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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403371

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403371

mardi 22 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403371
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBOKOLOMBE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 mai 2024, M. D E, représenté par Me Bokolombe, avocat, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 21 novembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'autorisant à travailler, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le refus de séjour a été pris par une autorité incompétente dès lors que les personnes précédant le signataire de l'acte dans la chaîne des délégations n'étaient ni absentes ni empêchées lors de la signature de cette décision, la délégation de signature devant par ailleurs être notifiée par écrit ;

- il a été pris au terme d'une procédure irrégulière dès lors que l'existence du rapport médical, sa transmission au collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, et la date de cette transmission ne sont pas établies ; il n'est pas démontré que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège de médecins et l'avis n'a pas été rendu au terme d'une délibération collégiale ;

- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il ne peut bénéficier effectivement d'un traitement approprié au Gabon ;

- le refus de séjour porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français est fondée sur un refus de séjour illégal ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation ;

- la décision fixant le pays de destination est fondée sur un refus de séjour et une obligation de quitter le territoire français illégaux ;

- l'interdiction de retour sur le territoire français pendant un an est insuffisamment motivée ;

- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.

M. E a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 mars 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991, relative à l'aide juridique ;

- l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Chauvin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant gabonais né le 4 septembre 1996, est entré sur le territoire français le 8 juillet 2014 en possession d'un visa court séjour. Par un arrêté du 17 juillet 2017, la préfète de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi. Par un jugement du 29 décembre 2017, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé cet arrêté. M. E s'est vu alors délivrer un titre de séjour mention " étudiant ". Par deux arrêtés du 7 mai 2019 et du 24 juin 2020, le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour " étudiant " et l'a obligé à quitter le territoire français. Par un jugement du 26 octobre 2021, confirmé par la Cour administrative d'appel de Bordeaux, le tribunal administratif de Bordeaux a rejeté son recours dirigé contre cet arrêté du 24 juin 2020. Par un nouvel arrêté du 11 novembre 2020, le préfet de la Gironde l'a également obligé à quitter le territoire français et lui a fait interdiction de retourner sur le territoire français pendant un an. Un titre de séjour lui a cependant été délivré le 24 avril 2022, pour une durée de neuf mois, en raison de son état de santé. Le 24 avril 2023, M. E a demandé le renouvellement de son titre de séjour. Après avoir saisi, pour avis, le collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII), le préfet de la Gironde a rejeté sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. E demande l'annulation de cet arrêté du 21 novembre 2023.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne le refus de séjour :

2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n°33-2023-164, donné délégation à Mme B A, cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette délégation, qui n'avait pas à être notifiée, n'était pas subordonnée à l'absence ou à l'empêchement d'une autre personne. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. () ".

4. Aux termes de l'article R. 425-11 du même code : " Pour l'application de l'article L. 425-9, le préfet délivre la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " au vu d'un avis émis par un collège de médecins à compétence nationale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. / L'avis est émis dans les conditions fixées par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre chargé de la santé au vu, d'une part, d'un rapport médical établi par un médecin de l'office et, d'autre part, des informations disponibles sur les possibilités de bénéficier effectivement d'un traitement approprié dans le pays d'origine de l'intéressé. ". Aux termes de l'article R. 425-12 de ce code, pris dans son premier alinéa : " Le rapport médical mentionné à l'article R. 425-11 est établi par un médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration à partir d'un certificat médical établi par le médecin qui suit habituellement le demandeur ou par un médecin praticien hospitalier inscrits au tableau de l'ordre () Il transmet son rapport médical au collège de médecins. ". Selon les dispositions de l'article R. 425-13 du même code : " Le collège à compétence nationale mentionné à l'article R. 425-12 est composé de trois médecins, il émet un avis dans les conditions de l'arrêté mentionné au premier alinéa du même article. La composition du collège et, le cas échéant, de ses formations est fixée par décision du directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration. Le médecin ayant établi le rapport médical ne siège pas au sein du collège. (). / Le collège peut délibérer au moyen d'une conférence téléphonique ou audiovisuelle. () ". Enfin, il résulte de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 relatif aux conditions d'établissement et de transmission des certificats médicaux, rapports médicaux et avis mentionnés aux [anciens] articles R. 313-22, R. 313-23 et R. 511-1 de ce code que : " L'avis émis à l'issue de la délibération est signé par chacun des trois médecins membres du collège. ".

5. Il ressort des pièces du dossier que le préfet de la Gironde, faisant application de la procédure décrite par les dispositions précitées, a sollicité l'avis du collège des médecins de l'OFII sur l'état de santé de M. E. Cet avis, en date du 18 septembre 2023 et versé aux débats par le préfet, porte la mention " Après en avoir délibéré le collège des médecins de l'OFII émet l'avis suivant " et a été signé par les trois médecins composant le collège des médecins de l'OFII. Cette mention du caractère collégial de la délibération dont est issu l'avis fait foi jusqu'à preuve du contraire, laquelle n'est pas rapportée par le requérant. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier qu'un rapport médical a été établi le 5 août 2023 par le docteur C, lequel a été transmis au collège des médecins de l'OFII le même jour et que le médecin rapporteur n'a pas siégé au sein de ce collège. Ainsi, le moyen tiré du vice de procédure doit être écarté, en toutes ses branches.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. E souffre de troubles psychiatriques chroniques pour lesquels il a fait l'objet de plusieurs hospitalisations, notamment en 2021 sous contrainte, et bénéficie d'un suivi par un médecin psychiatre. S'il soutient qu'il ne pourrait effectivement bénéficier d'un traitement approprié au Gabon, les pièces médicales produites à l'appui de son dossier, pour la plupart anciennes de plus de trois ans, qui ne précisent pas la nature des soins que son état requiert à la date de la décision attaquée et dont il dispose effectivement en France, ainsi que les articles de presse relatifs à la situation générale au Gabon ne sont pas de nature à démontrer qu'une telle prise en charge serait indisponible dans son pays d'origine. La décision attaquée ne méconnait donc pas les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit, dès lors, être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. /Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. ( ) ".

8. Il ressort des pièces du dossier que si le requérant est entré en France en 2014, à l'âge de seize ans, y a suivi une scolarité puis des études supérieures, il ne dispose pas de liens personnels anciens et stables sur le territoire, à l'exception de sa tante et de l'une de ses cousines. Il a par ailleurs conservé des attaches familiales dans son pays d'origine, où il ne conteste pas que les autres membres de sa famille résident. En outre, il ne démontre pas une intégration particulière dans la société française alors qu'il est défavorablement connu des services de police et son état de santé, tel qu'exposé au point 6, ne justifie pas qu'il demeure en France afin de poursuivre sa prise en charge médicale. Ainsi, le refus de séjour attaqué ne porte pas une atteinte disproportionnée au droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le refus de séjour n'a pas non plus été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Ces moyens doivent, dès lors, être écartés.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

9. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'appui de son recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.

10. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 8, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En troisième lieu, il ressort des termes de la décision attaquée que le requérant est défavorablement connu des services de police pour avoir circulé avec un véhicule terrestre à moteur sans assurance le 14 octobre 2019, avoir refusé de manière répété la prise d'empreintes digitales et de photographies lors d'une vérification d'identité le 21 novembre 2020, pour le non-respect de l'assignation à résidence prise à son encontre le 21 novembre 2020, le refus de se soumettre au prélèvement biologique destiné à l'identification de son empreinte génétique par une personne soupçonnée d'infraction le 6 février 2021, des faits de dégradation ou de détérioration d'un bien appartenant à autrui le 6 février 2021, et des faits de violence avec usage d'une arme n'ayant pas entrainé d'incapacité commis le même jour. Si le requérant revient sur la qualification de ces faits et fait valoir que certains d'entre eux ont été commis durant des crises psychiatriques pour lesquelles il a ensuite été hospitalisé sous contrainte, il n'en conteste pas sérieusement la réalité. Par ailleurs, il n'apporte aucun élément de nature à démontrer sa bonne insertion en France. Ainsi, en estimant que le requérant n'était pas intégré dans la société française, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation. Ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

12. Il résulte de ce qui précède que M. E n'est pas fondé à exciper de l'illégalité des décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours dirigé contre la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

13. Il ne ressort pas des termes de l'arrêté attaqué que le préfet de la Gironde ait interdit M. E de retourner sur le territoire français. Par suite, les moyens soulevés à l'encontre d'une telle décision sont inopérants.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 21 novembre 2023.

Sur les autres conclusions de la requête :

15. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation de la requête de M. E, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais du litige doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Chauvin, présidente,

Mme Ballanger, première conseillère,

Mme Lorrain Mabillon, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.

La première assesseure,

M. BALLANGER La présidente,

A. CHAUVIN

La greffière,

C. LALITTE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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