mardi 3 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403561 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 6ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des pièces complémentaires enregistrées le 6 juin 2024 et le 2 septembre 2024, Mme B A, représentée par Me Maurin-Gomis, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 7 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer, dans l'attente, un récépissé l'autorisant à étudier ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente en l'absence de délégation de signature régulièrement publiée et, si elle existe, car elle est incomplète.
- en ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français, elle justifie de la réussite de ses études, au regard des difficultés qu'elle a rencontrées, le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation et des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Brouard-Lucas, présidente-rapporteure, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B A, ressortissante marocaine née le 9 mai 2002, est entrée en France le 21 août 2020 munie d'un visa long séjour valant titre de séjour en qualité d'étudiante. Le 2 août 2021, elle s'est vue délivrer un premier titre de séjour en cette même qualité, régulièrement renouvelé jusqu'au 22 novembre 2023. Le 4 octobre 2023, elle en a sollicité le renouvellement. Par un arrêté du 7 mai 2024, le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Mme A demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne l'arrêté pris dans son ensemble :
2. L'arrêté attaqué a été signé par Madame D C, cheffe du bureau du séjour qui, par un arrêté du 29 mars 2024, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État n° 33-2024-080, mis en ligne sur le site Internet des services de l'État en Gironde, a reçu du préfet de la Gironde délégation pour signer, comme le précise le premier alinéa de l'article trois de cet arrêté, " (..) dans la limite de ses attributions, toutes décisions () prises en application des livres II, IV, VI et VIII (parties législative et réglementaire) du CESEDA ". Cette délégation est complète et suffisamment précise. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait et doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français :
3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an. / En cas de nécessité liée au déroulement des études ou lorsque l'étranger a suivi sans interruption une scolarité en France depuis l'âge de seize ans et y poursuit des études supérieures, l'autorité administrative peut accorder cette carte de séjour sous réserve d'une entrée régulière en France et sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. () ". Pour l'application de ces dispositions, il appartient à l'administration saisie d'une demande de renouvellement d'un titre de séjour présentée en qualité d'étudiant d'apprécier, sous le contrôle du juge, la réalité et le sérieux des études poursuivies. Le renouvellement du titre suppose que les études soient suffisamment sérieuses pour qu'elles puissent être regardées comme constituant l'objet principal du séjour, établissant une progression significative dans leur poursuite et le caractère cohérent desdites études.
4. Mme A se prévaut de la validation du premier semestre de son année d'études en école de journalisme avec une moyenne de 11,85 sur 20 au titre de l'année universitaire 2023-2024. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que depuis son entrée en France, la requérante a été ajournée à deux reprises au terme de la première année de licence de droit en 2020-2021 et 2021-2022 à l'université de Toulouse puis après une première réorientation, elle a été également déclarée défaillante aux examens de première année de licence d'histoire à l'université de Brest. Ce n'est qu'après une seconde réorientation, dans le secteur du journalisme, et après quatre années écoulées sur le territoire français que l'intéressée est parvenue à valider un semestre d'études. Si elle produit son bulletin de notes du second semestre ainsi que la preuve de son inscription en deuxième année, ces éléments sont postérieurs à la date de la décision attaquée. Par suite, et alors que Mme A se borne à des affirmations générales relatives aux difficultés liées à l'épidémie de Covid ou à l'impossibilité matérielle de réaliser une étude pratique à Brest pour expliquer ses échecs, en refusant, à la date de la décision attaquée, de renouveler son titre de séjour " étudiant " au motif de l'absence de réalité et de caractère sérieux de ses études, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation, l'intéressée pouvant si elle s'y croit fondée compte tenu de son passage à l'année supérieure, présenter une nouvelle demande de titre de séjour en qualité d'étudiant.
5. Par ailleurs, il ne ressort pas des pièces du dossier, compte tenu de ce qui a été dit précédemment, que le préfet, en refusant de délivrer à Mme A un titre de séjour aurait entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle. Le moyen doit donc être écarté.
6. Enfin, à la date de l'arrêté attaqué, soit le 7 mai 2024, Mme A terminait sa première année d'école de journalisme et il ne ressort pas des pièces du dossier que l'obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours ne lui permettait pas d'achever son année. Si Mme A a validé son année le 24 juin 2024 et était inscrite en deuxième année, au vu de son parcours antérieur et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que l'intéressée n'aurait pu poursuivre ses études à la rentrée suivante dans son pays d'origine ou dans un autre pays, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.
7. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 7 mai 2024. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction ainsi que celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Brouard-Lucas, présidente-rapporteure,
M. Bourdarie, premier conseiller,
Mme Passerieux, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.
Le premier assesseur,
H. BOURDARIE La présidente-rapporteure,
C. BROUARD-LUCAS
La greffière,
A. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026