jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403789 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 juin 2024 et 13 août 2024, Mme B H A, représentée par Me Lanne, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 16 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois, ou à défaut de réexaminer sa situation dans le même délai et, dans cette attente, de la mettre en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le moyen commun à l'ensemble des décisions litigieuses :
- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente.
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision est entachée d'un défaut d'examen dès lors que le préfet de la Gironde n'a pas examiné sa demande au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'elle pouvait prétendre à la délivrance d'un titre de plein droit ;
- elle porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense enregistré le 23 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. E,
- les observations de Me Chevallier-Chiron, représentant Mme A.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B H A, ressortissante sénégalaise née le 11 avril 1995, est entrée en France le 1er octobre 2016 munie d'un visa D portant la mention " étudiant " et valable jusqu'au 27 septembre 2017. Elle a, par la suite, obtenu le 30 juin 2020, un titre de séjour en qualité de " conjoint de français ", valable jusqu'au 16 novembre 2023, dont elle a sollicité le renouvellement le 17 septembre 2023. Par un arrêté du 16 mai 2024 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
En ce qui concerne le moyen commun aux décisions attaquées :
2. Par un arrêté du 29 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2024-080 le même jour, le préfet de la Gironde a donné délégation à Mme F D, adjointe à la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de Mme G C. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué doit être écarté.
En ce qui concerne le refus de séjour :
3. Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
4. En premier lieu, il ne ressort pas des termes de la décision litigieuse, qui a examiné l'intensité et la stabilité des liens privés, familiaux et sociaux de l'intéressée sur le territoire au regard des dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile avant de conclure que Mme A n'entrait dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit, que le préfet de la Gironde aurait entaché sa décision d'un défaut d'examen en particulier au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code susmentionné. Le moyen doit par suite être écarté.
5. En second lieu, Mme A se prévaut de ce qu'elle justifie d'une durée de présence en France de sept ans et qu'elle a tissé sur le territoire des liens professionnels, amicaux et amoureux. S'il est effectivement constant que l'intéressée a résidé sept ans sur le territoire dont trois ans sous couvert d'un titre " conjoint de français ", il n'est toutefois pas contesté par l'intéressée que celle-ci a divorcé de son époux et qu'aucun enfant n'est né de cette union. En outre, si Mme A se prévaut de ce qu'elle vivrait désormais en concubinage avec un autre ressortissant français et produit au soutien de ses déclarations un bail à leurs deux noms datant de novembre 2023 ainsi que de nombreuses photographies, cette relation est toutefois récente à la date de la décision litigieuse. En outre, la seule circonstance que la requérante a créé des liens amicaux avec les membres de son groupe de musique ne suffit pas à justifier de ce que ses intérêts privés et familiaux seraient situés en France. Par ailleurs, si Mme A se prévaut de ce qu'elle exerce une activité rémunérée de musicienne et verse notamment une attestation de l'URSSAF démontrant qu'elle a effectué plus d'une quarantaine de prestations depuis 2021, dont certaines pour des clients réguliers, lesquelles se sont par ailleurs poursuivies après la décision litigieuse, cette insertion professionnelle n'est pas de nature à lui ouvrir un droit au séjour sur le fondement des dispositions précitées. En revanche, cette décision ne fait pas obstacle à ce que l'intéressée, si elle s'y croit fondée, sollicite un titre de séjour sur un fondement correspondant à son activité. Par suite, le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, aux termes de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français est motivée. Elle est édictée après vérification du droit au séjour, en tenant notamment compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France et des considérations humanitaires pouvant justifier un tel droit () ".
7. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, Mme A ne justifie pas de ce qu'elle pourrait prétendre à l'obtention d'un titre de séjour de plein droit. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 613-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant la décision litigieuse.
8. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
9. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, Mme A, dont la relation avec un ressortissant français est récente et qui n'a pas d'enfant à charge, ne justifie pas de ce que ses intérêts privés et familiaux seraient désormais situés en France. Dans ces conditions, et alors que l'intéressée ne démontre pas être dépourvue de tout lien avec son pays d'origine où réside sa mère et où elle a, elle-même, vécu la majeure partie de sa vie, la décision litigieuse ne porte pas au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la requête doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles liées aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H A et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,
- Mme Khéra Benzaïd, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le président-rapporteur
D. E
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
E. Wohlshlegel
Le greffier,
Y. Jameau
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026