jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2404568 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 19 juillet 2024, M. B E, représenté par Me Babou, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 21 mars 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination ;
2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde, à titre principal, de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " ou " vie privée et familiale " dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 100 euros par jour de retard et, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'État le versement au profit de son conseil de la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :
- la décision attaquée a été signée par une autorité incompétente pour ce faire ;
- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;
-la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure en ce qu'il n'a pas pu présenter d'observations, en méconnaissance de son droit à être entendu consacré par les principes généraux du droit de l'Union européenne ;
-la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;
-la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 et les dispositions de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile,
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- la décision attaquée méconnaît les stipulations de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant ;
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
- l'illégalité des décisions portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français entraînent, par la voie de l'exception d'illégalité, l'illégalité subséquente de la décision fixant le pays de destination.
Par un mémoire en défense enregistré le 6 août 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par le requérant n'est fondé.
Vu l'arrêté attaqué et les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
-la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme D a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. B E, né le 16 août 1996 à Ouaoumana (Maroc), de nationalité marocaine, est entré régulièrement en France le 15 septembre 2019 sous couvert d'un visa long séjour. Après avoir obtenu la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " saisonnier " valable du 11 décembre 2019 au 10 décembre 2022, il a sollicité, par une demande formée le 26 avril 2023, le renouvellement de son titre de séjour avec changement de statut. Par une décision du 21 mars 2024, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer le titre sollicité, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Le requérant demande au tribunal d'annuler cet arrêté.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne le refus de délivrance d'un titre de séjour :
2. La décision attaquée a été signée par Mme G F, adjointe à la cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers qui, par un arrêté du 31 août 2023, régulièrement publié le même jour au recueil des actes administratifs de l'État n° 33-2023-164, mis en ligne sur le site Internet des services de l'État en Gironde, a reçu du préfet de la Gironde délégation pour signer, comme le précise l'article 3 de cet arrêté, " (..) en cas d'absence ou d'empêchement de Mme H C, cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers, toutes décisions (..) pris[es] en application des livres II, IV, VI et VIII (parties législative et réglementaire) du CESEDA ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
3. La décision attaquée mentionne les dispositions qui la fondent en droit comme les considérations de fait, détaillées et circonstanciées à l'aune de la situation personnelle du requérant. Par suite, la décision attaquée est suffisamment motivée et le moyen doit être écarté.
4. Il résulte de la jurisprudence de la Cour de Justice de l'Union européenne que le droit d'être entendu fait partie intégrante du respect des droits de la défense, principe général du droit de l'Union. Il appartient aux Etats membres, dans le cadre de leur autonomie procédurale, de déterminer les conditions dans lesquelles le respect de ce droit est assuré. Ce droit se définit comme celui de toute personne de faire connaître, de manière utile et effective, son point de vue au cours d'une procédure administrative avant l'adoption de toute décision susceptible d'affecter de manière défavorable ses intérêts. Il ne saurait cependant être interprété en ce sens que l'autorité nationale compétente est tenue, dans tous les cas, d'entendre l'intéressé lorsque celui-ci a déjà eu la possibilité de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur la décision en cause. Le droit d'être entendu préalablement à l'adoption d'une décision de refus de séjour implique que l'autorité administrative mette le ressortissant étranger en situation irrégulière à même de présenter, de manière utile et effective, son point de vue sur l'irrégularité du séjour et les motifs qui seraient susceptibles de justifier que l'autorité s'abstienne de prendre à son égard une telle décision.
5. A supposer que l'intéressé soit regardé comme invoquant le principe général du droit précité, il ne ressort pas des pièces du dossier que M. E aurait été empêché de porter des informations relatives à sa situation à la connaissance de l'administration, d'autant qu'il a pu compléter son dossier en cours d'instruction de sa demande de titre de séjour. En outre, il n'est pas établi, ni même allégué, que M. E ait sollicité, sans réponse, un entretien avec les services préfectoraux. Le moyen tiré de ce que cette décision aurait été édictée en méconnaissance de son droit à être entendu doit donc être écarté.
6. Si le requérant fait valoir que la décision attaquée serait illégale en ce que le préfet de la Gironde aurait commis une erreur manifeste d'appréciation de sa situation, il n'apporte aucune précision à l'appui de ce moyen ne précisant notamment pas quels éléments de sa situation personnelle le préfet aurait incorrectement apprécié. En outre, le préfet a examiné la demande du requérant au regard de toutes les catégories de titre de séjour en réponse à la demande du requérant qui sollicitait, sans aucune précision, une demande de changement de statut, procédant ainsi à un examen complet et détaillé de la situation personnelle du requérant. Dès lors, le requérant n'établit pas que la décision attaquée serait entachée d'une erreur manifeste d'appréciation quant à sa situation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
7. Aux termes de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987 : " Les ressortissants marocains désireux d'exercer une activité professionnelle salariée en France, pour une durée d'un an au minimum, et qui ne relèvent pas des dispositions de l'article 1er du présent Accord, reçoivent, après le contrôle médical d'usage et sur présentation d'un contrat de travail visé par les autorités compétentes, un titre de séjour valable un an renouvelable et portant la mention " salarié " éventuellement assortie de restrictions géographiques ou professionnelles ". Aux termes de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui exerce une activité salariée sous contrat de travail à durée indéterminée se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié " d'une durée maximale d'un an. La délivrance de cette carte de séjour est subordonnée à la détention préalable d'une autorisation de travail, dans les conditions prévues par les articles L. 5221-2 et suivants du code du travail (..) ".
8. Comme il a été dit au point 6, le préfet de la Gironde a examiné le droit au séjour de M. E au regard de toutes les catégories de droit au séjour. En ce qui concerne le titre de séjour portant la mention " salarié " sur le fondement des dispositions combinées de l'article L. 421-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 3 de l'accord entre le Gouvernement de la République française et le Gouvernement du Royaume du Maroc en matière de séjour et d'emploi du 9 octobre 1987, il ressort des pièces du dossier que le requérant n'a pas produit d'autorisation de travail visée à l'appui de sa demande de titre de séjour et qu'au surplus il n'en produit pas non plus dans le cadre de la présente instance. Le préfet pouvait donc refuser la délivrance d'un titre de séjour portant la mention " salarié " au requérant sans méconnaître les dispositions précitées. Par suite, le moyen doit être écarté.
9. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance (..) ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".
10. Si le requérant se prévaut de la relation qu'il entretient avec une ressortissante marocaine résidant régulièrement en France, il ressort des pièces du dossier qu'elle n'a débuté que postérieurement à l'édiction de la décision attaquée. De plus, le requérant ne fait valoir aucun autre élément de nature à caractériser qu'il aurait transféré le centre de ses intérêts personnels et familiaux en France alors qu'il est y entré récemment, à l'âge de vingt-trois après avoir quitté le Maroc où ses deux parents et tous ses frères et sœurs résident toujours. Dès lors, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en refusant de lui délivrer un titre de séjour. Par suite, le moyen doit donc être écarté.
11. Aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 (..) ".
12. Pour les mêmes motifs que ceux exposés aux points 8 et 10 du présent jugement, le préfet de la Gironde n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant que la demande d'admission au séjour du requérant ne répondait pas à des considérations humanitaires ou à des motifs exceptionnels de nature à lui permettre de bénéficier d'un titre de séjour dans le cadre d'une admission exceptionnelle au séjour. Par suite, le moyen doit être écarté.
13. Aux termes de l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale ".
14. Les dispositions précitées sont inopérantes dans le cas d'un enfant à naître. Dès lors, le requérant ne saurait utilement se prévaloir de ce qu'il est le père d'un enfant à naître. Par suite le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la décision fixant le pays de destination :
15. Le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation pour excès de pouvoir de la décision attaquée du 21 mars 2024 du préfet de la Gironde portant refus de délivrance d'un titre de séjour et obligation de quitter le territoire français. Dès lors, il ne peut valablement évoquer une exception d'illégalité de ces décisions pour demander l'annulation de la décision fixant le pays de destination. Ce moyen sera écarté.
16. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. E doivent être rejetées ainsi que par voie de conséquence ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête de M. E est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B E et au préfet de la Gironde.
Délibéré après l'audience du 10 octobre 2024 où siégeaient :
- M. Dominique Ferrari, président,
- Mme A I et Mme Khéra Benzaïd, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
K. D
Le président,
D. Ferrari
Le greffier,
Y. Jameau
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026