jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403610 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 7 juin 2024, M. A F, représenté par Me Lassort, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 juin 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit sa circulation pour une durée de trois ans ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;
- cette décision est insuffisamment motivée en fait ;
- le préfet n'a pas procédé à l'examen sérieux de sa situation ;
- cette décision a été édictée en méconnaissance du 2° de l'article L. 251-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle n'est pas motivée ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
En ce qui concerne l'interdiction de circulation :
- cette décision est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle a été édictée en méconnaissance de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 15 juillet 2024, et une pièce complémentaire enregistrée le 8 juin 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendu, au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme H ;
- et les observations de Me Lassort, représentant M. F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F, ressortissant de nationalité bulgare né le 13 juillet 1987, déclare être entré en France au cours de l'année 2010. Il s'est marié le 19 mars 2011 avec une ressortissante de nationalité française avec laquelle il a eu trois enfants. Il a été condamné le 23 juin 2023 par le tribunal correctionnel de Bordeaux à une peine d'emprisonnement de trois mois, sans maintien en détention, pour des faits de menace de mort réitérée et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours notamment commis à l'encontre de son épouse avec laquelle, à titre de peine complémentaire, il lui a été interdit d'entrer en relation ainsi que de paraître à son adresse pendant trois ans. S'étant de nouveau rendu coupable des mêmes faits le 3 mai 2024, il a alors été placé sous le régime de la détention à domicile sous surveillance électronique pour une durée de trois mois. Par l'arrêté contesté du 6 juin 2024, le préfet de la Gironde l'a obligé à quitter sans délai le territoire français, a fixé le pays de destination et a interdit sa circulation pendant trois ans
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
2. En premier lieu, M. D B, chef de la section éloignement, bénéficiait, par arrêté du 29 mars 2024 régulièrement publié le même jour d'une délégation lui permettant de signer la décision obligeant le requérant à quitter le territoire français au nom du préfet de la Gironde, en l'absence de Mme C G, cheffe du bureau de l'éloignement et de l'ordre public, qui n'est pas sérieusement contestée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de son auteur manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, contrairement à ce que soutient le requérant, il ressort des termes de l'arrêté contesté qu'il mentionne les considérations de fait sur lesquelles le préfet de la Gironde s'est fondé pour décider de l'éloigner du territoire français, et que cette autorité a également procédé, préalablement à l'édiction de cette décision, à l'examen attentif de sa situation.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 251 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, applicables aux ressortissants de l'Union européenne : " L'autorité administrative compétente peut, par décision motivée, obliger les étrangers dont la situation est régie par le présent livre, à quitter le territoire français lorsqu'elle constate les situations suivantes : () 2° Leur comportement personnel constitue, du point de vue de l'ordre public ou de la sécurité publique, une menace réelle, actuelle et suffisamment grave à l'encontre d'un intérêt fondamental de la société () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Enfin, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
5. Il appartient à l'autorité administrative, qui ne saurait se fonder sur la seule existence d'une infraction à la loi, d'examiner, d'après l'ensemble des circonstances de l'affaire, si la présence de l'intéressé sur le territoire français est de nature à constituer une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, ces conditions étant appréciées en fonction de sa situation individuelle, notamment de la durée de son séjour en France, de sa situation familiale et économique et de son intégration.
6. Si M. F se prévaut de sa présence en France depuis 2010, de son mariage avec une ressortissante de nationalité française avec laquelle il a eu trois enfants, de son insertion professionnelle, il ressort toutefois de ce qui a été dit au point 1 qu'il a été condamné le 23 juin 2023 par le tribunal correctionnel de Bordeaux à une peine d'emprisonnement de trois mois, sans maintien en détention, pour des faits de menace de mort réitérée et violence aggravée par deux circonstances suivie d'incapacité n'excédant pas huit jours commis à l'encontre de son épouse avec laquelle, à titre de peine complémentaire, il lui a été interdit d'entrer en relation ainsi que de paraître à son adresse pendant trois ans, et que malgré cette condamnation, il s'est rendu coupable des mêmes faits moins d'un an plus tard. En outre, il ne ressort d'aucune des pièces du dossier qu'il contribuerait à l'entretien et à l'éducation de ses enfants. Dans ces conditions, et eu égard à la gravité des faits auxquels il s'est livré, ainsi qu'à leur réitération, le préfet a pu légalement estimer que le comportement personnel de l'intéressé constituait une menace réelle, actuelle et suffisamment grave pour un intérêt fondamental de la société française, qui lui commandait de protéger l'une de ses ressortissantes de la violence et des menaces de mort exercées à son encontre par son propre époux. Il s'ensuit que les moyens tirés de ce que le préfet aurait méconnu les dispositions et stipulations citées au point 4 en l'obligeant à quitter le territoire français doivent être écartés.
En ce qui concerne le refus d'octroi d'un délai de départ :
7. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde doit être écarté.
8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les étrangers dont la situation est régie par le présent livre disposent, pour satisfaire à l'obligation qui leur a été faite de quitter le territoire français, d'un délai de départ volontaire d'un mois à compter de la notification de la décision. L'autorité administrative ne peut réduire le délai prévu au premier alinéa qu'en cas d'urgence () ".
9. Contrairement à ce que soutient le requérant, le préfet de la Gironde a indiqué qu'il y avait urgence à l'éloigner du territoire français en raison des faits délictueux qu'il avait commis et de ses conditions d'existence en France. Les moyens tirés de l'insuffisante motivation de la décision refusant de lui accorder un délai de départ et de ce que cette décision aurait été édictée en méconnaissance des dispositions précitées doivent en conséquence être écartés.
En ce qui concerne l'interdiction de circulation :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de l'illégalité de cette décision en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français sur laquelle elle se fonde doit être écarté.
11. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 251-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut, par décision motivée, assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français édictée sur le fondement des 2° ou 3° de l'article L. 251-1 d'une interdiction de circulation sur le territoire français d'une durée maximale de trois ans. ".
12. M. F, qui a interdiction d'entrer en contact avec son épouse, et ne produit aucun élément de nature à établir qu'il entretiendrait des liens avec ses enfants résidant sur le territoire français, n'est pas fondé à soutenir que le préfet aurait méconnu les dispositions précitées ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de la convention internationale des droits de l'enfant citées au point 4 en lui interdisant de circuler sur le territoire français pendant une durée de trois ans.
13. Il résulte de l'ensemble de ce qui précède que la requête de M. F doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E
Article 1er : La requête de M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme H et Mme E, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
La rapporteure,
E. H
Le président,
D. FERRARI Le greffier,
Y. JAMEAU
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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