mercredi 9 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403239 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | JU-3ème chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires respectivement enregistrées les 21mai 2024 et 19 juillet 2024, M. B E, représenté par Me Chadourne, demande au tribunal :
1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde lui a fait interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lever le signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la décision a été prise par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée ;
- elle est insuffisamment motivée ;
- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;
- elle est privée de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français du 10 juin 2022 visée dans l'arrêté attaqué ne lui a jamais été notifiée ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet a commis une erreur dans l'appréciation de sa situation.
La requête a été communiquée au préfet de la Gironde, qui a produit des pièces le 16 septembre 2024 et le 17 septembre 2024.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juillet 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. D pour exercer les pouvoirs qui lui sont conférés par les articles L. 776-1, R. 776-1, R. 776-13-2 et R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. D,
- les observations de Me Meaude, substituant Me Chadourne et représentant M. E,
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, ressortissant angolais né le 8 août 1978, déclare être entré sur le territoire français le 28 juin 2019. Le 8 juillet 2019, il a sollicité le bénéfice de l'asile. L'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA) a rejeté sa demande par une décision du 17 novembre 2020, confirmée par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) le 7 juillet 2021. Par un arrêté du 10 juin 2022, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. Sa demande de réexamen formée devant l'OFPRA le 8 décembre 2023 a fait l'objet, en procédure accélérée, d'une décision d'irrecevabilité du 21 février 2024. Par un arrêté du 25 avril 2024, il a assorti cette mesure d'éloignement d'une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans. M. E demande l'annulation de cet arrêté.
Sur l'admission à l'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président () ".
3. M. E ayant obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 juillet 2024, il n'y a plus lieu de statuer sur ses conclusions aux fins d'admission provisoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
4. En premier lieu, il ressort de la consultation du site internet de la préfecture, librement accessible, que le préfet de la Gironde, par arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial n°33-2023-060, a donné délégation à M. A C, directeur des migrations et de l'intégration, pour signer, toutes décisions, documents et correspondances en matière de droit au séjour et d'éloignement pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (partie législative et réglementaire) dont font parties les décisions attaquées. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire doit être écarté.
5. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, vise les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. E ainsi que la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En ce qui concerne la situation personnelle de M. E, le préfet de la Gironde énonce notamment ses dates et conditions d'entrée en France ainsi que la circonstance qu'il se soit maintenu sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire qui lui avait été accordé pour exécuter la mesure d'éloignement préalablement prononcée à son encontre. L'arrêté mentionne le sort de sa demande d'asile et indique que son ancienneté de séjour était seulement justifiée par l'instruction de celle-ci et qu'il ne justifie pas de liens intenses et anciens sur le territoire français. Ces circonstances de droit et de fait, qui permettent de s'assurer que le préfet de la Gironde a procédé à un examen réel et sérieux de sa situation, sont suffisamment développées pour avoir mis utilement l'intéressé en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision. Ainsi, les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen particulier de sa situation doivent être écartés.
6. En troisième lieu, M. E soutient que la décision portant interdiction de retour sur le territoire français est privée de base légale dès lors que la décision portant obligation de quitter le territoire français avec délai de départ volontaire de trente jours du 10 juin 2022 visée dans l'arrêté attaqué ne lui a jamais été notifiée. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que cette mesure d'éloignement lui a été notifiée par lettre recommandée avec avis de réception, qui a été retournée à la préfecture avec la mention " pli avisé et non réclamé " le 1er juillet 2022. Il n'est pas contesté que cette notification a été effectuée à l'adresse communiquée aux services de la préfecture par l'intéressé. Par suite, le moyen est écarté.
7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
8. M. E se prévaut de son ancienneté de séjour dès lors qu'il est entré sur le territoire français, selon ses déclarations, en 2019 et de la circonstance qu'il entend se marier avec sa conjointe, une ressortissante congolaise qui partage sa vie depuis deux ans. Toutefois, il ne produit aucune pièce de nature à établir la réalité de sa relation avec sa compagne ainsi que la régularité éventuelle du séjour de cette dernière. Par ailleurs, et alors qu'il s'est maintenu sur le sol français au mépris d'une décision portant obligation de quitter le territoire français et que son droit au maintien a pris fin, M. E ne justifie d'aucun élément d'intégration durable et intense dans la société française. Par suite, la décision attaquée ne porte pas à son droit au respect de la vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales une atteinte disproportionnée.
9. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder deux ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. () ".
10. Il ressort des pièces du dossier que M. E s'est maintenu sur le territoire français au-delà du délai de départ volontaire de trente jours qui lui avait été accordé lors du prononcé d'une décision portant obligation de quitter le territoire français le 10 juin 2022. Par ailleurs, ainsi qu'il a été dit au point 8, l'intéressé, dont la présence sur le sol français a seulement été justifiée par les délais d'instruction de sa demande d'asile, a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement qu'il n'a pas exécutée et n'établit pas disposer d'attaches familiales ou d'une intégration particulière en France. Par suite, et alors même qu'il ne constitue pas une menace pour l'ordre public, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation que le préfet de la Gironde a prononcé à son égard une décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 25 avril 2024.
Sur les autres conclusions de la requête :
12. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions à fin d'admission à l'aide juridictionnelle provisoire présentées par M. E.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe, le 9 octobre 2024.
Le magistrat désigné,
D. D Le greffier,
Y. Jameau
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2403239
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026