypé, met à même le requérant d'en comprendre utilement le fondement. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

7. En troisième lieu, si M. A se prévaut de ce que la décision litigieuse serait illégale d'une part en ce qu'il pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de plein droit, d'autre part en ce qu'elle méconnaîtrait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et enfin en ce qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation, il n'assortit pas ses moyens des précisions ni même d'aucune pièce permettant d'en apprécier le bien-fondé.

En ce qui concerne le délai de départ volontaire :

8. Aux termes de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-3 de ce code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : /1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour () ".

9. Il est constant que M. A n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour et qu'il ne justifie pas de son entrée régulière sur le territoire français. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions précitées en estimant qu'il existait un risque que le requérant se soustraie à la mesure et en refusant par suite de lui accorder un délai de départ volontaire.

En ce qui concerne le pays de renvoi :

10. Il résulte de tout ce qui précède que la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision fixant le pays de renvoi.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

11. En premier lieu, ainsi qu'il a été dit précédemment aux points 4 à 7, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas illégale. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à solliciter l'annulation par voie de conséquence de la décision lui interdisant le retour sur le territoire français pour une durée de trois ans.

12. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 4, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse doit être écarté.

13. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

14. Il ressort des termes de la décision litigieuse que celle-ci mentionne la circonstance que M. A est entré à une date indéterminée sur le territoire, qu'il ne justifie pas de l'intensité et de l'ancienneté de ses liens en France, qu'il est défavorablement connu des services de police pour des faits signalés de transport non autorisé de stupéfiants et port sans motif légitime d'arme blanche de catégorie D et qu'il n'a par ailleurs jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Il ne ressort pas de cette motivation, qui met le requérant à même de comprendre le fondement de la décision litigieuse, que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen particulier de sa situation. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent être écartés.

15. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 7, le moyen tiré de ce que la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

16. En cinquième lieu, aux termes de l'article R. 40-29 du code de procédure pénale : " I.- Dans le cadre des enquêtes prévues à l'article 17-1 de la loi n° 95-73 du 21 janvier 1995, aux articles L. 114-1, L. 114-2, L. 211-11-1, L. 234-1 et L. 234-2 du code de la sécurité intérieure et à l'article L. 4123-9-1 du code de la défense, les données à caractère personnel figurant dans le traitement qui se rapportent à des procédures judiciaires en cours ou closes, à l'exception des cas où sont intervenues des mesures ou décisions de classement sans suite, de non-lieu, de relaxe ou d'acquittement devenues définitives, ainsi que des données relatives aux victimes, peuvent être consultées, sans autorisation du ministère public, par : () 5° Les personnels investis de missions de police administrative individuellement désignés et spécialement habilités par le représentant de l'État. L'habilitation précise limitativement les motifs qui peuvent justifier pour chaque personne les consultations autorisées. Lorsque la consultation révèle que l'identité de la personne concernée a été enregistrée dans le traitement en tant que mise en cause, l'enquête administrative ne peut aboutir à un avis ou une décision défavorables sans la saisine préalable, pour complément d'information, des services de la police nationale ou des unités de la gendarmerie nationale compétents et, aux fins de demandes d'information sur les suites judiciaires, du ou des procureurs de la République compétents. Le procureur de la République adresse aux autorités gestionnaires du traitement un relevé des suites judiciaires devant figurer dans le traitement d'antécédents judiciaires et relatif à la personne concernée. Il indique à l'autorité de police administrative à l'origine de la demande si ces données sont accessibles en application de l'article 230-8 du présent code ".

17. En tout état de cause, il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision litigieuse, qui mentionne des signalements pour transport non autorisé de stupéfiants et port sans motif légitime d'arme blanche de catégorie D, serait fondée sur des informations seulement issues d'une consultation des données personnelles figurant dans le fichier de traitement des antécédents judiciaires, le préfet ayant uniquement mentionné dans son arrêté les faits pour lesquels il est connu des services de police, comme enregistré dans le fichier automatisé des empreintes digitales (FAED) non régi par les dispositions précitées. Le moyen tiré du vice de procédure doit dès lors être écarté.

18. En sixième lieu, pour fixer une interdiction de retour sur le territoire français de trois ans sur une échelle allant jusqu'à cinq ans, le préfet de la Gironde s'est fondé sur les circonstances que l'intéressé était entré irrégulièrement à une date indéterminée et que, bien qu'il n'ait jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement, il ne démontre pas la nature et l'ancienneté de ses liens sur le territoire français, sur lequel il se maintient irrégulièrement. A cet égard, le préfet de la Gironde a pris en considération la circonstance que M. A était défavorablement connu des services de police et avait déjà été signalé pour des faits de transport non autorisé de stupéfiants et port sans motif légitime d'arme blanche de catégorie D, faits qui démontrent son absence particulière d'intégration sur le territoire. Ainsi, et alors qu'il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse que le préfet de la Gironde aurait fondé sa décision sur l'existence d'une menace pour l'ordre public, l'autorité compétente pouvait ainsi légalement prendre la décision litigieuse pour ces motifs et n'a pas entaché celle-ci d'une erreur d'appréciation au regard tant de son principe que de sa durée. Le moyen doit par suite être écarté.

19. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles liées aux frais de l'instance.

D E C I D E:

Article 1er: Il n'y a pas lieu d'admettre M. A, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. F A et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

D. ELe greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2403217

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