jeudi 26 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2403863 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée le 18 juin 2024, sous le numéro 2403863, M. H, représentée par Me Aymard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le mettre sans délai en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est disproportionnée tant dans son principe que dans son quantum.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
II. Par une requête enregistrée le 18 juin 2024, sous le numéro 2403864, Mme A B, représentée par Me Aymard, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et lui a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de deux ans ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, ou à défaut de réexaminer sa situation dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir et de le mettre sans délai en possession d'un récépissé l'autorisant à travailler ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que sa requête est recevable.
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- la décision portant refus de séjour étant illégale, la décision l'obligeant à quitter le territoire français doit être annulée par voie de conséquence ;
- elle a été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
En ce qui concerne l'interdiction de retour sur le territoire français :
- la décision est disproportionnée tant dans son principe que dans son quantum.
Par un mémoire en défense enregistré le 11 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.
Vu les arrêtés attaqués et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. F,
- les observations de Me Aymard, représentant M. E et Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. M. C E et Mme A B, ressortissants albanais nés respectivement le 23 septembre 1976 et le 24 juin 1980, sont entrés en France le 18 juillet 2017 selon leurs déclarations. Les intéressés ont sollicité le bénéfice de l'asile, le 28 juillet 2017, lequel leur a été refusé par une décision du 30 novembre 2017 de l'office français de la protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), confirmée par une décision du 12 juin 2018 de la cour nationale du droit d'asile (CNDA). Le 9 juillet 2018, Mme B a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en qualité " d'étranger malade ". Par décision du 18 mai 2020, cette demande a été rejetée par le préfet de la Gironde et ce rejet a été assorti d'une obligation de quitter le territoire français. M. E a également fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, édictée le même jour. Cependant, le 21 juillet 2022, les intéressés ont sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par deux arrêtés du 21 mai 2024 dont les intéressés demandent l'annulation chacun en ce qui le concerne, le préfet de la Gironde a refusé de leur délivrer un titre de séjour, les a obligés à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, a fixé le pays de destination et leur a interdit de retourner sur le territoire pendant une durée de deux ans.
Sur la jonction :
2. Les requêtes susvisées n° 2403863 et n°2403864 présentées pour M. E et Mme B sont relatives à la situation de deux conjoints et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu, par suite, de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne les refus de séjour :
3. En premier lieu, il ressort du site internet de la préfecture de la Gironde, librement accessible, que le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 29 mars 2024 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2024-080 le même jour, donné délégation à Mme G D, cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, signataire de la décision litigieuse, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
4. En second lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 / () ".
5. M. E et Mme B se prévalent de ce qu'ils résident en France depuis 2017, que leur enfant mineure y est scolarisée et qu'ils exercent ou ont exercé sur le territoire une activité professionnelle. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que les requérants, dont la présence en France a d'abord été justifiée par les procédures administratives et juridictionnelles d'asile puis d'admission au séjour dans le cas de Mme B, se maintiennent irrégulièrement sur le territoire français malgré une obligation de quitter le territoire français prononcée à l'encontre de chacun le 18 mai 2020. En outre, la seule circonstance que leur enfant mineure, née sur le territoire le 15 septembre 2018, soit scolarisée en France depuis 2021 ne suffit pas à leur ouvrir un droit au séjour sur le fondement des dispositions précitées. Le couple ne fait état d'aucun autre lien personnel ou familial sur le territoire, outre la présence de leur fils majeur, arrivé avec eux à l'âge de treize ans, qui ne justifie pas plus de la régularité de sa situation. Par ailleurs, si les requérants se prévalent de leur situation professionnelle, il ressort des pièces du dossier que M. E n'a exercé une activité dans le bâtiment que durant quelques mois en 2022. La promesse d'embauche en qualité de technicien de maintenance qu'il produit, établie postérieurement à la décision attaquée, ne suffit pas à lui ouvrir un droit au séjour. En outre, si Mme B justifie de ce qu'elle exerce une activité rémunérée en qualité de femme de ménage depuis juin 2021, d'abord à durée déterminée et à temps partiel progressivement augmenté jusqu'en juillet 2022 puis à durée indéterminée et à temps plein pour une autre société à compter du 1er janvier 2023, cette seule circonstance ne suffit pas à lui ouvrir un droit au séjour alors que l'intéressée ne justifie d'aucun motif humanitaire ou exceptionnel. Dans ces conditions, le préfet de la Gironde n'a pas, en refusant de délivrer aux requérants un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 435-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, entaché ses décisions d'une erreur manifeste d'appréciation.
En ce qui concerne les obligations de quitter le territoire français :
6. En premier lieu, il résulte de tout ce qui précède que les décisions portant refus de séjour ne sont pas illégales. Par suite, les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation par voie de conséquence des décisions les obligeant à quitter le territoire français.
7. En second lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Pour les mêmes motifs que ceux développés au point 5, et alors que les requérants ne justifient pas être dépourvus de tout lien avec leur pays d'origine où résident leur famille respective et où ils ont vécu durant près de quarante ans, les décisions litigieuses ne portent pas à leur droit au respect de leur vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des buts en vue desquels elles ont été prises. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
En ce qui concerne les interdictions de retour :
9. Aux termes de l'article L. 612-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Lorsque l'étranger n'est pas dans une situation mentionnée aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative peut assortir la décision portant obligation de quitter le territoire français d'une interdiction de retour sur le territoire français. / Les effets de cette interdiction cessent à l'expiration d'une durée, fixée par l'autorité administrative, qui ne peut excéder cinq ans à compter de l'exécution de l'obligation de quitter le territoire français ". Aux termes de l'article L. 612-10 du même code : " Pour fixer la durée des interdictions de retour mentionnées aux articles L. 612-6 et L. 612-7, l'autorité administrative tient compte de la durée de présence de l'étranger sur le territoire français, de la nature et de l'ancienneté de ses liens avec la France, de la circonstance qu'il a déjà fait l'objet ou non d'une mesure d'éloignement et de la menace pour l'ordre public que représente sa présence sur le territoire français. Il en est de même pour l'édiction et la durée de l'interdiction de retour mentionnée à l'article L. 612-8 () ".
10. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au préfet, s'il entend assortir sa décision portant obligation de quitter le territoire dans un délai déterminé, d'une interdiction de retour sur le territoire, dont la durée ne peut dépasser cinq ans, de prendre en considération les quatre critères énumérés par l'article précité que sont la durée de présence sur le territoire de l'intéressé, la nature et à l'ancienneté de ses liens avec la France et les circonstances, le cas échéant, qu'il ait fait l'objet d'une ou plusieurs précédentes mesures d'éloignement et que sa présence constitue une menace pour l'ordre public.
11. Il ressort des pièces du dossier que pour prononcer une interdiction de retour de deux ans, le préfet de la Gironde a pris en compte la circonstance que les intéressés avaient fait l'objet d'une mesure d'éloignement non exécutée. Dans ces conditions, alors que les requérants ne justifient en outre pas de l'intensité et de la nature de leurs liens sur le territoire, et malgré la circonstance qu'ils y résident depuis 2017 et ne constituent pas une menace pour l'ordre public, l'autorité compétente n'a pas entaché ses décisions d'une erreur d'appréciation au regard de son principe ni, eu égard au quantum maximum ouvert par les textes, dans sa durée.
12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation des requêtes doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction et celles liées aux frais de l'instance.
D E C I D E :
Article 1er : Les requêtes de M. E et Mme B sont rejetées.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Mme A B et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 12 septembre 2024 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,
- Mme Khéra Benzaïd, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 septembre 2024.
Le président-rapporteur
D. F
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
E. Wohlschlegel
Le Greffier,
Y. Jameau
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,, 2403864
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026