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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2404339

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2404339

lundi 29 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2404339
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Avocat requérantMEILLON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces enregistrées respectivement le 11 et le 26 juillet 2024, Mme A C, représentée par Me Noël, demande au juge des référés :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 25 juin 2024 par laquelle le directeur général du CHU de Bordeaux l'a suspendue provisoirement de ses fonctions à compter du 25 juin 2024 ;

2°) de mettre à la charge du CHU de Bordeaux une somme de 2 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

Sur l'urgence :

- la condition d'urgence est satisfaite car elle est privée de son régime indemnitaire qu'elle évalue à 1 390,22 euros par mois si bien que son salaire net, de l'ordre de 1 500 euros, ne lui permettra pas de faire face à ses charges fixes ;

Sur l'existence d'un doute sérieux quant à la légalité de l'arrêté :

- l'auteur de la décision n'était pas compétent pour la signer car il ne détient pas le pouvoir de nomination ;

- la décision méconnaît l'article L. 531-1 du code général de la fonction publique car le CHU échoue à apporter la preuve de la vraisemblance suffisante de la faute grave ; cette décision n'intervient que pour restaurer la sérénité dans le service, pas en raison d'une faute ; l'infirmière qui devait superviser son travail n'a pas été suspendue ; ses qualités professionnelles sont louées par tous et ses notations sont excellentes ; la condition de gravité fait défaut ; elle ne pouvait pas matériellement réaliser l'ablation de cathéter seule ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur d'appréciation dès lors que les faits reprochés n'ont jamais eu lieu ;

- elle la discrimine en raison de ses activités syndicales, en violation des dispositions de l'article L. 131-1 du code général de la fonction publique ; ce n'est qu'en mai 2024 qu'elle a été mise au courant des faits reprochés, qui seraient pourtant survenus en décembre 2023, alors que rien ne lui a été dit lors de son évaluation en mars 2024 mais, de fait, après la lettre d'avril 2024 dénonçant un management toxique dans le service.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 juillet 2024, le CHU de Bordeaux, représenté par Me Meillon conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que l'urgence fait défaut et qu'aucun des moyens invoqués n'est propre à créer un doute sérieux sur la légalité de la décision contestée.

Vu :

- la requête n° 2404318 enregistrée le 11 juillet 2024 par laquelle Mme C demande l'annulation de la décision en litige ;

- les autres pièces du dossier.

Vu le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 juillet 2024, en présence de Mme Malo, greffière d'audience :

- le rapport de M. B,

- les observations de Me Noël représentant Mme C,

- les observations de Mme C,

- et les observations de Me Meillon représentant le CHU de Bordeaux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. L'urgence justifie la suspension de l'exécution d'un acte administratif lorsque celle-ci porte atteinte, de manière suffisamment grave et immédiate, à un intérêt public, à la situation du requérant ou aux intérêts qu'il entend défendre. Il en va ainsi, alors même que cette décision n'aurait un objet ou des répercussions que purement financiers et que, en cas d'annulation, ses effets pourraient être effacés par une réparation pécuniaire. Il appartient au juge des référés, saisi d'une demande tendant à la suspension d'une telle décision, d'apprécier concrètement, compte tenu des justifications fournies par le requérant, si les effets de celle-ci sur la situation de ce dernier ou, le cas échéant, des personnes concernées, sont de nature à caractériser une urgence justifiant que, sans attendre le jugement de la requête au fond, l'exécution de la décision soit suspendue.

3. Mme C, aide-soignante affectée depuis 2021 au service de réanimation médicale, en service de nuit, au sein du CHU de Bordeaux a fait l'objet d'une suspension temporaire de fonctions avec maintien de son traitement, de l'indemnité de résidence et du supplément familial de traitement. Elle ne justifie pas que son traitement net, en raison de l'absence de régime indemnitaire lié à sa suspension de fonctions, serait insuffisant pour couvrir ses charges fixes incompressibles. Au surplus, la décision de suspension ne peut durer plus de quatre mois sauf intervention d'une sanction disciplinaire ou poursuites pénales. Par suite, la condition d'urgence posée par l'article L. 521-1 du code de justice administrative ne peut être regardée comme satisfaite.

4. Il résulte de ce qui précède que l'une des deux conditions prévues par l'article L. 521-1 du code de justice administrative n'étant pas remplie, il y a lieu, sans qu'il soit besoin d'examiner l'existence d'un moyen de nature à créer doute sérieux quant à légalité de la décision litigieuse, de rejeter les conclusions à fin de suspension de la requête, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fins d'injonction sous astreinte et celles présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

5. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par le CHU de Bordeaux sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par le CHU de Bordeaux sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à Mme A C et au CHU de Bordeaux.

Fait à Bordeaux, le 29 juillet 2024.

Le juge des référés,

H. B

La greffière,

H. MALO La République mande et ordonne à la ministre du travail, de la santé et des solidarités en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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