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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403394

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403394

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403394
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 28 mai et 11 juin 2024, M. G B, représenté par Me Ghettas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024, par lequel le préfet de la Gironde lui a fait obligation de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office à défaut de se conformer à cette obligation et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son auteur disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée et que les personnes précédant le signataire dans la chaine de délégation étaient absentes ou empêchées ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, lequel révèle un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dès lors qu'il est présent en France depuis deux ans et a une compagne de nationalité française ;

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est illégale par exception d'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français ;

- la décision a été prise par une autorité incompétente dès lors qu'il n'est pas établi que son auteur disposait d'une délégation de signature régulièrement publiée ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation, dès lors qu'elle ne mentionne pas la durée de sa présence en France ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation personnelle ;

- elle est disproportionnée et méconnait les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme I ;

- les observations de Me Ghettas, représentant M. A B présent, qui reprend à l'audience les moyens de la requête.

Le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. M. J A B, ressortissant tunisien né le 4 juin 1996, déclare être entré sur le territoire français en mars 2022. Par un arrêté du 27 mai 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Gironde lui a assigné l'obligation de quitter sans délai le territoire français, a désigné le pays à destination duquel il pourra être renvoyé d'office à défaut de se conformer à cette obligation et a prescrit à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français d'une durée de trois ans.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

2. En premier lieu, M. E C, chef de la section " éloignement " du bureau de la lutte contre l'immigration irrégulière, de l'ordre public et du contentieux à la préfecture de la Gironde, qui a signé l'arrêté attaqué, bénéficiait, par arrêté du préfet de la Gironde du 29 mars 2024, régulièrement publié le jour même au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture, d'une délégation de signature à l'effet de signer " toutes décisions, documents et correspondances pris en application des livres II, IV, V, VI, VII et VIII (partie législative et réglementaire) du CESEDA " en ce qui concerne l'éloignement, au nombre desquelles figurent les décisions en litige, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme D H, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'ordre public. Il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière n'aurait pas été absente ou empêchée à la date de l'arrêté attaqué. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cet acte doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne tant les motifs de droit que les éléments de fait caractérisant la situation du requérant, sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de la décision contestée doit être écarté. Cette motivation révèle que le préfet de la Gironde s'est livré à un examen particulier de la situation du requérant.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

5. M. A B soutient qu'il est présent depuis deux ans sur le territoire français, qu'il exerce une activité professionnelle et qu'il envisage de se marier avec sa compagne de nationalité française. Toutefois, aucun élément du dossier ne vient attester de revenus professionnels, et selon l'attestation de sa compagne, la relation, qui n'a débuté qu'en mai 2023 et la vie commune depuis août de la même année, est très récente. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant fixation du pays de destination :

6. Les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

7. En premier lieu, les moyens soulevés à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français ayant été écartés, M. A B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de cette mesure d'éloignement pour demander l'annulation de la décision portant interdiction de retour sur le territoire français.

8. En deuxième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 2, il y a lieu d'écarter le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision litigieuse.

8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les () décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ".

9. La décision contestée vise les dispositions des articles L. 612-6 à L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Elle mentionne également que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement en France depuis une date indéterminée ni vérifiable, dans le seul but de s'y installer et s'oppose à tout retour dans son pays d'origine, qu'il est sans ressources légales sur le territoire et ne justifie pas de la nature et de l'ancienneté de ses liens en France, qu'il a été placé en retenue administrative pour vérification du droit au séjour, enfin qu'il n'a jamais fait l'objet d'une mesure d'éloignement. Dans ces conditions, la décision contestée est suffisamment motivée en fait et en droit, au regard des critères prévus par l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

10. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés au point 9, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'en prenant cette décision, l'autorité administrative aurait négligé d'examiner sa situation particulière.

11. En cinquième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 612-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français / () ".

12. Il résulte de ces dispositions que lorsque le préfet prend, à l'encontre d'un étranger, une décision portant obligation de quitter le territoire français ne comportant aucun délai de départ, ou lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à cette obligation, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire.

13. M. A B ne fait pas état de circonstances humanitaires justifiant que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de quitter le territoire français. En outre, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est maintenu irrégulièrement en France depuis une date indéterminée, s'y est maintenu de manière irrégulière et ne justifie ni de liens sur le territoire français, ni d'une quelconque intégration dans la société française. En outre, l'intéressé ne conteste pas avoir été placé en retenue administrative pour vérification du droit au séjour le 26 mai 2024. Ainsi, c'est sans méconnaître les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile que le préfet de la Gironde a prononcé à l'encontre de M. A B une interdiction de retour sur le territoire français, quand bien même le comportement de l'intéressé n'est pas qualifié par le préfet de menace pour l'ordre public et qu'il n'a pas fait l'objet d'une mesure d'éloignement auparavant. Dans ces conditions, en édictant à son égard une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de trois ans, qui n'est pas disproportionnée, l'autorité administrative n'a pas commis d'erreur d'appréciation.

14. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 27 mai 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions relatives aux frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. J A B et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

F. I

La greffière,

M. F

La République mande et ordonne à la préfète de la Gironde en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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