mardi 4 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403418 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | GONNORD |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 30 mai 2024, et une pièce complémentaire enregistrée le 3 juin 2024, M. B A, représenté par Me Gonnord, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit son retour pour une durée de cinq ans ;
3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer durant cet examen une autorisation provisoire de séjour, l'ensemble dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jours de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :
- la compétence de sa signataire n'est pas établie ;
- il est insuffisamment motivé ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen particulier de sa situation ;
En ce qui concerne le refus de séjour :
- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article L. 423-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article L. 423-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il ne représente pas une menace grave et actuelle pour l'ordre public ;
- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été édictée en méconnaissance du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité du refus de séjour sur lequel elle se fonde ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
En ce qui concerne le pays de destination :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ :
- cette décision a été édictée en méconnaissance de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'interdiction de retour :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Wohlschlegel pour statuer sur les requêtes relevant de l'article L. 614-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Wohlschlegel, qui indique que l'examen des conclusions tendant à obtenir l'annulation de la décision de refus de séjour ne relève pas de la compétence de la magistrate désignée et doit être renvoyé devant la formation collégiale du tribunal.
- et les observations de Me Gonnord, représentant M. A, présent à l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant de nationalité turque né le 25 mars 1986, demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit son retour pour une durée de cinq ans.
Sur l'étendue du litige :
2. Il résulte des dispositions des articles R. 776-14 et R. 776-15 du code de justice administrative que les conclusions de M. A dirigées contre les décisions portant obligation de quitter le territoire français, refus d'octroi d'un délai de départ volontaire et interdiction de retour sur le territoire français, relèvent de la compétence de la magistrate désignée. En revanche, ces dispositions ne donnant pas compétence à ce juge pour connaître des conclusions dirigées contre le refus de séjour également édicté par le préfet de la Gironde dans l'arrêté en litige, celles-ci doivent être renvoyées devant la formation collégiale du tribunal ainsi que les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte qui s'y rattachent, ainsi que celles présentées au titre des frais exposés et non compris dans les dépens qui en sont l'accessoire.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
3. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir d'ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que M. A est entré en France à l'âge de six ans et qu'il s'est vu renouveler son titre de séjour à plusieurs reprises, le dernier renouvellement lui ayant été accordé le 1er décembre 2021, malgré les mentions figurant à son casier judiciaire faisant apparaître une condamnation à 4 ans d'emprisonnement prononcée le 23 novembre 2012 pour des faits d'importation, d'acquisition, détention, transport, offre ou cession non autorisée de stupéfiants commis en récidive, et de participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement de 2009 à 2010, et une condamnation à 4 mois d'emprisonnement prononcée le 2 juin 2017 pour des faits de vol avec destruction ou dégradation et recel de bien provenant d'un vol commis en 2016, et malgré les nombreuses mentions figurant au fichier du traitement des antécédents judiciaires relevées par le préfet entre les années 1999 et 2019. Il est marié depuis le 16 janvier 2016 avec une ressortissante de nationalité française avec laquelle il partage une vie commune et deux enfants sont nés de cette union le 24 octobre 2016 et le 2 avril 2020. Ses parents résident en France et il n'a effectué des séjours en Turquie que pour de brèves vacances. Il exerce également une activité professionnelle. Il résulte de l'ensemble de ces éléments que le centre des intérêts personnels et familiaux de M. A se situe en France. Dans ces conditions, et quand bien même il a été placé en détention provisoire à compter du 18 septembre 2022 pour des faits de participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délit puni de dix ans d'emprisonnement, le moyen, invoqué par voie d'exception, tiré de ce que le préfet de la Gironde aurait méconnu les stipulations précitées en refusant de lui accorder le renouvellement de son titre de séjour et aurait ainsi entaché d'illégalité la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être accueilli. Il s'ensuit que cette décision doit être annulée ainsi que, par voie de conséquence, les décisions refusant de lui accorder un délai de départ, fixant le pays de destination et interdisant son retour pour une durée de cinq ans.
Sur les conclusions aux fins d'injonction :
5. Aux termes de l'article L. 614-16 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision portant obligation de quitter le territoire français est annulée, () l'étranger est muni d'une autorisation provisoire de séjour jusqu'à ce que l'autorité administrative ait à nouveau statué sur son cas. ".
6. L'exécution du présent jugement implique seulement, en application des dispositions précitées, que le préfet de la Gironde délivre une autorisation provisoire de séjour à M. A et réexamine sa situation. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Il y a lieu d'admettre provisoirement M. A au bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, sous réserve que Me Gonnord, avocat de M. A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de son client à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à ce dernier de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à M. A par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 1 200 euros sera versée à ce dernier.
D É C I D E :
Article 1er : M. A est admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire.
Article 2 : Les conclusions dirigées contre le refus de titre de séjour sont renvoyées à la formation collégiale du tribunal.
Article 3 : L'arrêté du 25 avril 2024 est annulé en tant qu'il oblige M. A à quitter sans délai le territoire français, qu'il fixe le pays de destination et interdit son retour pour une durée de cinq ans.
Article 4 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer une autorisation provisoire de séjour à M. A et de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 5 : Sous réserve de l'admission définitive de M. A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Bonnord renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat, ce dernier versera à Me Gonnord, avocat de M. A, une somme de 1 200 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée, la somme de 1 200 euros sera versée à M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. A est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de la Gironde et à Me Gonnord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juin 2024.
La magistrate désignée,
La greffière,
E. WOHLSCHLEGEL
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026