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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403238

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403238

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403238
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-3ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B C, ressortissant malien, qui contestait l'arrêté du préfet de la Gironde du 25 avril 2024 lui refusant un titre de séjour, l'obligeant à quitter le territoire français et prononçant une interdiction de retour d'un an. Le tribunal a jugé que la décision était signée par une autorité compétente, le directeur de l'immigration bénéficiant d'une délégation régulière, et que le requérant ne démontrait pas de défaut de motivation ou d'examen sérieux de sa situation. Il a également estimé que le refus de séjour était légal, car le recours devant la Cour nationale du droit d'asile n'ouvrait pas droit au séjour, et que l'obligation de quitter le territoire était fondée sur les articles L. 542-1, L. 542-3 et L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Enfin, l'interdiction de retour a été jugée proportionnée et la fixation du pays de destination conforme à l'article 3 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2024, M. B C, représenté par Me Brevan, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre de séjour qu'impliquait la reconnaissance du statut de réfugié ou l'octroi d'une protection subsidiaire, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de renouveler son attestation de demande d'asile dans un délai de 8 jours à compter de la notification du jugement à intervenir et ce sous astreinte de 150 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour avec autorisation de travail dans cette attente et ce, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

4°) d'enjoindre au préfet de la Gironde d'ordonner l'effacement des mesures inscrites au fichier d'information Schengen sans délai ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité incompétente faute de production d'une délégation régulière ;

- il est entaché d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle ;

- la décision portant refus de séjour au titre de l'asile est illégale dès lors qu'il disposait encore d'un droit au séjour en raison de l'introduction d'un recours devant la cour nationale du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle est fondée sur les articles L. 542-1, L. 542-3 et L. 542-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant interdiction de retour est disproportionnée ;

- la décision fixant le pays de destination méconnaît les dispositions de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales dès lors qu'elle fait obstacle à sa réadmission en Italie, où il bénéficie d'un titre de séjour en cours de validité au titre de l'asile, et a pour effet de l'éloigner vers son pays d'origine malgré la démonstration des risques encourus.

La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui a produit des pièces le 16 septembre 2024.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. E pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. E.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B C, de nationalité malienne, né le 30 avril 1989, déclare être entré en France le 28 juin 2023. L'intéressé a sollicité le bénéfice de l'asile le 21 septembre 2023, laquelle demande a été rejetée par une décision du 24 janvier 2024 de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) qui a statué en procédure accélérée sur le fondement de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 25 avril 2024 dont M. C demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour au titre de l'asile, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pourra être reconduit à l'expiration de ce délai et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée d'un an.

Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".

3. M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 juillet 2024. Il n'y a pas lieu, par suite, de l'admettre à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, par un arrêté du 29 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2024-080 le même jour, le préfet de la Gironde a donné délégation à M. A D, directeur de l'immigration, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions et compétences, toutes décisions, documents et correspondances prises pour toutes les matières relevant des missions de la direction de l'immigration et notamment celles prises en matières de droit d'asile en application du livre V (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de celles prises en matières de droit séjour et d'éloignement en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) de ce code. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police ; () ". Aux termes de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". D'une part, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée () ". D'autre part, aux termes de l'article L. 612-8 du code précité : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ".

6. Il ressort des termes de l'arrêté attaqué que celui-ci mentionne les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur lesquels il est fondé ainsi que les éléments relatifs à la situation administrative, privée et familiale du requérant. Il fait état en particulier de ce que M. C a fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA au motif qu'il bénéficiait déjà de la protection subsidiaire en Italie ainsi que d'un titre de séjour à ce titre valide jusqu'au 30 août 2027. Il souligne également que l'intéressé ne dispose pas de liens privés et familiaux en France et ne se prévaut d'aucune insertion particulière. Dans ces conditions, l'arrêté met à même le requérant d'en comprendre utilement le fondement. Par suite, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen sérieux de la situation du M. C doivent être écartés.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L 541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français ". Aux termes de l'article L 542-1 du même code " En l'absence de recours contre la décision de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin à la notification de cette décision. / Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance ". En revanche, aux termes de l'article L 542-2 de ce code : " Par dérogation à l'article L. 542-1, le droit de se maintenir sur le territoire français prend fin : /1° Dès que l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a pris les décisions suivantes : () a) une décision d'irrecevabilité prise en application des 1° ou 2° de l'article L. 531-32 ; () ". Aux termes de l'article L. 531-32 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides peut prendre une décision d'irrecevabilité écrite et motivée, sans vérifier si les conditions d'octroi de l'asile sont réunies, dans les cas suivants : / 1° Lorsque le demandeur bénéficie d'une protection effective au titre de l'asile dans un Etat membre de l'Union européenne () ".

8. D'une part, si les visas des décisions litigieuses mentionnent l'application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et notamment son article L. 542-1, il ressort des motifs de celles-ci que, pour estimer que M. C n'avait plus de droit au maintien sur le territoire français, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé avait fait l'objet d'une décision d'irrecevabilité par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides en raison du bénéfice d'une protection effective au titre de l'asile en Italie, conformément aux dispositions de l'article L. 542-2 de ce code. Il ne ressort ainsi pas des décisions litigieuses, qui n'ont pas entendu exclure l'application des dispositions précitées, que le préfet de la Gironde aurait commis une erreur de droit. D'autre part, il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche Telemopfra produite en défense, que la demande d'asile de M. C a bien été rejetée sur le fondement de l'article L. 531-32 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile par une décision d'irrecevabilité de l'OFPRA. Dans ces conditions, et indépendamment de l'introduction par le requérant d'un recours devant la cour nationale du droit d'asile, M. C ne disposait plus d'un droit au maintien sur le territoire français. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doit également être écarté.

9. En quatrième lieu, il résulte des termes de la décision litigieuse que pour prononcer une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an, soit largement inférieure à la durée maximale légale de cinq ans, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que, bien que M. C ne représentait pas une menace pour l'ordre public et n'avait pas fait l'objet d'une précédente mesure d'éloignement, l'intéressé était entré récemment en France et ne justifiait pas de la nature de l'ancienneté de ses liens avec la France. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français d'une durée d'un an serait disproportionnée.

10. En cinquième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut désigner comme pays de renvoi : / 1° Le pays dont l'étranger a la nationalité, sauf si l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ou la Cour nationale du droit d'asile lui a reconnu la qualité de réfugié ou lui a accordé le bénéfice de la protection subsidiaire ou s'il n'a pas encore été statué sur sa demande d'asile ; / 2° Un autre pays pour lequel un document de voyage en cours de validité a été délivré en application d'un accord ou arrangement de réadmission européen ou bilatéral ; / 3° Ou, avec l'accord de l'étranger, tout autre pays dans lequel il est légalement admissible. / Un étranger ne peut être éloigné à destination d'un pays s'il établit que sa vie ou sa liberté y sont menacées ou qu'il y est exposé à des traitements contraires aux stipulations de l'article 3 de la Convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales du 4 novembre 1950 ". D'autre part, aux termes de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Nul ne peut être soumis à la torture ni à des peines ou traitements inhumains ou dégradants ".

11. Il est constant que M. C bénéficie d'un titre de séjour valide en Italie. Dans ces conditions, en fixant comme pays destination tout pays non membre de l'Union européenne ou avec lequel ne s'applique pas l'acquis Schengen et où le requérant est légalement admissible, le préfet de la Gironde a commis une erreur de droit.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2024 en tant qu'il fixe le pays à destination duquel il peut être reconduit.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

13. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions aux fins d'injonction de la requête ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les conclusions liées aux frais de l'instance :

14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est, pour l'essentiel, pas partie perdante dans la présente instance, la somme que M. C demande, au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E:

Article 1er: Il n'y a pas lieu d'admettre M. C, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : La décision du 25 avril 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a fixé le pays à destination duquel M. C peut être reconduit est annulée.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

Le magistrat désigné,

D. ELe greffier,

Y. JAMEAU

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2403238

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