jeudi 5 décembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2404739 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | 3ème Chambre |
Vu la procédure suivante :
I - Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 26 juillet 2024, le 28 octobre 2024 et le 6 novembre 2024 sous le n° 2404739, Mme et M. E demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 12 juin 2024 par laquelle la directrice académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde a inscrit leur fille au collège Bourran de Mérignac, ainsi que la décision rejetant leur recours gracieux ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Bordeaux de se prononcer sur leur demande d'inscription dérogatoire au collège Emile Combes de Bordeaux dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- ces décisions ne sont pas motivées ;
- leur demande de dérogation n'a pas été examinée ;
- il n'est pas établi que la capacité d'accueil ait été déterminée eu égard aux installations et aux moyens dont dispose l'académie ;
- cette demande de dérogation se justifie par la nécessité d'une prise en charge médicale de leur fille, par la présence de la fratrie dans cet établissement, par la proximité du domicile et par le parcours scolaire particulier de leur fille ;
- le rejet de cette demande méconnaît l'intérêt supérieur de leur enfant, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 septembre 2024, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que :
- la requête est dépourvue d'objet ;
- la requête n'est pas fondée.
II - Par une requête et deux mémoires, enregistrés le 17 septembre 2024, le 28 octobre 2024 et le 6 novembre 2024, ce dernier n'ayant pas été communiqué, sous le n° 2405773, Mme et M. E demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 19 août 2024 par laquelle la directrice académique des services départementaux de l'éducation nationale de la Gironde a confirmé l'inscription de leur fille au collège Bourran de Mérignac ;
2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Bordeaux de se prononcer sur leur demande d'inscription dérogatoire au collège Emile Combes de Bordeaux dans le délai de huit jours à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- cette décision n'a pas été prise après avis de la commission prévue par la circulaire n°2013-060 du 10 avril 2013 ;
- cette décision n'est pas motivée ;
- cette demande de dérogation se justifie par la nécessité d'une prise en charge médicale de leur fille, par la présence de la fratrie dans cet établissement, par la proximité du domicile et par le parcours scolaire particulier de leur fille ;
- il n'est pas établi que la capacité d'accueil ait été déterminée eu égard aux installations et aux moyens dont dispose l'académie ;
- l'académie ne justifie pas du nombre d'élèves inscrits au jour de la rentrée scolaire ;
- l'académie ne justifie pas avoir vérifié les domiciles déclarés des élèves du secteur ;
- le rejet de leur demande méconnaît l'intérêt supérieur de leur enfant, tel que protégé par l'article 3-1 de la convention internationale des droits de l'enfant.
Par un mémoire en défense enregistré le 3 octobre 2024, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.
Elle soutient que la requête n'est pas fondée.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention internationale des droits de l'enfant ;
- le code de l'éducation ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme F,
- les conclusions de M. Willem, rapporteur public,
- et les observations de Me Mahé, représentant Mme et M. E.
Considérant ce qui suit :
1. Mme et M. E sont les parents C, née le 22 avril 2013. A l'occasion de son entrée en sixième au titre de l'année scolaire 2024/2025, ils ont demandé à ce qu'elle soit inscrite à titre dérogatoire au collège Emile Combes de Bordeaux. Par décision du 12 juin 2024, la directrice académique des services de l'éducation nationale du département de la Gironde a inscrit C en sixième au collège Bourran à Mérignac. Par leur requête enregistrée sous le n° 2404739, Mme et M. E demandent au tribunal d'annuler cette décision ainsi que la décision rejetant le recours gracieux qu'ils ont présenté le 21 juin 2024. Par ordonnance n° 2404740 du 12 août 2024, le juge des référés a suspendu l'exécution de ces décisions et a enjoint à la rectrice de l'académie de Bordeaux de réexaminer cette demande de dérogation. Par leur requête enregistrée sous le n° 2405773, Mme et M. E demandent au tribunal d'annuler la décision du 19 août 2024 par laquelle la directrice académique a maintenu son refus d'accorder cette dérogation.
Sur la jonction :
2. Ces deux requêtes concernent la situation d'une même élève et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
Sur l'exception de non-lieu :
3. La décision intervenue pour l'exécution de l'ordonnance par laquelle le juge des référés d'un tribunal administratif a suspendu l'exécution d'un acte administratif revêt, par sa nature même, un caractère provisoire jusqu'à ce qu'il soit statué sur le recours en annulation présenté concomitamment à la demande en référé. Alors même qu'elle présente toutes les apparences d'une mesure définitive, l'intervention d'une telle mesure ne prive pas d'objet les conclusions tendant à l'annulation de la décision initiale de refus de l'administration. Il peut toutefois en aller différemment lorsque l'autorité administrative a excédé ce qui était nécessaire à l'exécution de l'ordonnance du juge des référés.
4. Par son ordonnance du 12 août 2024, le juge des référés a enjoint à la rectrice de l'académie de Bordeaux de réexaminer la demande de dérogation présentée par Mme et M. E. A la suite de ce réexamen, la directrice académique des services de l'éducation nationale du département de la Gironde a confirmé son refus d'inscrire C à titre dérogatoire en classe de sixième au collège Emile Combes et son inscription en classe de sixième au collège Bourran de Mérignac. Compte tenu de son objet, cette décision prise en exécution de l'injonction prononcée par le juge des référés doit être regardée comme s'étant substituée à la décision du 12 juin 2024. Il s'ensuit que les conclusions aux fins d'annulation de cette décision ainsi que, par voie de conséquence, de la décision rejetant le recours gracieux présenté à son encontre sont devenues sans objet et qu'il n'y a pas lieu d'y statuer.
Sur les conclusions aux fins d'annulation dirigées contre la décision du 19 août 2024 restant en litige :
5. Aux termes de l'article D. 211-11 du code de l'éducation : " Les collèges () accueillent les élèves résidant dans leur zone de desserte. Le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, détermine pour chaque rentrée scolaire l'effectif maximum d'élèves pouvant être accueillis dans chaque établissement en fonction des installations et des moyens dont il dispose. Dans la limite des places restant disponibles après l'inscription des élèves résidant dans la zone normale de desserte d'un établissement, des élèves ne résidant pas dans cette zone peuvent y être inscrits sur l'autorisation du directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, dont relève cet établissement. Lorsque les demandes de dérogation excèdent les possibilités d'accueil, l'ordre de priorité de celles-ci est arrêté par le directeur académique des services de l'éducation nationale agissant sur délégation du recteur d'académie, conformément aux procédures d'affectation en vigueur. () ".
6. En premier lieu, d'une part, la circulaire n°2013-060 du 10 avril 2013 du ministre de l'éducation nationale dont se prévalent les requérants indique en son point III. 2 " Faire en sorte que les dispositifs favorisant la réussite éducative bénéficient d'abord à ceux qui en ont le plus besoin ", que : " Depuis 2008, des dérogations peuvent être demandées à la règle de l'affectation au collège ou au lycée correspondant à la zone de desserte, dans la limite des places disponibles, après avis d'une commission et sur décision du DASEN, lesquels se prononcent sur le fondement de sept critères énumérés dans la circulaire n°2008-42 du 4 avril 2008. ".
7. D'autre part, aux termes de l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute personne peut se prévaloir des documents administratifs mentionnés au premier alinéa de l'article L. 312-2, émanant des administrations centrales et déconcentrées de l'Etat et publiés sur des sites internet désignés par décret. Toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par ces documents pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée. () ". Aux termes de l'article R. 312-10 du même code : " Les sites internet sur lesquels sont publiés les documents dont toute personne peut se prévaloir dans les conditions prévues à l'article L. 312-3 précisent la date de dernière mise à jour de la page donnant accès à ces documents ainsi que la date à laquelle chaque document a été publié sur le site. Ces sites comportent, sur la page donnant accès aux documents publiés en application de l'article L. 312-3, la mention suivante : " Conformément à l'article L. 312-3 du code des relations entre le public et l'administration, toute personne peut se prévaloir de l'interprétation d'une règle, même erronée, opérée par les documents publiés sur cette page, pour son application à une situation qui n'affecte pas des tiers, tant que cette interprétation n'a pas été modifiée, sous réserve qu'elle ne fasse pas obstacle à l'application des dispositions législatives ou réglementaires préservant directement la santé publique, la sécurité des personnes et des biens ou l'environnement ". Les circulaires et instructions soumises aux dispositions de l'article R. 312-8 sont publiées sur les sites mentionnés au premier alinéa au moyen d'un lien vers le document mis en ligne sur le site mentionné à ce même article. "
8. Les dispositions précitées de l'article D. 211-11 du code de l'éducation prévoient que les inscriptions dans un autre établissement que l'établissement de secteur sont accordées par le directeur d'académie. Le ministre de l'éducation nationale, qui ne tenait ni de son pouvoir règlementaire général d'organisation des services, ni d'aucun autre texte le pouvoir de modifier ces dispositions, a donc illégalement prévu la consultation d'une commission préalablement à l'examen des demandes de dérogations scolaires.
9. Il résulte toutefois des dispositions citées au point 7 que, pour être opposable, une circulaire même illégale émanant du ministre de l'éducation nationale, adressée aux services académiques et aux chefs d'établissement, doit faire l'objet d'une publication sur le site " www.education.gouv.fr " par le biais d'une insertion dans la liste définissant les documents opposables et comportant les mentions prescrites à l'article R. 312-10, et doit comporter un lien vers le document intégral publié sur le site " Légifrance.gouv.fr ", qui relève du Premier ministre.
10. Si la circulaire n° 2013-060 du 10 avril 2013 a été publiée sur le site Internet " www.education.gouv.fr ", cette publication ne mentionne toutefois pas la formule prévue à l'article R. 312-10 précité. De plus, aucun renvoi ne figure sur le site " Légifrance.gouv.fr ", la circulaire en cause n'y étant pas mentionnée dans la rubrique de ce site prévue à cet effet. Il s'ensuit que Mme et M. E ne sont pas fondés à soutenir, sur le fondement de cette circulaire, que la décision du 19 août 2024 serait entachée d'un vice de procédure en l'absence de consultation préalable de la commission qu'elle prévoit.
11. En deuxième lieu, il résulte des dispositions de l'article D. 211-11 du code de l'éducation citées au point 5 que les élèves qui relèvent du secteur géographique de l'établissement demandé sont prioritaires pour y être affectés, et que les élèves n'ont aucun droit à bénéficier d'une dérogation scolaire. Il appartient au directeur académique de fixer les règles d'affectation en déterminant les capacités d'accueil de chaque établissement et d'organiser conformément aux directives ministérielles les critères de priorité d'affectation des élèves ne relevant pas du secteur, compte tenu des places disponibles restantes après affectation des élèves du secteur. Le refus d'accorder une telle dérogation est soumis au contrôle du juge et ne doit pas être entaché d'erreur manifeste d'appréciation.
12. Tout d'abord, la décision attaquée vise l'article D. 211-11 du code de l'éducation et précise que pour une capacité d'accueil fixée à 112 élèves, 121 élèves du secteur ont été affectés jusqu'au 18 juillet 2024 et que la capacité d'accueil étant ainsi atteinte, toutes les demandes dérogatoires ont été refusées. Contrairement à ce que soutiennent les requérants, la directrice académique a ainsi indiqué avec une précision suffisante les circonstances de fait et de droit sur lesquelles elle s'est fondée pour prendre sa décision et a ainsi mis ces derniers en mesure de comprendre les raisons du refus opposées à leur demande d'inscription de leur fille en classe de sixième au collège Emile Combes. Le moyen tiré de son insuffisante motivation doit donc être écarté.
13. Ensuite, il ressort des pièces du dossier que la directrice académique a fixé la capacité d'accueil en classe de sixième au collège Emile Combes à 112 élèves, correspondant à 4 classes, en fonction de la configuration des bâtiments de l'établissement, des délégations d'heures d'enseignement qui lui sont affectées et des effectifs prévisionnels des élèves du secteur. Il en ressort également que 121 élèves relevant du secteur de cet établissement ont été prioritairement inscrits pendant l'été 2024, de sorte qu'aucune des 16 demandes de dérogation présentées à l'administration n'a pu être satisfaite, et que sur ces 121 élèves, 116 étaient effectivement présents à la rentrée qui s'en est suivie. Il ne ressort d'aucune des pièces du dossier que les parents de ces élèves auraient produit de fausses adresses afin que ceux-ci soient inscrits prioritairement dans ce collège, ni que la directrice académique se serait abstenue de procéder au contrôle qui lui incombe avant de procéder à leur inscription. Dans ces conditions, la directrice d'académie a pu légalement refuser l'inscription C à titre dérogatoire en classe de sixième au collège Emile Combes au motif que la capacité d'accueil était atteinte, la circonstance que la situation de cette enfant respectait trois des critères prévus par la circulaire n°2013-060 du 10 avril 2013 permettant une inscription à titre dérogatoire dans un établissement autre que l'établissement de secteur, à la supposer même invocable, étant dès lors inopérante. Il en va de même de la circonstance que 5 de ces élèves se sont désistés entre le moment de leur inscription et la rentrée, dès lors que le nombre d'élèves du secteur inscrits en classe de sixième, qui excédait toujours la capacité d'accueil, faisait toujours obstacle à l'inscription dérogatoire de la fille des requérants.
14. En troisième lieu, aux termes du paragraphe 1 de l'article 3 de la convention internationale des droits de l'enfant : " Dans toutes les décisions qui concernent les enfants, qu'elles soient le fait des institutions publiques ou privées de protection sociale, des tribunaux, des autorités administratives ou des organes législatifs, l'intérêt supérieur de l'enfant doit être une considération primordiale () ".
15. L'enfant des requérants ayant été inscrite en classe de sixième au collège Bourran qui se situe à 2.1 km de son domicile et à 3.4 km de l'hôpital Pellegrin où elle peut être amenée à recevoir les soins médicaux liés à son état de santé, le moyen tiré de ce que la décision refusant d'autoriser son inscription dérogatoire au collège Emile Combes porterait atteinte à son intérêt supérieur doit être écarté.
16. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation présentées par Mme et M. E ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions aux fins d'injonction doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
17. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par Mme et M. E sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DECIDE :
Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête n° 2404739 de Mme et M. E.
Article 2 : La requête n° 2405773 de Mme et M. E est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D E et M. A E et à la ministre de l'éducation nationale.
Copie en sera également adressée à la rectrice de l'académie de Bordeaux.
Délibéré après l'audience du 14 novembre 2024, à laquelle siégeaient :
M. Ferrari, président,
Mme F et Mme B, premières conseillères.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 décembre 2024.
La rapporteure,
E. F
Le président,
D. FERRARI La greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière, - 2405773
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2600562
03/08/2026
Tribunal Administratif de MELUN — N° TA77-2611484
03/08/2026