mercredi 18 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403786 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 2ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 14 juin 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 16 juillet 2024, sous le n° 2403786, M. A F, représenté par Me Hachet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- cette décision est entachée d'une erreur de fait ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision doit être annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;
- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Par une décision du 27 février 2024, M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
II. Par une requête enregistrée le 14 juin 2024, sous le n° 2403791, Mme C E épouse F, représentée par Me Hachet, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 15 novembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire français pour une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer le titre de séjour sollicité sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne la décision portant refus de séjour :
- cette décision est entachée d'une erreur de fait ;
- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle et méconnaît l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :
- cette décision doit être annulée par voie d'exception d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour ;
- cette décision porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
- cette décision est entachée d'une erreur de qualification juridique des faits ;
- cette décision est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation personnelle.
Par un mémoire en défense enregistré le 16 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Par une décision du 27 février 2024, Mme E épouse F a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Vu les arrêtés attaqués et les autres pièces des dossiers.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Cabanne,
- les observations de Me Hachet, représentant de M. et Mme F.
Considérant ce qui suit :
1. M. F et Mme E épouse F, ressortissants arméniens respectivement nés le 21 mars 1974 et le 22 juillet 1979, sont entrés régulièrement en France le 22 juin 2019 en possession d'un visa court séjour valable jusqu'au 17 juillet 2019. Par deux arrêtés du 7 décembre 2020 faisant suite au rejet de leur demande d'asile par la Cour nationale du droit d'asile, le préfet de la Gironde leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours en fixant le pays de destination. Le 14 juin 2023, les intéressés ont sollicité leur admission au séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 15 novembre 2023, le préfet de la Gironde a refusé de les admettre au séjour, leur a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et a prononcé à leur égard une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de deux ans. M. F et Mme E épouse F demandent l'annulation de ces deux arrêtés.
Sur la jonction :
2. Les requêtes n° 2403786 et n° 2403791, présentées respectivement pour M. F et Mme E épouse F, concernent la situation d'un couple et présentent à juger des questions semblables. Il y a donc lieu de les joindre pour qu'il y soit statué par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les décisions portant refus de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an () ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui ".
4. Il ressort des pièces du dossier que les époux F sont entrés sur le territoire national en 2019. Mme E épouse F fait état du séjour régulier de ses parents, titulaires d'une carte de résident dont la validité expire en 2032, ainsi que de celui de son frère Taron, titulaire d'une carte de séjour pluriannuelle valable jusqu'en 2023, et de celui de sa sœur Kristine qui bénéficie d'une carte de séjour pluriannuelle expirant en 2024. S'ils ne sont pas dénués de liens familiaux en France, il n'est pas établi que M. F et Mme E épouse F seraient isolés dans leur pays d'origine où ils ont respectivement vécu jusqu'à l'âge de 45 et 40 ans. La circonstance que leur fils aîné B, né en 2004, soit inscrit à la faculté de sciences et technologies de Bordeaux et que leur fils cadet D, né en 2005, soit scolarisé au lycée Camille Jullian à Bordeaux ne leur confère pas de droit particulier au séjour alors qu'il n'est pas établi ni même allégué que leur scolarité ne pourrait se poursuivre dans le pays d'origine où elle a d'ailleurs débuté ni que la cellule familiale ne pourrait s'y reconstituer. Par ailleurs, si M. F bénéficie d'une promesse d'embauche datée de 2023 en qualité de chauffeur livreur avec la société RN Express, cette seule circonstance récente ne suffit pas à établir qu'il aurait fixé le centre de ses intérêts professionnels en France. Les requérants font respectivement état de leurs qualifications professionnelles attestées, d'une part, par le diplôme d'enseignante de géographie obtenu en Arménie en 2000 par Mme E épouse F et, d'autre part, par le diplôme obtenu par M. F à l'université d'Etat d'ingénierie d'Arménie en 1996 dans la spécialité " Science des matériaux ". Toutefois, il n'est pas établi ni même allégué que les intéressés ne pourraient exercer une activité professionnelle en Arménie en lien avec les diplômes qu'ils ont obtenus dans leur pays d'origine. Nonobstant les cours de français que les intéressés justifient avoir suivi entre 2020 et 2022, ces éléments ne suffisent à établir qu'ils auraient noué des liens personnels d'une particulière intensité sur le territoire national. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n'a pas porté au droit au respect de la vie privée et familiale des requérants une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels il a pris les décisions en litige, de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté. Pour les mêmes motifs, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le préfet de la Gironde aurait commis une erreur d'appréciation dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ou aurait entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de leur situation personnelle.
5. Si les requérants soutiennent que la décision litigieuse édictée à leur encontre le 15 novembre 2023 est entachée d'une erreur de fait dès lors qu'elle indique que leur enfant D est majeur alors qu'il ressort de l'acte de naissance produit à l'instance que cet enfant est né le 13 décembre 2005, il résulte de l'instruction que le préfet de la Gironde aurait pris la même décision s'il n'avait pas commis cette erreur.
6. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
7. Les requérants soutiennent que les décisions querellées méconnaîtraient l'intérêt supérieur de leur enfant mineur D, né le 13 décembre 2005 en Arménie. Si cet enfant est scolarisé en France, il n'est pas établi ni même allégué que sa scolarité ne pourrait se poursuivre en Arménie ni que la cellule familiale ne pourrait se reconstituer dans le pays d'origine des parents, de même nationalité. Dans ces conditions, et alors que les décisions litigieuses n'ont pas pour effet de séparer les requérants de leurs deux enfants, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne les décisions portant obligation de quitter le territoire français :
8. Les moyens soulevés à l'encontre des décisions portant refus de séjour ayant été écartés, les époux F ne sont pas fondés à demander l'annulation, par voie de conséquence, des décisions portant obligation de quitter le territoire français édictées à leur encontre.
9. Pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 4, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Pour les mêmes motifs que ceux adoptés au point 7 du présent jugement, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant doit être écarté.
En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :
11. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français qui ne peut excéder deux ans () ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. / Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
12. Il ressort, notamment, des pièces du dossier que la durée de présence en France des requérants n'est justifiée que par l'instruction de sa demande d'asile puis par leur maintien en infraction à une mesure d'éloignement. Par suite, et alors même qu'ils ne représentent pas une menace pour l'ordre public, le préfet n'a pas entaché sa décision d'une erreur d'appréciation ou d'une erreur dans la qualification juridique des faits en fixant à deux ans les décisions portant interdiction de retour sur le territoire français.
13. Il résulte de tout ce qui précède que M. F et Mme E épouse F ne sont pas fondés à demander l'annulation des arrêtés du 15 novembre 2023.
Sur les autres conclusions de la requête :
14. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. F et Mme E épouse F, leurs conclusions aux fins d'injonction et celles relatives au frais de l'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes n° 2403786 et 2403791 présentées par M. F et Mme E épouse F sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A F et Mme C E épouse F et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024 où siégeaient :
Mme Cabanne, présidente,
M. Pinturault, premier conseiller,
Mme Fazi-Leblanc, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 décembre 2024.
La présidente-rapporteure,
C. CABANNE
L'assesseur le plus ancien,
M. PINTURAULT
La greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°s 2403786, 2403791
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026