vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2404053 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | SELARL CABINET CABANES - CABANES NEVEU ASSOCIÉS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 28 juin 2024 et le 15 juillet 2024, la société PCM GCOA, représentée par Me Roll, demande au juge des référés, statuant en application de l'article L. 551-1 du code de justice administrative :
1°) d'annuler les décisions de rejet de son offre et d'attribution, à la société GINGER CEBTP, de l'accord-cadre 2024-BM-003 relatif aux inspections détaillées sur ouvrages d'art de Bordeaux Métropole ;
2°) d'annuler la procédure de passation dudit accord-cadre à compter de l'examen des offres ;
3°) d'enjoindre à Bordeaux Métropole, si elle souhaite poursuivre cette procédure, de la reprendre à ce stade ;
4°) de mettre à la charge de Bordeaux Métropole la somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le délai qui lui a été imparti pour répondre à la demande de justification était insuffisant ;
- cette demande était injustifiée ;
- l'offre n'était pas anormalement basse.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 juillet 2024, Bordeaux métropole, représentée par Me Michelin, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de la société requérante une somme de 4 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Bordeaux Métropole fait valoir que les moyens soulevés par la société requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code de la commande publique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Au cours de l'audience publique tenue le lundi 15 juillet 2024 à 10 heures, en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience, ont été entendus :
- le rapport de Mme A ;
- les observations de Me Roll, représentant la société ACOGEC PCM Génie civil et ouvrages d'art, qui a développé les moyens soulevés dans les écritures de cette société ;
- les observations de Me Michelin, représentant Bordeaux Métropole, qui a repris les moyens invoqués en défense par cet établissement public et répondu à l'argument développé dans le mémoire de la requérante enregistré le matin de l'audience tiré du caractère irréaliste de l'évaluation du marché, en relevant qu'il incombe à la personne publique de définir ses besoins.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
La société requérante a produit une note en délibéré enregistrée le 16 juillet 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Aux termes de l'article L. 551-1 du code de justice administrative : " Le président du tribunal administratif, ou le magistrat qu'il délègue, peut être saisi en cas de manquement aux obligations de publicité et de mise en concurrence auxquelles est soumise la passation par les pouvoirs adjudicateurs de contrats administratifs ayant pour objet l'exécution de travaux, la livraison de fournitures ou la prestation de services, avec une contrepartie économique constituée par un prix ou un droit d'exploitation, la délégation d'un service public ou la sélection d'un actionnaire opérateur économique d'une société d'économie mixte à opération unique. / Il peut également être saisi en cas de manquement aux mêmes obligations auxquelles sont soumises, en application de l'article L. 521-20 du code de l'énergie, la sélection de l'actionnaire opérateur d'une société d'économie mixte hydroélectrique et la désignation de l'attributaire de la concession. / Le juge est saisi avant la conclusion du contrat. " Aux termes de l'article L. 551-2 du même code : " I.- Le juge peut ordonner à l'auteur du manquement de se conformer à ses obligations et suspendre l'exécution de toute décision qui se rapporte à la passation du contrat, sauf s'il estime, en considération de l'ensemble des intérêts susceptibles d'être lésés et notamment de l'intérêt public, que les conséquences négatives de ces mesures pourraient l'emporter sur leurs avantages. / Il peut, en outre, annuler les décisions qui se rapportent à la passation du contrat et supprimer les clauses ou prescriptions destinées à figurer dans le contrat et qui méconnaissent lesdites obligations. / II.- Toutefois, le I n'est pas applicable aux contrats passés dans les domaines de la défense ou de la sécurité au sens de l'article L. 1113-1 du code de la commande publique. /Pour ces contrats, il est fait application des articles L. 551-6 et L. 551-7. "
2. Par avis d'appel public à la concurrence publié le 14 mars 2024, Bordeaux Métropole a lancé une procédure de passation, sous forme d'appel d'offres ouvert, pour l'attribution d'un accord-cadre à bons de commandes portant sur des prestations d'inspections détaillées sur ses ouvrages d'art. Par courrier du 18 juin 2024, la société ACOGEC PCM Génie civil a été informée du rejet de son offre au motif de son caractère anormalement bas.
3. Aux termes de l'article L. 2152-5 du code de la commande publique : " Une offre anormalement basse est une offre dont le prix est manifestement sous-évalué et de nature à compromettre la bonne exécution du marché. " Aux termes de l'article L. 2152-6 du même code : " L'acheteur met en œuvre tous moyens lui permettant de détecter les offres anormalement basses.
Lorsque une offre semble anormalement basse, l'acheteur exige que l'opérateur économique fournisse des précisions et justifications sur le montant de son offre./Si, après vérification des justifications fournies par l'opérateur économique, l'acheteur établit que l'offre est anormalement basse, il la rejette dans des conditions prévues par décret en Conseil d'Etat. " Aux termes de l'article R. 2152-4 de ce code : " L'acheteur rejette l'offre comme anormalement basse dans les cas suivants : / 1)° Lorsque les éléments fournis par le soumissionnaire ne justifient pas de manière satisfaisante le bas niveau du prix ou des coûts proposés. () "
4. Il résulte des dispositions précitées que, quelle que soit la procédure de passation mise en œuvre, il incombe au pouvoir adjudicateur qui constate qu'une offre paraît anormalement basse de solliciter auprès de son auteur toutes précisions et justifications de nature à expliquer le prix proposé. Si les précisions et justifications apportées ne sont pas suffisantes pour que le prix proposé ne soit pas regardé comme manifestement sous-évalué et de nature, ainsi, à compromettre la bonne exécution du marché, il appartient au pouvoir adjudicateur de rejeter l'offre.
En ce qui concerne le délai imparti pour répondre à la demande de justifications :
5. La date limite de remise des offres était fixée au 22 avril 2024 à 9 heures. Il est constant que la société PCM Génie civil et ouvrages d'arts a remis une offre avant cette échéance. Par courrier électronique du 6 mai 2024, transmis par la plate-forme dématérialisée à 17 heures 34, Bordeaux Métropole a demandé des précisions à la société, dans le cadre d'une suspicion d'offre anormalement basse en application des dispositions précitées de l'article L. 2152-6. La société devait y répondre avant le 13 mai 2024 à 16 heures. Il est constant qu'elle n'a pris connaissance du courrier que le 14 mai 2024 à 10 heures 59. Le jour-même, la société a répondu à la demande de Bordeaux Métropole, soit au-delà du délai imparti.
6. Tout d'abord, la société requérante ne saurait sérieusement soutenir qu'elle a été induite en erreur par l'intitulé du message de notification " demande de précisions ". Ensuite, la circonstance qu'un autre candidat ait demandé un délai supplémentaire en vain ne saurait permettre d'en déduire que ce délai était insuffisant, ce candidat ayant d'ailleurs répondu en temps utiles. Enfin, la demande de Bordeaux Métropole ne présentait aucune technicité particulière, la société requérante étant de surcroît l'ancien attributaire du marché et ne pouvait dès lors raisonnablement ignorer les justifications pertinentes attendues par le pouvoir adjudicateur. Ainsi, le délai d'une semaine, qui a été laissé à la société requérante pour préciser les éléments de nature à justifier le prix proposé, bien qu'amputé par la présence de deux jours fériés et malgré la présence d'un " pont ", était suffisant pour lui permettre de donner suite aux demandes qui lui ont été adressée par Bordeaux Métropole. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que le délai imparti pour répondre à la demande de Bordeaux Métropole était insuffisant doit être écarté.
En ce qui concerne la demande de justification de l'offre sur le fondement de l'article L. 2152-6 du code de la commande publique :
7. Pour estimer que l'offre présentée par la société requérante était susceptible d'être qualifiée d'anormalement basse, Bordeaux Métropole a relevé que cette dernière, d'un montant de 755 878 euros HT, était très inférieure à l'estimation prévisionnelle du marché d'un montant de 1 338 885 euros HT, et qu'elle était également très inférieure à la moyenne des autres offres, s'élevant à 1 422 000 euros HT. Si ce montant relevé dans les écritures est erroné, et est égal à 1 414 076 euros HT, il n'en demeure pas moins que l'écart entre l'offre de la requérante et celle des concurrents demeurait très important. Bordeaux Métropole précise que quatre prix unitaires en particulier étaient extrêmement bas, à savoir le prix 01-020 relatif à " l'amenée et repli du personnel et du matériel d'inspection " pour un montant de 135 euros, le prix 01-058 relatif à l'inspection détaillée des parties immergées des passerelles, y compris les frais annexes pour un montant de 0,5 euros le mètre carré, le prix 01-064 relatif à l'inspection détaillée des parties immergées des ponts courants inférieur à 10 mètres linéaires, y compris les frais annexes pour un montant de 0,5 euros le mètre carré, et le prix 01-068 relatif à l'inspection détaillée des parties immergées des ponts courants supérieurs à 10 mètres linéaires y compris les frais annexes pour un montant de 0,5 euros le m2. Par le courrier précité du 6 mai 2024, elle invitait la société requérante à apporter des précisions notamment sur ces quatre prix.
8. Concernant le prix 01-020, la société requérante estime que tant son mémoire technique que la connaissance par Bordeaux Métropole de ses personnels, proches de son agence locale située à Mérignac, étaient suffisants pour comprendre le prix proposé. Pour autant, ses explications, développées dans ses écritures sur près d'une page, démontrent que des précisions étaient nécessaires pour expliquer le prix proposé. S'agissant des prix 01-058, 01-064 et 01-068, elle se borne à relever que le prix ne comprenait pas le coût de rédaction du rapport d'inspection des ouvrages et à renvoyer au mémoire technique de son sous-traitant joint à son offre, qu'elle ne produit d'ailleurs pas, lequel permettait, selon elle, de constater l'entier respect des prescriptions du CCTP. Si la société fait valoir que l'évaluation du besoin en inspection détaillée des parties immergées des ponts était irréaliste au regard du nombre d'ouvrages réellement susceptibles d'être concernés par une telle inspection, à supposer l'argument fondé, il ne justifiait pas le prix, suspecté d'être anormalement bas sur ce point, celui-ci étant fixé à 50 centimes le mètre carré alors que Bordeaux Métropole relève que les prix proposés par les concurrents pouvaient atteindre de 16 euros. Ainsi, les éléments produits à l'appui des pièces constitutives de son offre ne permettaient pas d'écarter d'emblée la qualification d'offre anormalement basse. Par suite, l'offre, telle que présentée, revêtait bien les aspects d'une offre anormalement basse, ce qui appelait la mise en œuvre de la procédure prévue par l'article L. 2152-6 du code de la commande publique. En l'absence de précisions en temps utiles, c'est sans erreur manifeste d'appréciation que Bordeaux Métropole a pu écarter l'offre comme anormalement basse en application de l'article R. 2152-4 du code de la commande publique.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation des décisions de rejet de l'offre de la société requérante et d'attribution à la société GINGER CEBTP de l'accord-cadre 2024-BM-003 relatif aux inspections détaillées sur ouvrages d'art, ainsi que celles tendant à l'annulation de la procédure de passation dudit accord-cadre à compter de l'examen des offres, et à ce qu'il enjoint à Bordeaux métropole de reprendre la procédure à ce stade, doivent être rejetées.
Sur les conclusions relatives aux frais de l'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'établissement public Bordeaux Métropole, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme dont la société requérante demande le paiement au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. En revanche, dans les circonstances de l'affaire, il y a lieu de mettre à la charge de cette société, sur ce fondement, le versement d'une somme de 1 500 euros à l'établissement public Bordeaux Métropole.
ORDONNE :
Article 1er : La requête de la société Acogec (PCM GCOA) est rejetée.
Article 2 : La société Acogec (PCM GCOA) versera une somme de 1 500 euros à l'établissement public Bordeaux Métropole en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à la société Acogec (PCM GCOA), à Bordeaux métropole et à la Société Ginger CEBTP.
Fait à Bordeaux, le 19 juillet 2024.
La juge des référés, La greffière,
M. A B
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026