mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403783 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 juin et 29 août 2024, M. I D représenté par Me Astié, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 6 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un récépissé de demande de titre de séjour ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa situation dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.
Il soutient que :
- le refus de séjour a été pris par une autorité incompétente ;
- cette décision est insuffisamment motivée ;
- le préfet de la Gironde n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation dès lors qu'il a considéré qu'il résidait en France en situation irrégulière et qu'il ne disposait pas de ressources financières ;
- le refus de séjour méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste dans l'appréciation de sa situation dès lors qu'il remplit toutes les conditions pour obtenir un titre de séjour ;
- l'obligation de quitter le territoire français a été prise par une autorité incompétente ;
- elle est fondée sur un refus de séjour illégal ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision fixant le pays de destination est fondée sur une obligation de quitter le territoire français illégale.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 30 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée en dernier lieu au 20 septembre 2024.
M. D a obtenu l'aide juridictionnelle totale par une décision du 14 mai 2024.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Chauvin, présidente-rapporteure a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. I D, ressortissant nigérian né le 18 décembre 1993, est entré sur le territoire français le 18 décembre 2020 selon ses déclarations. Le 24 juillet 2023, il a demandé un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ainsi que son admission exceptionnelle au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 février 2024, le préfet de la Gironde a refusé de l'admettre au séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164, donné délégation à Mme G F, adjointe au bureau de l'admission au séjour des étrangers et signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E et de Mme H B. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté daté du 6 février 2024 doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise les considérations de droit sur lesquelles elle est fondée et, notamment, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables à la situation du requérant, ainsi que les stipulations de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Le préfet, qui n'avait pas à mentionner l'ensemble des éléments relatifs à la situation de M. D, a pris en considération notamment la présence de sa concubine sur le territoire français, l'absence d'ancienneté significative et d'insertion durable dans la société française de l'intéressé et les attaches familiales dont il dispose dans son pays d'origine avant d'en déduire qu'il ne remplissait pas les conditions prévues aux articles L. 435-1 et L. 423-23 du code sur le fondement desquels il avait sollicité son admission au séjour. La décision en litige comporte ainsi les considérations de fait et de droit sur lesquelles le préfet de la Gironde s'est fondé pour refuser de lui délivrer un titre de séjour. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation de cette décision doit être écarté.
4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier et notamment de la motivation de l'arrêté attaqué décrite au point précédent que le préfet de la Gironde a procédé à un examen particulier de la situation du requérant qui ne peut utilement se prévaloir, s'agissant de l'appréciation de ses ressources financières, des bulletins de salaires concernant l'emploi qu'il a occupé en Italie avant son entrée sur le territoire français. Par ailleurs, si le requérant disposait d'un titre de séjour délivré par les autorités italiennes lors de son entrée sur le territoire français, qui l'autorisait à séjourner dans l'espace Schengen, la circonstance que le préfet ait indiqué qu'il était entré irrégulièrement en France n'a pas d'incidence sur le sens de la décision au regard des motifs qui l'ont fondée. Ainsi, la décision attaquée a été précédée d'un examen suffisant de la situation du requérant. Le moyen doit, dès lors, être écarté.
5. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
6. Il ressort des pièces du dossier que M. D est entré sur le territoire français pour la dernière fois au mois de décembre 2022. S'il se prévaut d'une relation avec Mme C, compatriote qui dispose du droit de séjourner en France, il ne justifie pas d'une communauté de vie intense et ancienneavec cette dernière, ni des liens qu'il déclare avoir tissés avec sa fille mineure de nationalité française. La seule production de trois factures concernant un logement à Pessac, d'une attestation de Mme C indiquant qu'elle héberge le requérant depuis le 1er juin 2022, de trois photographies et de quelques attestations rédigées en des termes peu circonstanciés, ne suffit pas à démontrer l'intensité, l'ancienneté et la stabilité de la vie familiale alléguée, alors en outre que M. D reconnait beaucoup voyager et travailler en Italie. Enfin, le requérant n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident notamment ses parents et ses deux enfants mineurs. Par suite, la décision attaquée ne porte pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. La décision attaquée ne méconnait pas non plus les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Les moyens tirés de la méconnaissance de ces stipulations et dispositions doivent être écartés.
7. En cinquième lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés au point précédent, la décision attaquée n'est pas entachée d'une erreur manifeste dans l'appréciation de la situation personnelle de M. D.
8. En sixième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 ".
9. La situation personnelle du requérant, tel qu'exposée au point 6, ne relève pas des motifs exceptionnels ou de considérations humanitaires au sens des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'aile. Ce moyen doit donc être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
10. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant refus de séjour à l'appui de son recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il a fait l'objet.
11. En second lieu, pour les mêmes motifs que ceux exposés ci-dessus le moyen tiré de l'incompétence de l'auteur de la décision, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation doivent être écartés.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
12. Il résulte de ce qui a été exposé que M. D n'est pas fondé à exciper de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours dirigé contre la décision fixant le pays de destination.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. D n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 6 février 2024.
Sur les autres conclusions de la requête :
14. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. D, ses conclusions aux fins d'injonction et les conclusions présentées sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I D et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Chauvin, présidente,
Mme Champenois, première conseillère,
Mme Ballanger, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre 2024.
La première assesseure,
M. CHAMPENOIS La présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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