jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403303 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 23 mai 2024, un mémoire en production de pièces enregistré le 25 mai 2024 et deux mémoires complémentaires enregistrés respectivement les 10 juillet et 12 août 2024, M. D A, représenté par Me Cuisinier, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 20 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire français pendant une durée de dix ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- en refusant de lui délivrer un titre de séjour au motif qu'il constituerait une menace pour l'ordre public et en considérant qu'il ne remplit pas les conditions pour se voir délivrer un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français, le préfet a fait une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 423-7 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour ;
- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public pour l'application du 5° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît son droit au respect à la vie privée et familiale, alors que ses trois enfants, de nationalité française, résident en France et qu'il les accueille quatre jours par semaine ;
En ce qui concerne le refus de délai de départ volontaire :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité du refus de séjour et de l'obligation de quitter le territoire ;
- il ne constitue pas une menace pour l'ordre public pour l'application du 1° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnaît son droit au respect à la vie privée et familiale, alors que ses trois enfants, de nationalité française, résident en France et qu'il les accueille quatre jours par semaine ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire et de la décision refus l'octroi d'un délai de départ volontaire ;
- cette décision est insuffisamment motivée et révèle un défaut d'examen particulier de sa situation au regard des critères prévus par l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle méconnaît les dispositions de l'article R. 613-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le préfet a entaché son arrêté d'une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
En ce qui concerne le pays de renvoi :
- cette décision est illégale par voie de conséquence de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;
- elle méconnaît son droit au respect de la vie privée et familiale.
Par un mémoire en production de pièces et un mémoire en défense respectivement enregistrés les 24 et 27 mai 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par jugement du 31 mai 2024 rendu dans l'instance n° 2403303, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile a renvoyé à une formation collégiale du tribunal l'examen des conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 20 mai 2024 du préfet de la Gironde en tant qu'il refuse la délivrance d'un titre de séjour à M. A, a rejeté les conclusions d'annulation dirigées contre cet arrêté en tant qu'il l'a obligé à quitter sans délai le territoire français et a fixé le pays de destination et a annulé cet arrêté en tant qu'il fixait une interdiction de retour sur le territoire français de dix ans.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme B,
- les observations de Me Chevallier-Chiron, représentant de M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. D A, né le 6 décembre 1973 à Conakry en Guinée, de nationalité guinéenne, est entré sur le territoire français le 14 août 2001 muni d'un visa de long séjour valant titre de séjour. Il a ensuite obtenu, en tant que conjoint de français, une carte de séjour puis une carte de résident expirant en 2012 et qui n'a pas été renouvelée pour motif de menace à l'ordre public. Il a néanmoins obtenu, à compter du 17 août 2016, une carte de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", régulièrement renouvelée jusqu'au 18 janvier 2024. Le 22 décembre 2023, il a sollicité, par changement de statut, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par arrêté du 20 mai 2024, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer ce titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de renvoi et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire pendant une durée de dix ans. Par jugement du 31 mai 2024, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Bordeaux a rejeté les conclusions d'annulation dirigées contre cet arrêté en tant qu'il l'a obligé à quitter le territoire français sans délai comme en tant qu'il a fixé le pays de destination et a annulé cet arrêté en tant qu'il fixait une interdiction de retour sur le territoire français de dix ans. Ledit magistrat a renvoyé à la formation collégiale, en application de l'article R. 776-17 du code de justice administrative, le jugement des conclusions dirigées contre la décision portant refus de séjour.
Sur la légalité de la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour :
2. La décision contestée a été signée par Mme Aurore Le Bonnec, secrétaire générale de la préfecture de la Gironde qui, par un arrêté du 30 janvier 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État n° 33-2023-021, mis en ligne sur le site Internet des services de l'État en Gironde, a reçu du préfet de la Gironde délégation pour signer, comme le précise l'article premier de cet arrêté, " () tous arrêtés () concernant les attributions de l'État dans le département de la Gironde ", à l'exception de certaines matières parmi lesquelles ne figure pas les mesures prises en application du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Partant, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour, contenue dans l'arrêté attaqué, manque en fait et doit être écarté.
3. Aux termes de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France et qui établit contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil, depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. ". Aux termes de l'article L. 412-5 du même code : " La circonstance que la présence d'un étranger en France constitue une menace pour l'ordre public fait obstacle à la délivrance et au renouvellement de la carte de séjour temporaire, de la carte de séjour pluriannuelle () ainsi qu'à la délivrance de la carte de résident () ".
4. Si le requérant soutient que son comportement ne constitue pas une menace pour l'ordre public telle qu'a pu l'apprécier le préfet de la Gironde pour lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, il ressort des éléments produits dans la présente instance que le requérant a été condamné le 16 mai 2008 à une peine d'emprisonnement de huit ans pour des faits de viol puis le 10 juin 2008 à la même peine pour un autre fait de viol. Si l'administration lui a délivré, à l'issue de l'exécution de ses deux peines, un titre de séjour régulièrement renouvelé jusqu'en 2023, le requérant n'en a pas saisi l'opportunité pour s'insérer professionnellement et durablement puisqu'il ne justifie pas d'une situation professionnelle stable et a été condamné deux fois en 2022 et 2023 pour conduite d'un véhicule sans permis et sans assurance. Il a également été condamné le 15 novembre 2023 à une peine d'un an d'emprisonnement dont six mois avec sursis probatoire pendant deux ans avec obligation de soins et d'accomplir un stage de responsabilisation, interdiction de paraître et d'entrer en relation avec la victime pour des faits de violence sur conjoint ou concubin suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours. Dès lors, il ressort de l'enchaînement de ces condamnations que le préfet de la Gironde a pu considérer, sans commettre d'erreur d'appréciation, que le comportement du requérant présentait les caractéristiques réelles et actuelles d'une menace pour l'ordre public. La circonstance que le requérant se prévale de la qualité de parent d'enfant français ne lui permet pas, au regard des éléments produits qui se bornent à deux virements de cinquante et deux cents euros, montants modestes alors même que ces sommes sont censées prendre en charge les frais de vie quotidienne de trois enfants, et de simples déclarations non-étayées d'éléments probants s'agissant de l'accueil de ses enfants à son domicile comme de leur accompagnement dans le milieu scolaire, de justifier qu'il contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et, partant, qu'il pourrait bénéficier d'un titre de séjour en application des dispositions de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le préfet de la Gironde n'a pas fait une inexacte application des dispositions combinées des articles L. 423-7 et L. 412-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et ce moyen doit donc être écarté.
5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. A contre la décision du 20 mai 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour ainsi que les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
D É C I D E :
Article 1er : Les conclusions de la requête de M. A tendant à l'annulation de l'arrêté en date du 20 mai 2024 du préfet de la Gironde en tant qu'il lui refuse la délivrance d'un titre de séjour sont rejetées.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024 où siégeaient :
- M. Ferrari, président,
- Mme C et Mme B, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
K. B
Le président,
D. Ferrari
Le greffier,
Y. Jameau
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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