jeudi 10 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2404132 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 2 juillet 2024, Mme B I, représentée par Me Haas, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 12 février 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 80 euros par jour de retard, ou à défaut de réexaminer sa situation dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
En ce qui concerne le refus de séjour :
- la décision a été signée par une autorité incompétente ;
- elle est entachée d'un défaut de motivation dès lors qu'elle repose sur des faits matériellement inexacts ;
- le préfet de la Gironde n'a pas procédé à un examen particulier, réel et complet de sa situation ;
- la décision méconnait les dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que le dépassement des six mois de résidence sur le territoire français ne peut pas constituer un motif de refus du renouvellement d'un titre de séjour en qualité de travailleur saisonnier ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
- elle est illégale en raison de l'illégalité du refus de titre de séjour ;
- elle méconnait les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour et de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français.
Par un mémoire en défense enregistré le 2 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun moyen de la requête n'est fondé.
Par une ordonnance du 19 juillet 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 septembre 2024.
Mme I a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 16 avril 2024.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 modifié ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
A été entendu au cours de l'audience publique, le rapport de M. F.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B I, ressortissante marocaine née le 27 mai 1982, est entrée régulièrement en France le 24 octobre 2021 munie d'un visa D en qualité de " travailleur saisonnier " et valable jusqu'au 7 janvier 2022 pour une durée autorisée de 90 jours. Elle a par la suite obtenu, le 22 février 2022, un titre de séjour en qualité de " travailleur saisonnier " valable jusqu'au 21 avril 2023, dont elle a sollicité le renouvellement le 17 octobre 2023. Par un arrêté du 12 février 2024 dont l'intéressée demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination.
Sur les conclusions aux fins d'annulation :
En ce qui concerne le refus de séjour :
2. En premier lieu, le préfet de la Gironde a, par un arrêté du 31 août 2023 régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2023-164, donné délégation à Mme G E, adjointe au bureau de l'admission au séjour des étrangers et signataire de l'arrêté litigieux, à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en cas d'absence ou d'empêchement de M. A D et de Mme H C. Il ne ressort pas des pièces du dossier, ni n'est d'ailleurs allégué, que ces derniers n'auraient pas été absents ou empêchés à la date de l'arrêté attaqué. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de l'arrêté contesté daté du 12 février 2024 doit être écarté comme manquant en fait.
3. En deuxième lieu, l'arrêté contesté cite les articles du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales sur lesquels il est fondé. Le préfet, qui n'avait pas à mentionner de manière circonstanciée l'ensemble des éléments relatifs à la situation de la requérante, a pris en considération sa situation personnelle et familiale en France ainsi que les attaches familiales dont elle dispose au Maroc. La circonstance qu'il n'est pas précisé que certains membres de la fratrie soient régulièrement présents sur le territoire français ne démontre pas un défaut d'examen réel et sérieux de la situation de Mme I. Par suite, la décision, qui est motivée en droit et en fait, a été prise au terme d'un examen suffisant. Les moyens soulevés en ce sens doivent être écartés.
4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier, tel que défini au 3° de l'article L. 1242-2 du code du travail, et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " d'une durée maximale de trois ans. / Cette carte peut être délivrée dès la première admission au séjour de l'étranger. / Elle autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an. / La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail ". L'article L. 432-2 du même code dispose que : " Le renouvellement d'une carte de séjour temporaire ou pluriannuelle peut, par une décision motivée, être refusé à l'étranger qui cesse de remplir l'une des conditions exigées pour la délivrance de cette carte dont il est titulaire () ". Il résulte de ces dispositions que l'étranger qui exerce un emploi à caractère saisonnier et qui s'engage à maintenir sa résidence habituelle hors de France, se voit délivrer une carte de séjour pluriannuelle portant la mention " travailleur saisonnier " qui autorise l'exercice d'une activité professionnelle et donne à son titulaire le droit de séjourner et de travailler en France pendant la ou les périodes qu'elle fixe et qui ne peuvent dépasser une durée cumulée de six mois par an.
5. Il ressort des pièces du dossier que pour refuser à Mme I le renouvellement de sa carte de séjour portant la mention " travailleur saisonnier ", le préfet de la Gironde a retenu que l'intéressée n'avait pas respecté l'obligation de maintenir sa résidence permanente hors de France dès lors qu'elle y a séjourné pendant une période de douze mois au lieu des six mois autorisés par son titre de séjour. Contrairement à ce que soutient Mme I, qui ne conteste pas la matérialité des faits retenus par le préfet, celui-ci pouvait, pour ce motif refuser de renouveler le titre de séjour mention " travailleur saisonnier " dont elle était titulaire en application de l'article L. 432-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La circonstance qu'elle ait été en possession d'une autorisation de travail n'a pas d'incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, la décision attaquée n'a pas été prise en méconnaissance des dispositions de l'article L. 421-34 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Le moyen doit donc être écarté.
6. En quatrième lieu, aux termes des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. "
7. En l'espèce, Mme I, qui réside en France depuis octobre 2021, se prévaut de la présence de ses deux frères en situation régulière, ainsi que de la présence de sa sœur. Elle produit, à ce titre, des attestations rédigées par sa sœur qui indique l'héberger et qu'elle " s'occupe très bien de ses enfants ". J, et alors qu'elle n'a été autorisée à séjourner en France qu'en possession d'un titre de séjour saisonnier, elle ne démontre pas être dépourvue d'attaches familiales dans son pays d'origine où résident ses parents ainsi que trois membres de sa fratrie et où elle a elle-même vécu jusqu'à l'âge de 41 ans. La seule présence des membres de sa famille en France ne lui confère, par ailleurs, aucun droit particulier à y résider. Enfin, si elle se prévaut de son intégration professionnelle, cet élément n'est pas d'avantage de nature à lui conférer un droit à demeurer sur le territoire français. Par suite, la requérante n'est pas fondée à soutenir que la décision portant refus de titre de séjour méconnait les dispositions de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni qu'elle serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle.
En ce qui concerne l'obligation de quitter le territoire français :
8. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que Mme I n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du refus de séjour à l'appui de son recours dirigé contre la décision portant obligation de quitter le territoire français.
9. En second lieu, les moyens tirés de ce que cette décision aurait été édictée en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, et serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation personnelle doivent être écartés pour les mêmes motifs que ceux exposés au point 7.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
10. Il résulte de ce qui précède que Mme I n'est pas fondée à exciper de l'illégalité du refus de séjour et de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire français à l'appui de son recours dirigé contre la décision fixant le pays de destination.
11. Il résulte de tout ce qui précède que Mme I n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 12 février 2024.
Sur les autres conclusions de la requête :
12. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 12 février 2024, les conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme I est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B I et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 26 septembre 2024 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme Eve Wohlschlegel, première conseillère,
- Mme Khéra Benzaïd, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 octobre 2024.
Le président-rapporteur
D. F
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
E. Wohlschlegel
La greffière,
E. Souris
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
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Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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