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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2404484

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2404484

mardi 3 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2404484
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. A, ressortissant guinéen, qui contestait le refus de renouvellement de son titre de séjour étudiant, l'obligation de quitter le territoire français et la fixation du pays de destination. Le tribunal a estimé que la décision de refus était suffisamment motivée et que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, en raison des ajournements successifs et de l'absence d'obtention de diplôme par l'intéressé. En conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination, fondées sur ce refus légal, ont également été jugées légales.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 17 juillet 2024, M. B A, représenté par Me Kirimov, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à défaut de se conformer à cette mesure ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour portant la mention " étudiant " sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 50 euros par jour ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 200 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

- cette décision est insuffisamment motivée ;

- cette décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation au regard des dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- dès lors qu'il dispose d'un droit au séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, il ne peut faire l'objet d'une mesure d'éloignement, de sorte que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'une erreur d'appréciation de sa situation au regard de ces dispositions ;

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision de refus de délivrance d'un titre de séjour ;

Sur la décision fixant le pays de destination :

- cette décision est illégale du fait de l'illégalité de la décision portant obligation de quitter le territoire français.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 août 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 2 août 2024, la clôture d'instruction a été fixée au 15 septembre 2024.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er octobre 2024.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Jaouën,

- et les observations de M. A.

Une note en délibéré présentée pour M. A a été enregistrée le 25 novembre 2024.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, ressortissant guinéen né le 19 décembre 1997, est entré en France le 27 août 2017 muni d'un visa en qualité d'étudiant, puis a obtenu un titre de séjour en cette même qualité, renouvelé jusqu'au 3 décembre 2023. Il a déposé le 28 octobre 2023 une demande de renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 11 juin 2024, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à défaut de se conformer à cette mesure. M. A demande au tribunal d'annuler l'ensemble des décisions précitées.

Sur la décision portant refus de délivrance d'un titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne les textes dont le préfet a fait application ainsi que les motifs de fait caractérisant la situation du requérant et sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour prendre la décision en litige, en particulier la circonstance qu'il ne peut se prévaloir de la réalité et du caractère sérieux de ses études eu égard aux ajournements successifs intervenus dans sa scolarité et à l'absence d'obtention d'un diplôme, et l'absence de démonstration de l'intensité et de la stabilité de ses liens privés, familiaux et sociaux en France. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce que cette décision serait insuffisamment motivée doit être écarté.

3. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui établit qu'il suit un enseignement en France ou qu'il y fait des études et qui justifie disposer de moyens d'existence suffisants se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " étudiant " d'une durée inférieure ou égale à un an () ". Le renouvellement de cette carte est subordonné, notamment, à la justification par son titulaire de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir.

4. Il ressort des pièces du dossier que M. A, inscrit en première année de licence " Portail Sciences de la vie, sciences de la terre, chimie " au sein de l'université de Bordeaux à compter de l'année scolaire 2017-2018, n'a été admis en deuxième année de licence qu'à l'issue de l'année scolaire 2019-2020, après deux ajournements consécutifs, et qu'après avoir fait l'objet de trois ajournements consécutifs, au titre des années universitaires 2020-2021, 2021-2022 et 2022-2023, il a été admis à s'inscrire pour la quatrième fois en deuxième année de licence Sciences de la terre au sein de l'université de Bordeaux au titre de l'année 2023-2024. L'intéressé, qui n'établit ni même n'allègue avoir validé cette deuxième année de licence à l'issue de l'année 2023-2024, ne saurait se prévaloir de la seule progression de ses notes au fil des années universitaires pour justifier de la réalité et du sérieux de ses études. En outre, M. A ne peut pas utilement faire valoir qu'il a été admis en troisième année de licence professionnelle " Métiers de la protection et de la gestion de l'environnement - prospection et protection des ressources souterraines " au sein de l'université Grenoble-Alpes par courrier du 18 avril 2024, sous réserve de la conclusion d'un contrat professionnel ou d'apprentissage puis en en deuxième année de brevet de technicien supérieur " Géologie " dès lors que cette réorientation intervient après sept années d'études au cours desquels l'intéressé n'a validé aucune formation diplômante. Dans ces circonstances, il ne peut être regardé comme justifiant de la réalité et du sérieux des études qu'il a déclaré accomplir. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que le préfet de la Gironde a méconnu les dispositions de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de renouveler la carte de séjour temporaire dont il était précédemment titulaire en sa qualité d'étudiant.

Sur la décision portant obligation de quitter le territoire français :

5. Aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants :() 3° L'étranger s'est vu refuser la délivrance d'un titre de séjour, le renouvellement du titre de séjour () ".

6. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que M. A ne remplissait pas les conditions pour obtenir le renouvellement de son titre de séjour sur le fondement de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Dès lors, et en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision l'obligeant à quitter le territoire français est entachée d'erreur d'appréciation au regard des dispositions de cet article doit être écarté.

7. En second lieu, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 4 que l'illégalité de la décision refusant de délivrer un titre de séjour à M. A n'est pas établie, de sorte qu'il ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision l'obligeant à quitter le territoire français.

Sur la décision fixant le pays de destination :

8. Aux termes de l'article L. 612-12 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision portant obligation de quitter le territoire français mentionne le pays, fixé en application de l'article L. 721-3, à destination duquel l'étranger est renvoyé en cas d'exécution d'office ".

9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 6 et 7 que l'illégalité de la décision obligeant M. A à quitter le territoire français n'est pas établie, de sorte qu'il ne peut se prévaloir de l'illégalité de cette décision à l'encontre de la décision fixant le pays à destination duquel il est susceptible d'être reconduit d'office.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. A et tendant à l'annulation de l'arrêté du 11 juin 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il est susceptible d'être éloigné à défaut de se conformer à cette mesure doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 19 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Bourgeois, président,

- Mme Jaouën, première conseillère,

- M. Josserand, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 décembre 2024.

La rapporteure,

S. JAOUËN Le président,

M. BOURGEOIS

La greffière,

I. MONTANGON

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

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