mardi 22 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403597 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 7 juin 2024, M. H A, représenté par Me Cesso, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 28 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " travailleur saisonnier " ;
3°) et de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;
- le préfet s'est senti à tort en situation de compétence liée pour refuser de lui délivrer un titre de séjour ;
- la décision portant refus de titre de séjour méconnait l'article L. 421-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- les décisions portant refus de titre de séjour et obligation de quitter le territoire français sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elles entraînent sur sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 26 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 26 août 2024.
M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 30 avril 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Ballanger, rapporteure,
- et les observations de Me Esseul, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant marocain, né le 24 avril 1993, est entré en France le 2 février 2020 muni d'un visa Schengen de type D portant la mention " travailleur saisonnier ". Il s'est ensuite vu délivrer une carte de séjour pluriannuelle revêtue de la même mention valable du 27 février 2020 au 26 février 2023, dont il a sollicité le renouvellement le 17 février 2023. Par un arrêté du 28 décembre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi. Par sa requête, M. A demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164, donné délégation à Mme F E, adjointe au bureau de l'admission au séjour des étrangers et signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. B D et de Mme G C. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté daté du 28 décembre 2023 doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, d'une part, l'accord franco-marocain du 9 octobre 1987 renvoie, sur tous les points qu'il ne traite pas, à la législation nationale, en particulier aux dispositions pertinentes du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, pour autant qu'elles ne sont pas incompatibles avec les stipulations de l'accord. D'autre part, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans () Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. () ". L'article L. 432-2 du même code dispose, dans sa version applicable au litige, que : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire () ".
4. Il résulte des dispositions précitées que la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier ", qui autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an, est délivrée à l'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France.
5. Pour refuser de renouveler la carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " de M. A, le préfet de la Gironde s'est fondé sur la circonstance que l'intéressé n'a pas respecté son engagement de maintenir hors de France sa résidence habituelle entre 2020 et 2023 et que, dès lors, il ne pouvait être regardé comme remplissant les conditions prévues par les dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile précitées. Si M. A fait valoir qu'il a effectué plusieurs séjours au Maroc au cours de cette période, il ne conteste pas avoir séjourné sur le territoire français durant neuf mois en 2020 et huit mois en 2021 et 2022. Dans ces conditions, et indépendamment des caractéristiques de l'emploi occupé, le préfet de la Gironde n'a pas fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 421-34 précitées. Il ne ressort pas davantage des pièces du dossier que le préfet de la Gironde se serait estimé en situation de compétence liée pour rejeter la demande de M. A.
6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. A qui est entré en France en 2020, s'est vu délivrer une carte pluriannuelle de séjour portant la mention " travailleur saisonnier " qui ne lui donnait pas vocation à s'installer durablement sur le territoire. A ce titre, le requérant, qui est célibataire et sans charge de famille en France, n'établit pas qu'il y aurait établi le centre de ses attaches familiales, alors qu'il n'est pas dépourvu de tout lien dans son pays d'origine où vivent ses parents et ses frères et sœurs et où il s'est rendu à plusieurs reprises depuis son entrée sur le territoire national. Enfin, M. A ne démontre pas une insertion sociale particulière en France en se bornant à se prévaloir de l'activité professionnelle qu'il a exercée entre 2020 et 2022 en qualité d'ouvrier agricole saisonnier et de la circonstance, au demeurant postérieure à la décision attaquée, qu'il bénéficie d'une promesse d'embauche en contrat à durée indéterminée. Par suite, le préfet de la Gironde, n'a pas, en refusant le renouvellement de son titre de séjour, entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation quant aux conséquences qu'elle emporte sur sa situation personnelle.
7. En dernier lieu, pour les mêmes motifs que ceux développés au point 6, le moyen tiré de ce que la décision portant obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences qu'elle entraîne sur la situation personnelle du requérant doit être écarté.
8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. A doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et celles présentées sur le fondement des dispositions combinées des articles 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 8 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
- Mme Chauvin, présidente,
- Mme Ballanger, première conseillère ;
- Mme Lorrain Mabillon, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 octobre 2024.
La rapporteure
M. BALLANGER La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. LALITTE
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026