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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403576

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403576

mercredi 18 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403576
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation2ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B, ressortissant albanais, qui contestait le refus de titre de séjour pour raisons de santé, l'obligation de quitter le territoire et l'interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a estimé que le préfet n'avait pas méconnu l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme, et que les décisions n'étaient pas entachées d'erreur manifeste d'appréciation.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 6 juin 2024 et un mémoire enregistré le 9 juillet 2024, M. A B, représenté par Me Jouteau, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions du 1er mars 2024 du préfet de la Gironde de lui refuser la délivrance d'un titre de séjour, de l'obliger à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et de lui interdire le retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 80 euros par jour de retard et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation et de lui délivrer un récépissé avec autorisation de travail, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'erreurs de faits, d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

- elle est injustifiée dès lors qu'il n'a pas reçu les deux décisions portant obligation de quitter le territoire du 10 mai 2022 et du 22 décembre 2022 que le préfet de la Gironde déclare avoir pris à son encontre.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle du 14 mai 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique modifiée ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Les parties n'étaient ni présentes, ni représentées.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant albanais né le 29 juillet 1989, est entré régulièrement en France le 1er février 2021. Le 22 mars 2022, il a déposé une demande de titre de séjour pour raisons de santé, sur le fondement de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Du silence de la préfète de la Gironde, est née une décision implicite de rejet. Celle-ci a été annulée par un jugement n° 2301904 du tribunal administratif de Bordeaux du 4 octobre 2023 qui a enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer sa situation dans le délai d'un mois. Par un arrêté du 1er mars 2024, le préfet de la Gironde a pris à son encontre un arrêté par lequel il a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination de son éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire pour une durée de deux ans. M. B demande l'annulation des décisions portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et qui, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an. La condition prévue à l'article L. 412-1 n'est pas opposable. / La décision de délivrer cette carte de séjour est prise par l'autorité administrative après avis d'un collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, dans des conditions définies par décret en Conseil d'Etat. / () Si le collège de médecins estime dans son avis que les conditions précitées sont réunies, l'autorité administrative ne peut refuser la délivrance du titre de séjour que par une décision spécialement motivée. () ".

3. La partie qui justifie d'un avis du médecin de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) venant au soutien de ses dires doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, l'existence ou l'absence d'un traitement approprié dans le pays de renvoi. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

4. Par un avis émis le 20 février 2024, le collège de médecins de l'OFII a estimé que l'état de santé de M. B, atteint de troubles psychiatriques, nécessitait une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité, mais qu'eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé en Albanie, il pouvait y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Il ressort des pièces du dossier que l'intéressé a fait l'objet de plusieurs hospitalisations en centre hospitalier spécialisé et qu'un diagnostic a été posé. Cependant, ni ces hospitalisations, ni les ordonnances médicales versées à l'instance ne permettent d'établir, qu'au contraire de l'avis du collègue des médecins de l'OFII, M. B ne pourrait pas bénéficier effectivement d'un traitement adapté en Albanie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde aurait commis une erreur de fait ou une erreur d'appréciation en estimant que le traitement dont bénéficie le requérant serait disponible en Albanie. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 425-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.

5. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".

6. M. B soutient qu'il réside en France depuis le mois de février 2021 après avoir quitté l'Albanie en 2012 et vécu en Grèce. Il déclare vivre en concubinage avec Mme C, mais il n'atteste ni de l'ancienneté, ni de l'intensité de leur relation. Il a nécessairement conservé des liens en Albanie où il a vécu au moins jusqu'à l'âge de trente-trois ans. Il a déjà fait l'objet de deux décisions du préfet de la Gironde portant obligation de quitter le territoire, et s'il soutient ne pas en avoir eu connaissance, cette allégation est démentie par les pièces du dossier pour l'arrêté du 22 décembre 2022 portant obligation de quitter le territoire et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans dont il a signé la notification le 23 décembre 2022 à 10 heures. En outre, s'il conteste les faits mentionnés par le préfet de la Gironde qui indique que M. B a été signalé pour des faits de " chantage, atteinte à l'intimité de la vie privée par fixation, enregistrement ou transmission de l'image d'une personne présentant un caractère sexuel le 15 septembre 2021 ", et qu'effectivement, ainsi qu'il le soutient, ces faits ne sont pas démontrés, en revanche, il ne conteste pas la matérialité des faits de " violence suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours sur une personne étant ou ayant été le conjoint par un pacte civil de solidarité le 22 décembre 2022 " même s'il éclaire le contexte dans lesquels ils se sont déroulés et allègue de violences réciproques. Ainsi, le préfet n'a pas commis d'erreur d'appréciation en indiquant dans son arrêté que son comportement est de nature à troubler l'ordre public. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, et alors qu'il a déjà fait l'objet de deux mesures d'obligation de quitter le territoire français dont l'une avec interdiction de retour sur le territoire français qu'il n'a pas exécutée, le préfet de la Gironde n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale du requérant une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris cette décision, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, la décision en litige n'est pas entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. B n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'encontre de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

8. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 6, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. La décision en litige n'est pas davantage entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans :

9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français qui ne peut excéder deux ans () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".

10. Il ressort des termes de ces dispositions que l'autorité compétente doit, pour décider de prononcer à l'encontre de l'étranger soumis à l'obligation de quitter le territoire français une interdiction de retour et en fixer la durée, tenir compte, dans le respect des principes constitutionnels, des principes généraux du droit et des règles résultant des engagements internationaux de la France, des quatre critères qu'elles énumèrent, sans pouvoir se limiter à ne prendre en compte que l'un ou plusieurs d'entre eux. La décision d'interdiction de retour doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, de sorte que son destinataire puisse à sa seule lecture en connaître les motifs. Si cette motivation doit attester de la prise en compte par l'autorité compétente, au vu de la situation de l'intéressé, de l'ensemble des critères prévus par la loi, aucune règle n'impose que le principe et la durée de l'interdiction de retour fassent l'objet de motivations distinctes, ni que soit indiquée l'importance accordée à chaque critère.

11. Il ressort des pièces du dossier que M. B vit en France depuis trois ans à la date de l'arrêté en litige et il n'atteste pas avoir de liens intenses et stables sur le territoire. En outre, à la date de l'arrêté en litige, il avait déjà fait l'objet de deux décisions d'obligation de quitter le territoire et s'il conteste en avoir eu connaissance, ainsi qu'il a été dit au point 6, cette affirmation est nécessairement fausse s'agissant de l'arrêté du 22 décembre 2022 qui, outre l'obligation de quitter le territoire, lui faisait également interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de trois ans. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que le préfet de la Gironde aurait pris la même décision s'il n'avait fait mention que de ce second arrêté. Compte tenu de ces éléments, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur d'appréciation en prenant à son encontre par l'arrêté en litige, une décision d'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions du 1er mars 2024 du préfet de la Gironde portant refus de séjour, obligation de quitter le territoire français et interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de deux ans.

Sur les autres conclusions de la requête :

13. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. B, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. D et Mme E, premiers conseillers,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.

La rapporteure,

S. E

La présidente,

C. CABANNELa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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