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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403466

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403466

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403466
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationJU-4ème chambre

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 juin 2024, M. C, représenté par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 31 mai 2024 par lequel le préfet de la Haute-Vienne l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée le 20 août 2020 pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Haute-Vienne de prendre sans délai toute mesure propre à mettre fin à son signalement aux fins de non-admission dans le système d'information Schengen ;

3°) de mettre à la charge de l'État une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

- l'arrêté est signé par une autorité incompétente ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le préfet n'a pas vérifié son droit au séjour, alors qu'il est présent depuis 2017 et justifie d'une activité professionnelle pendant plusieurs années ;

- elle méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

- la décision méconnait les articles L. 612-2 et L. 612-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet ne justifiant pas d'un risque de soustraction à la mesure ;

En ce qui concerne la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision portant interdiction de retour est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale et doit être annulée par voie de conséquence ;

- elle est entachée d'un défaut de motivation ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 612-6, L. 612-10 et L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est manifestement disproportionnée dans son principe et sa durée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 4 juin 2024, le préfet de la Haute-Vienne conclut au rejet de la requête et fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme F a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étant ni présentes ni représentées, la clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience, en application de l'article R. 776-26 du code de justice administrative.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 31 mai 2024, le préfet de la Haute-Vienne a fait obligation à M. A C, ressortissant marocain né le 19 décembre 1988, de quitter le territoire sans délai, a fixé le pays à destination duquel il sera reconduit d'office et a prolongé l'interdiction de retour sur le territoire français prononcée le 20 août 2020 pendant une durée de deux ans. M. C demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

En ce qui concerne l'arrêté dans son ensemble :

2. Mme B E, sous-préfète, directrice de cabinet du préfet de la Haute-Vienne, et signataire de l'arrêté litigieux, bénéficie d'une délégation de signature du préfet de la Haute-Vienne en date du 15 mai 2024, régulièrement publiée au recueil des actes administratifs n° 87- 2024- 05- 15- 00001 du même jour, à l'effet de signer dans le cadre de ses attributions toutes décisions, pièces de procédure, courriers ou documents nécessaires à l'activité du cabinet et des services qui y sont rattachés. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté en litige doit être écarté.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".

4. Il ressort de la décision attaquée, qui précise que le requérant est entré irrégulièrement sur le territoire français, qu'il s'y maintient depuis sans droit ni titre de séjour, qu'il est l'auteur de plusieurs infractions et qu'il a été condamné sous de fausses identités pour des faits de destruction du bien d'autrui commis en réunion, de vol avec destruction et dégradation, de violences avec usage ou menace d'une arme suivie d'une capacité n'excédant pas huit jours, et écroué à la maison d'arrêt de Brest le 23 août 2020 et qu'il est célibataire et sans charge de famille. Ainsi, le préfet a bien vérifié le droit au séjour de l'intéressé, et le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 613-1 doit être écarté.

5. En second lieu, le requérant, qui n'a pas déposé de demande de titre de séjour, ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ volontaire :

6. Aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : / 1° Le comportement de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public ; / 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / 1° L'étranger, qui ne peut justifier être entré régulièrement sur le territoire français, n'a pas sollicité la délivrance d'un titre de séjour ; () / 4° L'étranger a explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à son obligation de quitter le territoire français ; / 5° L'étranger s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement ; () / 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5 ".

7. M. C soutient que le préfet ne justifie pas qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'exécution de la mesure d'éloignement et que son comportement constitue une menace pour l'ordre public. Il ressort cependant des pièces du dossier qu'il est entré irrégulièrement en France, qu'il n'a pas demandé de titre de séjour, malgré ses allégations, et s'y maintient, selon ses déclarations, en situation irrégulière depuis 2015. Il est par ailleurs constant qu'il ne dispose pas de garanties de représentation suffisantes dès lors qu'il a fait usage de divers alias et tenté de justifier d'une identité fictive par la présentation de faux documents. De plus, bien qu'il allègue être titulaire d'un passeport marocain, il n'est pas en mesure de présenter un document d'identité en cours de validité. Il a, en outre, déclaré lors de son audition le 30 mai 2024, s'opposer à tout retour dans son pays d'origine. Enfin, il ressort des pièces du dossier que l'intéressé s'est soustrait à l'exécution d'une précédente mesure d'éloignement du 22 août 2020 en ne respectant pas l'injonction du préfet du Finistère de quitter le territoire français sans délai. Ainsi, en refusant d'accorder au requérant un délai de départ volontaire sur le fondement des dispositions du 3° de l'article L. 612-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu ces dispositions. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.

En ce qui concerne la décision portant prolongation de l'interdiction de retour sur le territoire français :

8. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français n'est pas établie. Dans ces conditions, M. C n'est pas fondé à soutenir que la décision portant interdiction de retour sur le territoire serait illégale de ce fait.

9. En second lieu, aux termes de l'article L. 613-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les () décisions d'interdiction de retour et de prolongation d'interdiction de retour prévues aux articles L. 612-6, L. 612-7, L. 612-8 et L. 612-11 sont distinctes de la décision portant obligation de quitter le territoire français. Elles sont motivées ". Aux termes de l'article L. 612-6 de ce code : " Lorsqu'aucun délai de départ volontaire n'a été accordé à l'étranger, l'autorité administrative assortit la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. Des circonstances humanitaires peuvent toutefois justifier que l'autorité administrative n'édicte pas d'interdiction de retour. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français, et dix ans en cas de menace grave pour l'ordre public ". Aux termes de l'article L. 612-10 de ce code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 ainsi que pour la prolongation de l'interdiction de retour prévue à l'article L. 612-11 ". Aux termes de l'article L. 612-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut prolonger l'interdiction de retour pour une durée maximale de deux ans dans les cas suivants : / 1° L'étranger s'est maintenu irrégulièrement sur le territoire français alors qu'il était obligé de le quitter sans délai ; () ".

10. Il ressort des termes mêmes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

11. D'une part, la décision attaquée vise les textes qui la fondent, notamment les dispositions des articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Après avoir mentionné que le comportement de M. C constituait une menace à l'ordre public, le préfet a indiqué les éléments de sa situation personnelle qui ont été pris en considération, notamment la circonstance qu'il se maintient en France irrégulièrement depuis une date indéterminée et qu'il fait l'objet d'un arrêté du 20 août 2020 portant obligation de quitter le territoire français sans délai et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. Ainsi, la décision a bien été prise au vu de l'ensemble des critères prévus par les dispositions précitées. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation et le moyen tiré du défaut d'examen particulier de sa situation personnelle doivent être écartés.

12. D'autre part, M. C, célibataire et sans charge de famille, ne justifie d'aucune attache familiale ou affective sur le territoire français. S'il affirme être présent en France depuis 2015, son comportement constitue une menace à l'ordre public, dans la mesure où il résulte de la consultation du fichier automatisé des empreintes digitales qu'il est connu pour des faits de non-respect d'obligation ou d'interdiction imposée par le juge aux affaires familiales dans une ordonnance de protection d'une victime de violences familiales ou menace de mariage forcé, vol de véhicule, usage illicite de stupéfiants et détention non autorisée de stupéfiants, dégradation ou détérioration d'un bien appartenant à autrui, violence aggravée suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours, outrage, violence, menace de mort ou d'atteinte aux biens à l'encontre d'une personne dépositaire de l'autorité publique, conduite d'un véhicule sans permis, et qu'il a été condamné sous de fausses identités pour des faits de destruction du bien d'autrui commis en réunion, de vol avec destruction et dégradation, de violences avec usage ou menace d'une arme suivie d'une capacité n'excédant pas huit jours. Il ne conteste pas avoir commis ces faits, entre 2017 et 2024. Il est constant, par ailleurs, qu'il a déjà fait l'objet d'une mesure d'éloignement assortie d'une interdiction de retour de trois ans, non exécutée, le 20 août 2020. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la durée de prolongation de deux ans fixée pour cette interdiction serait disproportionnée au regard de l'article L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit donc être écarté.

13. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 31 mai 2024 et les conclusions à fin d'injonction subséquentes doivent être rejetées ainsi que les conclusions liées aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Haute- Vienne.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

La magistrate désignée,

F. F

La greffière,

M. D

La République mande et ordonne au préfet de la Haute-Vienne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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