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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2403697

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2403697

lundi 17 juin 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2403697
TypeOrdonnance
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantSELARL ULDRIF ASTIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 juin 2024, M. B A représenté par Me Astié, demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision implicite née le 7 mars 2024 par laquelle le préfet de la Gironde a rejeté sa demande de titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision et à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 11 juillet 1991 relative à l'aide juridictionnelle et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la condition d'urgence est satisfaite dès lors qu'il attend depuis 9 mois une réponse de la préfecture sur sa demande et qu'il ne peut pas travailler ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision attaquée :

- elle est dépourvue de motivation, d'autant que la demande de communication des motifs du 7 février 2024 est restée sans réponse ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile relatif à la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du même code relatif à l'admission exceptionnelle au séjour ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 423-13 et R. 432-7 de ce code relatifs à la saisine de la commission du titre de séjour ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

Vu :

- la requête enregistrée le 12 juin 2024 sous le n° 2403696 par laquelle M. A demande l'annulation de la décision attaquée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la décision du bureau de l'aide juridictionnelle en date du 7 mai 2024 accordant à M. A le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ". Aux termes de l'article L. 522-1 du même code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique () ". Aux termes de l'article L. 522-3 de ce code : " Lorsque la demande ne présente pas un caractère d'urgence ou lorsqu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci ne relève pas de la compétence de la juridiction administrative, qu'elle est irrecevable ou qu'elle est mal fondée, le juge des référés peut la rejeter par une ordonnance motivée sans qu'il y ait lieu d'appliquer les deux premiers alinéas de l'article L. 522-1 ". En vertu de ces dernières dispositions, le juge des référés peut, par une ordonnance motivée, rejeter une requête, sans instruction ni audience, notamment lorsqu'elle est dénuée d'urgence, ou qu'il apparaît manifeste, au vu de la demande, que celle-ci est mal fondée.

2. M. B A, de nationalité guinéenne, né le 1er janvier 1988, est entré en France le 9 janvier 2013 selon ses dires. Il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour le 26 septembre 2023 auprès de la préfecture de la Gironde. En l'absence de réponse, une décision implicite de rejet est née le 26 janvier 2024. Il a également sollicité la communication des motifs de ce rejet implicite le 7 février 2024. Par la présente requête, il demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, de suspendre l'exécution du rejet implicite de sa demande de titre de séjour.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

3. L'urgence justifie que soit prononcée la suspension d'un acte administratif lorsque l'exécution de celui-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il appartient au juge des référés d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de l'acte litigieux sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue. L'urgence doit être appréciée objectivement et compte tenu de l'ensemble des circonstances de l'affaire, à la date à laquelle le juge des référés se prononce. Cette condition d'urgence sera en principe constatée dans le cas d'un refus de renouvellement du titre de séjour, comme d'ailleurs d'un retrait de celui-ci. La condition d'urgence, à laquelle l'article L. 521-1 précité subordonne le prononcé d'une mesure de suspension doit être appréciée à la date à laquelle le juge des référés est appelé à se prononcer.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, qui ne démontre ni même n'allègue être entré régulièrement en France ni avoir obtenu depuis lors la délivrance d'un quelconque titre de séjour, a présenté une première demande de délivrance d'une carte de séjour en septembre 2023. Il ne peut donc se prévaloir d'aucune façon de la présomption visée au point précédent. Il ressort en revanche des mêmes pièces que M. A a sollicité l'asile lors de son arrivée en France et ne l'a pas obtenu, de même qu'il a sollicité un titre de séjour en 2018 auprès de la préfecture de la Nièvre, sans pour autant justifier de l'octroi d'un tel titre. Il y a donc tout lieu de croire que M. A se maintient en France de manière irrégulière depuis 11 ans. Il ne démontre ni même ne prétend être sans domicile ayant notamment été hébergé chez un membre de sa famille en 2022, à la même adresse que celle figurant d'ailleurs sur la requête. En outre, la seule circonstance qu'il ne pourrait travailler en l'absence de titre de séjour n'est pas de nature à justifier d'un préjudice grave et immédiat pour lui, dès lors que sa situation résulte de son maintien en France sans autorisation depuis des années. Pour toutes ces raisons, la condition d'urgence requise par les dispositions de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, n'apparaît pas satisfaite. Par suite, sans qu'il soit besoin d'examiner si l'un des moyens invoqués est de nature à faire naître un doute réel et sérieux sur la légalité de la décision, il y a lieu de rejeter les conclusions à fin de suspension, ainsi que par voie de conséquence celles présentées à fin d'injonction, par application de l'article L. 522-3 du même code.

Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

5. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme dont M. A demande le versement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n° 2403697 de M. A est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. B A et à Me Astié.

Copie sera transmise pour information au préfet de la Gironde.

Fait à Bordeaux, le 17 juin 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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