mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403667 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 11 juin 2024, des pièces complémentaires enregistrées le 4 juillet 2024 et un mémoire, enregistré le 22 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Jouteau, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation, dans un délai de quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 80 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision de refus de séjour est entachée d'un vice de procédure, faute pour le préfet d'avoir saisi la commission du titre de séjour en méconnaissance des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'erreur de fait quant à la menace qu'il représente pour l'ordre public ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'obligation de quitter le territoire est illégale en raison de l'illégalité de la décision de refus de séjour sur laquelle elle se fonde ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;
- la décision fixant le pays de destination est illégale en raison de l'illégalité de la décision d'éloignement sur laquelle elle se fonde ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît l'autorité de chose jugée.
- l'interdiction de retour est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 10 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 22 juillet 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 12 août 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Champenois, rapporteure ;
- et les observations de Me Jouteau, représentant M. A.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, ressortissant kosovar né le 9 septembre 1990, entré irrégulièrement en France le 14 juillet 2013, a demandé l'asile. Par décision du 26 juin 2017, l'Office français de protection des réfugiés et apatrides a refusé sa demande. La Cour nationale du droit d'asile a rejeté son recours le 14 décembre 2017. Il a, par la suite, obtenu un titre de séjour d'un an le 15 mars 2019 pour circonstances humanitaires renouvelé jusqu'au 12 janvier 2022, puis un titre de séjour pluriannuel délivré le 27 janvier 2022 valable jusqu'au 26 janvier 2024. M. A en a demandé le renouvellement le 11 décembre 2023. Par un arrêté du 25 avril 2024, dont M. A demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de renouveler son titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1./ Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14./ () ".
3. Il ressort des pièces du dossier que M. A a bénéficié d'un titre de séjour en raison de considérations humanitaires le 15 mars 2019, renouvelé sans interruption jusqu'au 26 janvier 2024. Il est constant qu'il en a demandé le renouvellement, et que le formulaire produit par la préfecture, qu'il a dûment renseigné, comporte seulement la mention " vie privée et familiale ", ce qui est le libellé de son titre de séjour délivré sur le fondement de l'article L. 435-1. Ainsi, et alors qu'il n'est pas contesté que le requérant est entré le 14 juillet 2013 et est présent sur le territoire depuis plus de dix ans à la date de la décision contestée, le préfet devait saisir la commission du titre de séjour avant de statuer sur sa demande de renouvellement de titre de séjour. Il est constant que cette formalité n'a pas été accomplie. Il s'ensuit que M. A est fondé à demander, pour ce motif, l'annulation de la décision de refus de renouvellement de son titre de séjour.
4. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que l'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de renvoi et l'a interdit de retour sur le territoire pour trois ans doit être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :
5. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que le préfet de la Gironde procède au réexamen de la situation administrative du requérant, après avoir saisi la commission du titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, et lui délivre dans l'attente une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
6. Il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat, partie perdante à la présente instance, la somme de 1 200 euros à verser au requérant au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 25 avril 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de renouveler le titre de séjour de M. A, l'a obligé à quitter le territoire dans un délai de trente jours, a fixé le pays à destination duquel il sera éloigné d'office à l'expiration de ce délai et l'a interdit de retour pour une durée de trois ans est annulé.
Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de réexaminer la situation de M. A après avoir saisi la commission du titre de séjour, dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement et, dans cette attente, de l'autoriser provisoirement au séjour avec autorisation de travail.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Champenois, première conseillère,
Mme Ballanger, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La rapporteure,
M. CHAMPENOIS La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026