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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2404068

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2404068

jeudi 10 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2404068
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation3ème Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné la requête de M. G, ressortissant ivoirien, contestant l'arrêté du préfet de la Gironde du 27 mai 2024 refusant son titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. Le requérant invoquait notamment la méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant, en raison de sa vie familiale. Le tribunal a rejeté la requête, considérant que l'arrêté attaqué n'était pas entaché d'illégalité et que les moyens soulevés n'étaient pas fondés. La solution retenue confirme la légalité de la décision préfectorale, appliquant les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les conventions internationales pertinentes.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 29 juin 2024,un mémoire enregistré le 12 juillet 2024 et des pièces complémentaires enregistrées le 1er août 2024, M. A G, représenté par Me Reix, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 mai 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour l'autorisant à travailler dans un délai de quinze jours à compter de la date du jugement à intervenir et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour l'autorisant à travailler assortie d'une astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

En ce qui concerne l'arrêté pris en son ensemble :

- l'arrêté attaqué est entaché d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- il méconnait les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et des demandeurs d'asile ;

- il méconnait les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;

- il méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour

En ce qui concerne la décision fixant le délai de départ volontaire :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.

Par une ordonnance du 2 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 2 août 2024.

Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale des droits de l'enfant du 26 janvier 1990 ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. E.

Considérant ce qui suit :

1. M. A G, ressortissant ivoirien né le 22 janvier 1977, déclare être entré irrégulièrement en France en 2019. Le 5 novembre 2021, une obligation de quitter le territoire français a été édictée à son encontre. Le 18 janvier 2022, il a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un jugement du 17 juillet 2023, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé la décision implicite de rejet de cette demande et a enjoint au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de sa situation. Par un jugement du 25 avril 2024, le tribunal administratif de Bordeaux a annulé l'arrêté du 20 décembre 2023 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et a fixé le pays de destination, pour défaut d'examen sérieux de la situation personnelle de l'intéressé. Par un arrêté du 27 mai 2024, dont l'intéressé demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de 30 jours et à fixer le pays de destination.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1- Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2- Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".

3. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale. ". Il résulte de ces stipulations que, dans l'exercice de son pouvoir d'appréciation, l'autorité administrative doit accorder une attention primordiale à l'intérêt supérieur des enfants dans toutes les décisions les concernant.

4. Il ressort des pièces du dossier, que M. G justifie de sa vie commune avec sa compagne, Mme F, ressortissante ivoirienne, qui est mère d'un enfant français né d'une précédente union et titulaire d'un récépissé dans l'attente du renouvellement de carte de séjour à la date de l'arrêté , en produisant notamment des avis d'imposition adressés à leur adresse commune au titre des années 2021, 2022 et 2023 ainsi que des factures d'électricité à leurs deux noms pour l'année 2023. Il ressort également des pièces du dossier que M. G est père de deux enfants mineurs, B et C, nés respectivement en France le 1er septembre 2019 et le 12 octobre 2022. Le requérant justifie également entretenir des liens affectifs avec la fille mineure de Mme F, Maeva, qui est de nationalité française et née d'une précédente union avec M. D, ce dernier précisant d'ailleurs que M. G " participe et contribue au partage de l'éducation et l'entretien de ma fille " et comme en atteste également les cahiers de textes pour les années scolaires 2021/2022 et 2022/2023 de Maëva qui font figurer le requérant parmi les contacts d'urgence et personnes autorisées à venir la chercher à la sortie de l'école. En outre, en produisant de nombreux virements bancaires adressés à la mère de ses enfants et des factures de restauration scolaire et de centre aérée pour les années 2022 à 2024, des attestations de la mère de l'enfant et d'une assistante maternelle ainsi que de nombreuses photographies, l'intéressé établit sa participation à l'entretien et à l'éducation de ses enfants et de l'enfant Maeva. Compte tenu de l'ensemble de ces éléments, en refusant de délivrer un titre de séjour à M. G, le préfet de la Gironde a porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée familiale et à l'intérêt supérieur de l'enfant en méconnaissance des stipulations précitées. Par suite, M. G est fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 mai 2024.

5. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté attaqué doit être annulé en toutes ses dispositions.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

6. L'exécution du présent jugement implique nécessairement que le préfet de la Gironde délivre un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. G. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté en date du 27 mai 2024 du préfet de la Gironde est annulé.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " à M. G dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à M. G la somme de 1 200 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A G et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 où siégeaient :

- M. Dominique Ferrari, président,

- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,

- Mme Khéra Benzaïd, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe 10 octobre 2024.

Le président-rapporteur

D. E

L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,

E. Wohlschlegel

La greffière,

E. Souris

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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