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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403634

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403634

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403634
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. E, ressortissant algérien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Gironde. Le tribunal a écarté les moyens soulevés, estimant que la décision de refus était suffisamment motivée et que le préfet avait procédé à un examen particulier de la situation du requérant. Il a également jugé que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien n'était pas fondé, le requérant ne justifiant pas ne pas pouvoir bénéficier d'un traitement approprié dans son pays d'origine. En conséquence, le tribunal a rejeté l'ensemble des conclusions de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 10 juin 2024 et quatre mémoires en production de pièces enregistrés respectivement les 19 juin 2024, 16 juillet 2024 et 25 juillet 2024, M. D E, représenté par Me Ghettas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 3 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de renvoi ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans le délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard et, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai d'un mois à compter de la date du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'un défaut d'examen particulier de sa situation ;

- en refusant de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des dispositions de l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968, le préfet a commis une erreur de droit ;

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- l'illégalité de la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour entraîne, par la voie de l'exception d'illégalité, l'illégalité subséquente de l'obligation de quitter le territoire français ;

- la décision est entachée d'un défaut de motivation et d'examen particulier de sa situation car le préfet n'a pas tenu compte de sa situation personnelle ni des éléments du dossier ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales car son retour en Algérie l'expose à un risque de mort imminent à défaut de pouvoir y bénéficier du traitement nécessité par son état de santé.

Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.

M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 18 juin 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 relatif à la circulation, à l'emploi et au séjour des ressortissants algériens et de leurs familles ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de présenter des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les observations de Me Ghettas, représentant de M. E.

Une note en délibéré présentée par M. E a été enregistrée le 12 septembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. D E, né le 13 novembre 1986 à Akbou (Algérie), de nationalité algérienne, est entré régulièrement en France le 28 mars 2022 sous couvert d'un visa C de court séjour. Il s'est maintenu en situation irrégulière sur le territoire national à l'expiration de son visa et a sollicité le 8 septembre 2023 du préfet de la Gironde la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en qualité d'étranger malade. Par arrêté du 3 avril 2024, dont le requérant demande l'annulation, le préfet de la Gironde a opposé un refus à sa demande de renouvellement de son titre de séjour et a assorti sa décision d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée du 3 avril 2024 mentionne les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 qui la fondent en droit comme les considérations de fait, détaillées et circonstanciées à l'aune de la situation personnelle du requérant, qui ont présidé à son édiction. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée sera écarté.

3. En deuxième lieu, la seule circonstance que la photographie figurant sur l'arrêté attaqué n'est pas celle de M. E, alors que l'identité décrite dans ce même arrêté est bien celle du requérant, ne permet pas d'établir que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant. Par suite le moyen doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 6 alinéa 7 de l'accord franco-algérien : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 7. au ressortissant algérien, résidant habituellement en France, dont l'état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait entraîner pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité, sous réserve qu'il ne puisse pas effectivement bénéficier d'un traitement approprié dans son pays ".5. La partie qui justifie d'un avis du collège de médecins du service médical de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) qui lui est favorable doit être regardée comme apportant des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence ou l'absence d'un état de santé de nature à justifier la délivrance ou le refus d'un titre de séjour. Dans ce cas, il appartient à l'autre partie, dans le respect des règles relatives au secret médical, de produire tous éléments permettant d'apprécier l'état de santé de l'étranger et, le cas échéant, si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il pourrait ou non y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si l'état de santé d'un étranger justifie la délivrance d'un titre de séjour dans les conditions ci-dessus rappelées, se détermine au vu de ces échanges contradictoires.

5. En l'espèce, le collège des médecins de l'OFII a estimé, dans son avis rendu le 5 janvier 2024, que l'état de santé de M. E nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pouvait entraîner des conséquences d'une exceptionnelle gravité mais que le traitement approprié à son état de santé existait en Algérie et qu'il pouvait voyager sans risque vers son pays d'origine.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. E est atteint d'une insuffisance rénale chronique qui est traitée par hémodialyse à raison de trois séances par semaine. Le requérant soutient qu'il demeure en attente d'une greffe de rein qui est le traitement de référence à son âge de la maladie dont il souffre comme en attestent les certificats médicaux des 15 avril 2024 et 11 juin 2024 du docteur C néphrologue exerçant en Algérie à la clinique Benmouffok de Bejaia, et de son confrère, le docteur A exerçant à la clinique Saint-Augustin de Bordeaux. Toutefois, si à la date de la décision attaquée le requérant était bien inscrit sur la liste d'attente des demandeurs de greffe, il n'établit ni même n'allègue qu'une date de greffe était programmée. En outre, il ne démontre pas qu'une absence de greffe ne lui permettrait pas de continuer à vivre avec sa maladie alors même qu'il n'est pas contesté que le régime de la dialyse auquel il est astreint et qui lui permet aujourd'hui de traiter l'affection chronique dont il souffre est disponible dans son pays d'origine. Au surplus, il n'établit pas que la greffe rénale n'existerait pas en Algérie dès lors notamment qu'il ressort des éléments scientifiques disponibles sur la pratique de la greffe rénale en Algérie, que le requérant apporte lui-même à l'appui de ses écritures, que cette technique chirurgicale est pratiquée en Algérie. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à soutenir que la préfète de la Gironde aurait méconnu les stipulations de l'article 6 alinéa7 de l'accord franco-algérien. Par suite, ce moyen doit être écarté.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

7. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit précédemment, que la décision par laquelle le préfet de la Gironde a refusé de délivrer un titre de séjour à M. E n'est pas entachée d'illégalité. Par suite, le moyen tiré de l'exception d'illégalité doit être écarté.

8. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Dans le cas prévu au 3° de l'article L. 611-1, la décision portant obligation de quitter le territoire français n'a pas à faire l'objet d'une motivation distincte de celle de la décision relative au séjour. "

9. Il résulte de ce qui a été dit au point 2 que la décision portant refus de séjour est suffisamment motivée. Par suite, en application des dispositions précitées, le moyen tiré de l'insuffisance motivation de l'obligation de quitter le territoire français dont a été assorti ce refus de titre de séjour doit être écarté.

10. En troisième lieu, il ne résulte ni des pièces du dossier ni de la motivation de la décision en litige que le préfet n'aurait pas procédé à un examen réel et sérieux de la situation personnelle du requérant.

11. En quatrième lieu, aux termes de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit à la liberté et à la sûreté () ". Si le requérant fait valoir que la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article 5 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ce moyen est, en tout état de cause, inopérant puisque l'obligation de quitter le territoire français attaquée n'a ni pour objet, ni pour effet, de renvoyer le requérant dans son pays d'origine.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquences, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

D É C I D E :

Article 1er : La requête de M. E est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024 où siégeaient :

-M. Ferrari, président,

-Mme Wohlschlegel et Mme B, premières conseillères.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.

La rapporteure,

K. B

Le président,

D. Ferrari

Le greffier,

Y. Jameau

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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