mercredi 10 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403327 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SCP CORNILLE - FOUCHET - MANETTI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 24 mai 2024, un mémoire enregistré le 5 juin 2024, un mémoire en production de pièce enregistré le 5 juin 2024 non soumis au contradictoire en vertu de l'article R. 412-2-1 du code de justice administrative, et un mémoire enregistré le 6 juin 2024, la société Colas France, représentée par Me Henochsberg, demande au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) de suspendre l'exécution de tous les actes et décisions relatifs à la procédure de passation du marché public " marché travaux - DN500 - Avenue du 11 novembre 1918 - Floirac " engagée par la régie de l'eau Bordeaux Métropole ;
2°) d'ordonner à la régie de l'eau Bordeaux Métropole de se conformer à ses obligations de publicité et de mise en concurrence, notamment en lui communiquant les éléments prévus par l'article R. 2181-2 du code de la commande publique, en attribuant le marché à la société Colas France ou en relançant la procédure de passation depuis sa publication ;
3°) de mettre la somme de 3 000 euros à la charge de la régie de l'eau Bordeaux Métropole en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'article R. 2181-2 du code de la commande publique a été méconnu ;
- son offre a été dénaturée ;
- les éléments d'appréciation annoncés ont été modifiés et le pouvoir adjudicateur a eu recours à des éléments non annoncés et irréguliers ;
- les articles R. 2143-6 à R ; 2143-10 et R. 2144-7 du code de la commande publique, ainsi que l'article 8.3 du règlement de consultation ont été méconnus.
Par des mémoires en défense enregistrés le 5 juin 2024 et le 6 juin 2024, la régie de l'eau Bordeaux Métropole, représentée par Me Fouchet, conclut au rejet de la requête et demande au juge des référés de mettre la somme de 2 500 euros à la charge de la société Colas France sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés dans la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Katz, vice-président, pour statuer sur les demandes de référés.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 7 mai 2024 à 10h00, en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience :
- le rapport de M. Katz ;
- les observations de Me Henochsberg, représentant la société Colas France ;
- les observations de Me Pacton, représentant régie de l'eau Bordeaux Métropole ;
- et les observations de M. A, représentant la société des Chantiers d'Aquitaine.
La régie de l'eau Bordeaux Métropole a produit une note en délibéré enregistrée le 7 juin 2024 à 18h41.
Considérant ce qui suit :
1. La régie de l'eau Bordeaux Métropole a lancé une procédure de passation d'un marché public de travaux portant sur un dévoiement avec renouvellement d'une canalisation de transport d'eau potable d'un diamètre de 500 mm, situé avenue du 11 novembre 1918 à Floirac. Ce marché a été passé selon une procédure adaptée et la société Colas France s'est portée candidate. Le 21 mai 2024, la régie de l'eau Bordeaux Métropole a informé cette société que son offre, classée en deuxième position, était rejetée et indiqué que l'offre retenue était celle de la société Chantiers d'Aquitaine. Par la requête visée ci-dessus, la société Colas France saisi le juge des référés sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative.
2. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. () Le juge est saisi avant la conclusion du contrat ".
Sur le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 2181-2 du code de la commande publique :
3. Aux termes de l'article R. 2181-1 du code de la commande publique : " L'acheteur notifie sans délai à chaque candidat ou soumissionnaire concerné sa décision de rejeter sa candidature ou son offre ". L'article R. 2181-2 du même code, applicable aux marchés passés selon une procédure adaptée, prévoit que : " Tout candidat ou soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été rejetée peut obtenir les motifs de ce rejet dans un délai de quinze jours à compter de la réception de sa demande à l'acheteur./ Lorsque l'offre de ce soumissionnaire n'était ni inappropriée, ni irrégulière, ni inacceptable, l'acheteur lui communique en outre les caractéristiques et avantages de l'offre retenue ainsi que le nom de l'attributaire du marché ".
4. Il résulte de l'instruction que, par courrier du 21 mai 2024, la régie de l'eau Bordeaux Métropole a communiqué à la société Colas France le nom de l'attributaire du marché et les notes attribuées aux deux sociétés concernées sur chacun des critères. Par un courriel du 24 mai 2024, le pouvoir adjudicateur a en outre communiqué à la requérante les motifs du rejet de son offre. Enfin, par un mémoire en défense communiqué à la requérante le 5 juin 2024, auquel cette dernière a pu utilement répliquer, la régie de l'eau Bordeaux Métropole a porté à la connaissance la société Colas France les caractéristiques et avantages de l'offre de l'attributaire. Par suite, à la date de la présente ordonnance, l'ensemble des informations mentionnées aux articles du code de la commande publique visés au point précédent ont été communiqués au candidat évincé dans un délai suffisant pour contester utilement son éviction. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article R. 2181-2 du code de la commande publique doit donc être écarté.
Sur le moyen tiré de la dénaturation de l'offre de la société Colas France :
5. Il n'appartient pas au juge du référé précontractuel, qui doit seulement se prononcer sur le respect, par le pouvoir adjudicateur, des obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation d'un contrat, de se prononcer sur l'appréciation portée sur la valeur d'une offre ou les mérites respectifs des différentes offres. Il lui appartient, en revanche, lorsqu'il est saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le pouvoir adjudicateur n'a pas dénaturé le contenu d'une offre en méconnaissant ou en altérant manifestement les termes et procédé ainsi à la sélection de l'attributaire du contrat en méconnaissance du principe fondamental d'égalité de traitement des candidats.
6. En premier lieu, le règlement de consultation exigeait des candidats notamment de " désigner les conducteurs de travaux et les chefs de chantiers, avec présentation de leur CV justifiant la capacité à mener à bien ce type de travaux ", de préciser les moyens humains nominatif en phase travaux " en définissant notamment les compositions d'équipes-types par typologie de travaux. Or, il résulte de l'instruction, d'une part, que la société Colas France n'a pas produit au pouvoir adjudicateur l'ensemble des CV des conducteurs de travaux de chefs de chantier et, d'autre part, que la société Colas n'a pas précisé les qualifications et les profils des personnes intervenantes dans les différentes phases de travaux. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la régie de l'eau Bordeaux Métropole a dénaturé son offre en concernant le premier sous-critère technique relatif à l'organisation générale, le pilotage et les moyens dédiés à l'opération de travaux.
7. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que l'offre de la société Colas ne comportait pas un descriptif détaillé de la méthode de raccordement afférente à la réalisation des travaux et que la société requérante a considéré qu'une piste d'accès au chantier serait mise à disposition par la régie de l'eau Bordeaux Métropole, alors qu'un tel accès devait être précisé dans le cadre de la méthode d'organisation des phases travaux. La société requérante n'est donc pas fondée à soutenir que la régie de l'eau Bordeaux Métropole a dénaturé son offre en concernant ce deuxième sous-critère technique.
8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que si la société Colas a indiqué le nom d'un fournisseur au pouvoir adjudicateur dans le cadre de la négociation, elle a néanmoins indiqué son positionnement à cet égard qui pouvait évoluer. Dans ces conditions, la régie de l'eau Bordeaux Métropole n'a pas dénaturé l'offre de la société requérante concernant le troisième sous-critère en considérant que cette offre montrait une absence de positionnement concernant le choix du fournisseur, ce qui n'était pas techniquement satisfaisant.
Sur le moyen tiré de la modification des éléments d'appréciation annoncés :
9. En premier lieu, au titre du troisième sous-critère technique, le règlement de consultation prévoyait une appréciation au regard, notamment, des fiches techniques des principales fournitures. Or, dès lors que la société Colas n'avait pas pris une position claire concernant le choix des fournisseurs, la régie de l'eau Bordeaux Métropole pouvait régulièrement considérer que le troisième sous-critère en était affecté, sans pour autant modifier les éléments d'appréciation énoncés dans le règlement de consultation.
10. En second lieu, le cahier des clauses techniques particulières applicable au marché en cause prévoyait que le titulaire du marché devait notamment veiller à " optimiser les moyens de transport et de livraison. En estimant que l'éloignement géographique des fournisseurs proposés par la société Colas ne répondait pas pleinement aux exigences environnementales en matière de transport, notamment au regard du bilan carbone de l'opération, lui-même dépendant de l'éloignement des partenaires économiques du titulaire, la régie de l'eau Bordeaux Métropole n'a ni modifié le critère d'appréciation " développement durable " ni ajouté à ce critère.
Sur le moyen tiré de la méconnaissance des articles R. 2143-6 à R. 2143-10 et R. 2144-7 du code de la commande publique et de l'article 8.3 du règlement de consultation :
11. Aux termes de l'article R. 2144-7 du code de la commande publique : " Si un candidat ou un soumissionnaire se trouve dans un cas d'exclusion, ne satisfait pas aux conditions de participation fixées par l'acheteur, produit, à l'appui de sa candidature, de faux renseignements ou documents, ou ne peut produire dans le délai imparti les documents justificatifs, les moyens de preuve, les compléments ou explications requis par l'acheteur, sa candidature est déclarée irrecevable et le candidat est éliminé. Dans ce cas, lorsque la vérification des candidatures intervient après la sélection des candidats ou le classement des offres, le candidat ou le soumissionnaire dont la candidature ou l'offre a été classée immédiatement après la sienne est sollicité pour produire les documents nécessaires. Si nécessaire, cette procédure peut être reproduite tant qu'il subsiste des candidatures recevables ou des offres qui n'ont pas été écartées au motif qu'elles sont inappropriées, irrégulières ou inacceptables ". Aux termes de l'article 8.3 du règlement de consultation du marché en cause : " () L'offre la mieux classée sera donc retenue à titre provisoire en attendant que le ou les candidats produisent les documents listés ci-dessous : / - La délégation de pouvoir de la personne habilitée à engager la société. / - En cas de groupement, le mandataire devra fournir un document d'habilitation par les autres membres en précisant les conditions de cette habilitation. / - les certificats et attestations des articles R. 2143-6 à R. 2143-10 du Code de la commande publique / Pour les personnes soumises à l'obligation d'assurance de responsabilité décennale prévue à l'article L 241- 1 du code des assurances, l'attestation d'assurance de responsabilité obligatoire prévue à l'article L.243-2 du code des assurances. / Le délai imparti par l'entité adjudicatrice pour remettre ces documents ne pourra être supérieur à 5 jours. / Une attestation d'assurance décennale devra également être produite dans le même délai ".
12. Il résulte de l'instruction que la régie de l'eau Bordeaux Métropole a sollicité de la société des Chantiers d'Aquitaine l'ensemble des pièces visées par les dispositions citées au point précédent que les pièces exigibles en vertu desdites dispositions lui ont été transmises.
13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par la société Colas France sur le fondement de l'article L. 551-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.
Sur les conclusions au titre des frais liés au litige :
14. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la régie de l'eau Bordeaux Métropole la somme que demande la société Colas France au titre de frais de procès. En revanche, il y a lieu, en application des dispositions du même article, de mettre à la charge de la société requérante la somme de 1 500 euros à verser à la régie de l'eau Bordeaux Métropole.
O R D O N N E :
Article 1er : La requête de la société Colas France est rejetée.
Article 2 : La société Colas France versera la somme de 1 500 euros à la régie de l'eau Bordeaux Métropole France au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Colas France, à la régie de l'eau Bordeaux Métropole et à la société Chantiers d'Aquitaine.
Fait à Bordeaux, le 10 juillet 2024.
Le juge des référés, La greffière,
D. Katz C. Gioffré
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026