mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403325 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, M. A B, représenté par Me Aymard, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 26 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention salariée ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard et de lui remettre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour dans un délai de huit jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le refus de séjour a été pris par une autorité incompétente ;
- il n'est pas suffisamment motivé et n'a pas été précédé d'un examen sérieux de sa situation ;
- cette décision est entachée d'erreur de fait dès lors qu'il a fait l'objet d'une visite médicale telle qu'attestée par le tampon de l'Office français de l'immigration et de l'intégration sur sa demande d'autorisation de travail et d'une erreur de droit, une telle visite n'étant pas obligatoire selon les dispositions de l'article R. 431-18 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'il a obtenu le 2 avril 2024 une autorisation de travail ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 433-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'était pas soumis à l'obligation de produire un visa long séjour ;
- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;
- l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le gouvernement de la République française et le gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure ;
- et les observations de Me Aymard, représentant M. B.
Considérant ce qui suit :
1. Le 6 juin 2023, M. A B, ressortissant marocain né le 8 janvier 1988, a demandé le renouvellement de son titre de séjour mention " travailleur saisonnier " valable du 1er juin 2022 au 30 juin 2023, sur le fondement de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le 24 janvier 2024, il a également demandé un changement de statut afin d'obtenir un titre de séjour mention " salarié ". Par un arrêté du 26 avril 2024, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
2. Il ressort des termes de la décision attaquée que pour refuser de délivrer au requérant un titre de séjour mention " salarié " sur le fondement de l'accord franco-marocain, le préfet de la Gironde s'est notamment fondé sur la circonstance que M. B ne démontrait pas avoir effectué le contrôle médical prévu par les stipulations de l'article 3 de l'accord franco-marocain et que le contrat de travail à durée indéterminée signé avec la société " Vino Prestige " n'était pas visé par les autorités compétentes alors qu'il ressort des pièces du dossier qu'une autorisation de travail avait été délivrée par les services du ministère de l'intérieur et des outre-mer le 2 avril 2024 pour un emploi de chauffeur de machines agricoles en contrat à durée indéterminée et que M. B avait passé la visite médicale. Le préfet a ainsi commis des erreurs de fait et entaché sa décision d'un défaut d'examen réel et sérieux de la situation du requérant.
3. Il résulte de ce qui précède et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la décision du 26 avril 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à M. B doit être annulée, ainsi que, par voie de conséquence, les décisions du même jour portant obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et fixant le pays de renvoi.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
4. Eu égard aux motifs pouvant seul justifier l'annulation des décisions attaquées, l'exécution du présent jugement implique seulement que le préfet de la Gironde réexamine la situation de M. B. Il y a lieu d'enjoindre au préfet de procéder à ce réexamen dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la même date. Il n'y pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 26 avril 2024 est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la situation de M. B dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et dans cette attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans un délai d'un mois à compter de la même date.
Article 3 : L'Etat versera à M. B la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Ballanger, première conseillère,
Mme Lorrain Mabillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La première assesseure,
M. BALLANGER La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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