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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2404742

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2404742

vendredi 9 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2404742
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantSELARL CONQUAND-VALAY

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a examiné la requête de Mme B, ressortissante mauritanienne, contestant le refus de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) de lui octroyer les conditions matérielles d'accueil. Le tribunal a rejeté l'ensemble de ses demandes, estimant que la décision de l'OFII était suffisamment motivée et que l'intéressée n'avait pas porté à la connaissance de l'administration, avant la décision, les éléments relatifs à sa vulnérabilité psychologique. Il a également jugé que le refus, fondé sur la demande tardive d'asile de Mme B, ne méconnaissait pas les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est donc le rejet de la requête.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 26 juillet 2024, Mme B, représentée par Me Valay, demande au tribunal :

1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 10 juin 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui octroyer rétroactivement le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, dans un délai de 48 heures à compter du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 200 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, de réexaminer sa situation dans un délai de huit jours et sous la même astreinte ;

4°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen sérieux de sa situation personnelle, et en particulier de sa vulnérabilité ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa vulnérabilité, compte-tenu de son état psychique fragile ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable à défaut pour l'intéressée de justifier de l'enregistrement de sa demande d'asile auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides ;

- les moyens invoqués ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Josserand pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Josserand a été entendu au cours de l'audience publique du 8 août 2024.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B, ressortissante mauritanienne, est entrée en France le 15 août 2023, où elle a sollicité l'asile par une demande enregistrée le 7 mars 2024. Par une décision du 7 mars 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile dans un délai de 90 jours après son entrée sur le territoire français. Le recours administratif préalable qu'elle a formé le 18 mars 2024 a été rejeté par une décision du directeur de cet office. Par la présente requête, elle en demande l'annulation.

Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'avant-dernier alinéa de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée ". Aux termes de l'article D. 551-17 de ce code, dans sa version alors applicable : " () Dans un délai de deux mois à compter de la notification de cette décision, le bénéficiaire peut introduire un recours devant le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, à peine d'irrecevabilité du recours contentieux. La décision comporte la mention des voies et délais dans lesquels ce recours peut être formé. / Le directeur général de l'office dispose d'un délai de deux mois pour statuer. À défaut, le recours est réputé rejeté. Toute décision de rejet doit être motivée ".

4. Il ressort de termes de la décision attaquée qu'elle est suffisamment motivée en droit et en fait, pour l'application des dispositions citées au point précédent. Le moyen tiré du défaut de motivation doit par suite être écarté.

5. En deuxième lieu, il ne ressort pas des pièces du dossier que la requérante aurait porté à la connaissance des services de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, préalablement à l'adoption de la décision attaquée, le certificat médical réalisé au sein de l'hôpital Saint-André le 11 avril 2024, ni la moindre pièce établissant la fragilité psychologique dont elle se prévaut. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à reprocher à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de s'être abstenue de procéder à un examen particulier de sa situation.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 531-27 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; ". Aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. () Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur ". Aux termes de l'article D. 511-17 du même code : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite, motivée et prend en compte la vulnérabilité du demandeur. () ". Aux termes de l'article L. 522-3 du même code : " L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines ".

7. Pour refuser à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'Office français de l'immigration et de l'intégration a estimé que la demandeuse, entrée en France le 15 août 2023, n'a fait enregistrer sa demande d'asile que le 7 mars 2024, soit après le délai de 90 jours prévu par les articles L. 531-27 et D. 551-20 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile cités au point précédent. La requérante soutient qu'elle était vulnérable, dans une situation de grande détresse sociale et psychologique.

8. Il ressort des pièces du dossier, et notamment de la fiche d'entretien de vulnérabilité, qu'elle a déclaré souffrir de malaises et vertiges ainsi que d'une maladie du sang, et vivre isolée à Bordeaux où elle dormait dans la gare. Les éléments qu'elle apporte ne sont toutefois pas de nature à établir la gravité de la maladie dont elle souffre, le volet médical qu'elle produit faisant seulement état d'une affection de niveau 1, c'est-à-dire qui nécessite une prise en charge disponible en médecine de ville. Dans ces conditions, c'est sans erreur d'appréciation que l'Office français de l'immigration et de l'intégration n'a pas relevé de vulnérabilité particulière.

9. En quatrième et dernier lieu, aux termes du 2. de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 : " Les États membres peuvent aussi limiter les conditions matérielles d'accueil lorsqu'ils peuvent attester que le demandeur, sans raison valable, n'a pas introduit de demande de protection internationale dès qu'il pouvait raisonnablement le faire après son arrivée dans l'État membre ". Le 5. de cet article dispose que : " Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs ".

10. Tout justiciable peut se prévaloir, à l'appui d'un recours dirigé contre un acte administratif non réglementaire, des dispositions précises et inconditionnelles d'une directive, lorsque l'État n'a pas pris, dans les délais impartis par celle-ci, les mesures de transposition nécessaires.

11. Mme A ne saurait utilement se prévaloir des dispositions de la directive 2013/33/UE, qui ont été transposées en droit interne par mesures législatives et réglementaires qu'elle ne conteste pas. Et en tout état de cause, ainsi que l'a jugé le Conseil d'État dans sa décision n° 394686, 394770 du 30 janvier 2017, les mesures de transposition en droit français, figurant en particulier dans le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ne sont pas incompatibles avec les objectifs de la directive 2013/32/UE. Le moyen tiré de la méconnaissance de cette directive doit par suite être écarté comme inopérant.

12. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la fin de non-recevoir opposée en défense, que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de l'arrêté attaqué. Ses conclusions à fin d'annulation, de même que ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions relatives aux frais d'instance :

13. L'Office français de l'immigration et de l'intégration n'étant pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par la requérante sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Valay et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.

Le magistrat désigné,

L. JOSSERANDLa greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outres-mers en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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