mardi 12 novembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403830 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 17 juin 2024, et des pièces enregistrées le 16 et 24 juillet 2024, M. I B représenté par Me Baldé, avocat, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 24 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois suivant la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été pris par une autorité incompétente ;
- le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français portent atteinte à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'obligation de quitter le territoire français est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens de la requête n'est fondé.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Chauvin,
- les observations de M. B.
Considérant ce qui suit :
1. M. I B, ressortissant ivoirien né le 27 mai 1992, a épousé le 20 aout 2022, en Côte d'Ivoire, une ressortissante française. Il est entré sur le territoire français le 20 janvier 2023 en possession d'un visa D mention " famille de français " l'autorisant à séjourner en France pendant un an dont il a sollicité le renouvellement le 24 novembre 2023. Par un courrier du 2 décembre 2023, il a également demandé un titre de séjour en tant que membre de la famille d'un ressortissant européen. Par un arrêté du 24 mai 2024, le préfet de la Gironde a cependant rejeté ses demandes, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. M. B demande l'annulation de cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 29 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164, donné délégation à Mme G F, adjointe au bureau de l'admission au séjour des étrangers et signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A E et de Mme H C. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté daté du 24 mai 2024 doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ". L'étranger qui invoque la protection due à son droit au respect de sa vie privée et familiale en France doit apporter toute justification permettant d'apprécier la réalité, l'intensité et la stabilité de ses liens personnels et familiaux effectifs en France au regard de ceux qu'il a conservés dans son pays d'origine.
4. Il ressort des pièces du dossier que le requérant est entré sur le territoire français en janvier 2023, suite à son mariage avec Mme D, une ressortissante de nationalité française. S'il soutient que son épouse ne réside que temporairement en Côte d'Ivoire et qu'aucune procédure de divorce n'a été engagée, il reconnait toutefois que le couple est, à la date de la décision attaquée, séparé de fait et il n'apporte aucun élément de nature à démontrer que la vie maritale est susceptible de reprendre alors qu'il a, notamment, communiqué aux services de la préfecture de la Gironde, une attestation d'hébergement par un tiers. Il est constant ainsi que la communauté de vie a été rompue. En outre, si certains membres de sa famille résident en France, il n'est pas contesté qu'il n'est pas dépourvu d'attaches familiales dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de trente-et-un ans, où il s'est marié et où résident sa mère et l'une de ses sœurs, ainsi que son épouse. Enfin, le requérant ne peut utilement se prévaloir d'un contrat d'alternance conclu au mois de juillet 2024, soit postérieurement à l'arrêté attaqué. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le refus de séjour et l'obligation de quitter le territoire français portent une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Ce moyen doit, dès lors, être écarté.
5. En troisième lieu, il résulte de ce qui a été exposé, compte tenu notamment de la durée de séjour en France de M. B, et nonobstant sa volonté d'intégration par le travail, qu'en l'obligeant à quitter le territoire français, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.
6. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 24 mai 2024.
Sur les autres conclusions de la requête :
7. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 24 mai 2024, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais liés au litige doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. I B et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 22 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Chauvin, présidente,
Mme Champenois, première conseillère,
Mme Ballanger, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 novembre2024.
La première assesseure,
M. CHAMPENOISLa présidente,
A. CHAUVIN
La greffière,
C. JANIN
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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