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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403450

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403450

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403450
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre
Avocat requérantSP AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné les requêtes de M. et Mme D, qui contestaient les arrêtés du préfet de la Gironde refusant leur titre de séjour et les obligeant à quitter le territoire français. Les requérants invoquaient notamment une atteinte disproportionnée à leur vie privée et familiale, une méconnaissance de l'intérêt supérieur de leurs enfants, et des erreurs manifestes d'appréciation au regard des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le tribunal a rejeté l'ensemble de leurs demandes, estimant que les décisions attaquées étaient suffisamment motivées et ne portaient pas une atteinte disproportionnée aux droits garantis par l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme ou l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Les juges ont également considéré que l'interdiction de retour de deux ans était justifiée au regard de la situation des intéressés.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 31 mai 2024 sous le n° 2403450, M. B D, représenté par Me Pather, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il pouvait être reconduit et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans cette attente ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder sans délai à l'effacement du signalement aux fins de sa non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation en ce qu'elle ne prend pas en compte la durée de sa présence en France et ne comporte aucune mention de droit ou de fait relative à l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le pays de retour :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 612- 10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par une ordonnance du 5 juin 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juillet 2024.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juillet 2024.

II. Par une requête enregistrée le 31 mai 2024 sous le n°2403451, Mme A D, représentée par Me Pather, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel elle pouvait être reconduite et a prononcé une interdiction de retour sur le territoire français de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de la munir d'une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler dans cette attente ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder sans délai à l'effacement du signalement aux fins de sa non-admission dans le système d'information Schengen ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

En ce qui concerne le refus de séjour :

- la décision n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen particulier de sa situation en ce qu'elle ne prend pas en compte la durée de sa présence en France et ne comporte aucune mention de droit ou de fait relative à l'intérêt supérieur de ses enfants ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle est insuffisamment motivée et est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à ses conséquences sur sa situation personnelle.

En ce qui concerne le pays de retour :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision fixant le pays de destination doit être annulée par voie de conséquence.

En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision l'obligeant à quitter le territoire français étant illégale, la décision prononçant une interdiction de retour sur le territoire français doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard de ces dispositions de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Mme D a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 9 juillet 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience et n'étaient ni présentes ni représentées.

Le rapport de M. Katz a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B D et Mme A D, ressortissants albanais nés respectivement le 24 juin 1980 et le 17 février 1991, seraient entrés en France le 12 août 2015 selon leurs déclarations. Ils ont sollicité le bénéfice de l'asile qui leur a été refusé par des décisions des 8 et 14 septembre 2016 de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) statuant en procédure accélérée, confirmées par des décisions du 18 décembre 2017 de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA). Ils ont par la suite déposé diverses demandes de titres de séjour qui ont été rejetées par des décisions du 10 septembre 2015, 13 août 2019 et 1er septembre 2021, assorties de mesures d'éloignement, lesquelles ont été confirmées par des jugements du tribunal administratif du 14 novembre 2017, 29 janvier 2020 et 29 mars 2022 ainsi qu'une ordonnance de la cour administrative d'appel du 13 avril 2023. M. et Mme D ont sollicité, le 20 décembre 2023, leur admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 16 avril 2024, dont les intéressés demandent l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de délivrer les titres de séjour sollicités, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel ils pouvaient être éloignés et a prononcé des interdictions de retour d'une durée de deux ans.

Sur la jonction des requêtes :

2. Les requêtes susvisées n° 2403450 et n° 2403451 présentées pour M. et Mme D sont relatives à la situation de deux conjoints et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne les décisions de refus de titre séjour :

3. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes des dispositions de l'article L. 211-5 du même code : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ".

4. En l'espèce, les décisions attaquées, qui n'avaient pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation des intéressés, visent les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation de M. et Mme D, ainsi que les articles 3 et 8 la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant. Les décisions précisent la date et les conditions d'entrée en France des intéressés, la circonstance qu'ils font l'objet de plusieurs refus de titre de séjour assortis de mesures d'éloignement non exécutées, et mentionnent la scolarisation de leurs enfants sur le territoire. Ils précisent également, chacun en ce qui les concernent, que les intéressés justifient de l'exercice d'activités salariées qui ne leur permettent pas, eu égard à leur nature et à leur durée, de prétendre au bénéfice d'une admission exceptionnelle au séjour. Ainsi, les décisions attaquées, qui permettent de vérifier que l'autorité préfectorale a procédé à un examen approfondi de la situation des requérants, sont suffisamment motivées. Les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen doivent, dès lors, être écartés.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

6. M. et Mme D font valoir qu'ils résident en France sans interruption depuis 2015 où ils sont bien intégrés et où ils bénéficient de promesses d'embauche. Ils ajoutent qu'un de leurs trois enfants est né sur le territoire français et que les deux autres sont régulièrement scolarisés. Il ressort toutefois des pièces du dossier que les requérants sont entrés sur le territoire âgés respectivement de 35 et 24 ans et qu'ils s'y sont maintenus irrégulièrement en dépit de trois précédentes mesures d'éloignement et de deux interdictions de retour sur le territoire prises à leur encontre les 31 mai 2017, 13 août 2019 et 1er septembre 2021. En outre, si M. et Mme D se prévalant respectivement de l'exercice d'un emploi en tant qu'ouvrier du bâtiment d'octobre 2021 à févier 2022 ainsi que d'une promesse d'embauche en cette qualité, et de l'exercice d'une activité d'agent de ménage au sein de différents foyers à raison de quelques heures par semaine depuis 2021, cette circonstance ne suffit pas à démontrer une intégration particulière sur le territoire français alors qu'il ressort par ailleurs des pièces du dossier que les intéressés ne disposent pas d'un logement fixe et sont bénéficiaires auprès d'une association caritative. Enfin, si les requérants se prévalent de la scolarisation de leurs trois enfants sur le territoire et démontrent, par la production de nombreuses attestations, entretenir de bonnes relations avec d'autres parents d'élèves, cette circonstance ne suffit pas à leur ouvrir un droit au séjour alors qu'il n'est en outre ni démontré ni soutenu que la scolarisation de leurs enfants ne saurait se poursuivre dans leur pays d'origine. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n'a pas, en prenant les décisions litigieuses, entaché celles-ci d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / () ".

8. Pour les motifs développés ci-dessus, il ne ressort pas des pièces du dossier qu'en ne procédant pas à la régularisation de la situation de M. et Mme D à titre humanitaire ou exceptionnel, le préfet de la Gironde aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

9. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

10. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, et alors que les intéressés ne démontrent pas être dépourvus de tout lien avec leur pays d'origine où ils ont vécu la majeure partie de leur vie et où résident notamment une partie de la famille de M. D, les décisions litigieuses ne portent pas au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

11. En cinquième lieu, aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait d'institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".

12. Les requérants soutiennent que les décisions méconnaissent l'intérêt supérieur de leurs trois enfants, qui sont scolarisés depuis qu'ils sont en France. Toutefois, rien ne fait obstacle à ce que la cellule familiale se reconstitue dans le pays d'origine ou les enfants pourront poursuivre leur scolarité. Il suit de là que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

13. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés précédemment, le préfet de la Gironde n'a pas, en prenant les décisions attaquées, entaché celles-ci d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation des requérants.

En ce qui concerne les mesures d'éloignement :

14. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que les décisions portant refus de séjour ne sont pas illégales. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation des décisions les obligeant à quitter le territoire français.

15. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version en vigueur à la date de la décision attaquée : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. Toutefois, les motifs des décisions relatives au délai de départ volontaire et à l'interdiction de retour édictées le cas échéant sont indiqués ".

16. Il ressort des termes des décisions litigieuses, dont la motivation n'a pas à être distincte de celles portant refus de séjour, que celles-ci comporte les éléments relatifs à la situation familiale, administrative et professionnelle des intéressés. Par ailleurs, les décisions mentionnent en particulier les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables, notamment les articles L. 611-1 3° et L. 612-1, ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. En outre, il ne ressort pas des termes de ces décisions que le préfet de la Gironde n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation des requérants. Par suite les moyens tirés du défaut de motivation et du défaut d'examen réel et sérieux doivent être écartés.

17. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 11, les décisions litigieuses ne portent pas une atteinte au droit des requérants au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

18. En quatrième lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 12, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant doit être écarté.

19. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés, le préfet de la Gironde n'a pas, en prenant les décisions attaquées, entaché celles-ci d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leurs conséquences sur la situation des requérants.

En ce qui concerne les décisions fixant le pays de retour :

20. Il résulte de tout ce qui précède que les décisions portant obligation de quitter le territoire ne sont pas illégales. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité des mesures d'éloignement à l'encontre des décisions fixant le pays de retour.

En ce qui concerne les interdictions de retour sur le territoire français :

21. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que les mesures d'éloignement avec le délai de départ qu'elles fixent ne sont pas illégales. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à exciper de l'illégalité de ces mesures pour demander l'annulation des interdictions de retour sur le territoire français.

22. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 612-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Lorsque l'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire au-delà du délai de départ volontaire, l'autorité administrative édicte une interdiction de retour. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français " L'article L. 612-10 du même code dispose : " Pour fixer la durée des interdictions de retour () , l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français () ". Il résulte de ces dispositions que lorsque l'étranger n'a pas respecté le délai qui lui était imparti pour satisfaire à une obligation de quitter le territoire français, il appartient au préfet d'assortir sa décision d'une interdiction de retour sur le territoire français, sauf dans le cas où des circonstances humanitaires y feraient obstacle. Seule la durée de cette interdiction de retour doit être appréciée au regard des quatre critères énumérés à l'article L. 612-10, à savoir la durée de la présence de l'étranger sur le territoire français, la nature et l'ancienneté de ses liens avec la France, l'existence ou non d'une précédente mesure d'éloignement et, le cas échéant, la menace pour l'ordre public que constitue sa présence sur le territoire. Si l'autorité administrative doit prendre en compte l'ensemble de ces critères pour déterminer la durée de l'interdiction de retour, il ne résulte pas pour autant des dispositions précitées que ces quatre critères doivent être réunis de façon cumulative.

23. Il ressort des termes des décisions attaquées que le préfet de la Gironde, pour prononcer des interdictions de retour de deux ans à l'encontre des requérants, a considéré que, malgré la circonstance que les intéressés ne constituaient pas une menace à l'ordre public, ils faisaient chacun l'objet de plusieurs mesures d'éloignement non exécutées et n'étaient pas dépourvus d'attaches familiales dans leur pays d'origine. Les décisions visées ci-dessus sont dès lors suffisamment motivées. Par ailleurs, au regard de ces éléments, les décisions précitées ne sont pas manifestement disproportionnées.

24. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux énoncés ci-dessus, ces décisions ne sont pas davantage contraires aux articles 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.

25. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction et celles relatives aux frais de l'instance :

26. Les conclusions à fin d'annulation étant rejetées, il y a lieu, par voie de conséquence, de rejeter les conclusions à fin d'injonction et celles tendant au paiement de frais de procès sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

D E C I D E:

Article 1er : Les requêtes de M. D et de Mme D sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B D, à Mme A D, à Me Pather et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 3 octobre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

Le président-rapporteur,

D. Katz L'assesseur le plus ancien,

D. Fernandez La greffière,

M. C

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2403450 - N°2403451

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