vendredi 9 août 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2404814 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
| Avocat requérant | ATGER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 30 juillet et le 8 août 2024, M. A B, représenté par Me Atger, demande au tribunal :
1°) de lui accorder le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;
2°) d'annuler l'arrêté du 9 juillet 2024 par lequel le préfet de la Gironde a décidé son transfert aux autorités autrichiennes, pour l'examen de sa demande d'asile ;
3°) d'enjoindre à cette autorité, à titre principal, de lui délivrer une attestation de demande d'asile ainsi qu'un formulaire de demande d'asile à transmettre à l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), dans un délai de deux semaines à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte d'un montant de 150 euros par jour de retard, et à titre subsidiaire, procéder au réexamen de sa situation dans le même délai et sous la même astreinte ;
4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, à charge pour son conseil de renoncer au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Il soutient que :
- l'arrêté contesté n'a pas été notifié conformément aux dispositions de l'article 26 du règlement (UE) n° 604/2013 ;
- il n'est pas motivé, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 742-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- il est entachée d'un défaut d'examen de sa situation personnelle ;
- il méconnaît le droit à l'information prévu à l'article 4 du règlement européen n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié qu'il a reçu l'ensemble des informations et brochures concernant la procédure ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 5 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ainsi que celles de l'article L. 111-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors qu'il n'est pas établi que l'entretien individuel a été mené dans une langue qu'il comprend et mené par un agent qualifié dans des conditions présentant des garanties de confidentialité ;
- le préfet ne justifie de l'accord des autorités autrichiennes pour la reprise en charge de M. B, conformément aux dispositions des articles 21 et 23 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- l'arrêté mentionne une date d'acceptation par les autorités autrichiennes erronée, en méconnaissance de l'article 26 règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- le préfet de la Gironde a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application de la clause discrétionnaire prévue aux articles 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013 ;
- les informations fournis par les autorités françaises aux autorités autrichiennes sont tronquées, concernant son retour en Turquie en 2022 et sa demande d'asile le 30 avril 2024 en Autriche,
- la compétence de l'Autriche avait cessé, de sorte que le préfet a méconnu le 2. de l'article 19 du règlement n° 604/2013 en ne regardant pas la demande d'asile comme une première demande.
Par un mémoire en défense enregistré le 8 août 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Constitution française ;
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le règlement (UE) n° 603/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le règlement (CE) n° 1560/2003 de la Commission du 2 septembre 2003 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Josserand en application de l'article L. 572-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Josserand a été entendu au cours de l'audience publique du 8 août 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B, ressortissant turc, est entré en France en provenance d'un autre État membre, afin d'y déposer une demande d'asile enregistrée par les services de la préfecture de la Gironde le 21 mai 2024. Le relevé de ses empreintes décadactylaires a révélé qu'il avait introduit une première demande d'asile en Autriche le 30 avril 2022. Par un arrêté du 17 juillet 2024, dont par la présente requête M. B demande l'annulation, le préfet de la Gironde a prononcé sa remise aux autorités autrichiennes, responsables de l'examen de sa demande d'asile.
Sur la demande d'aide juridictionnelle provisoire :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. ( ) ". Il y a lieu, eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de M. B, de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes du paragraphe 1 de l'article 23 du règlement (UE) n° 604/2013 : " Lorsqu'un État membre auprès duquel une personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point b), c) ou d), a introduit une nouvelle demande de protection internationale estime qu'un autre État membre est responsable () il peut requérir cet autre État membre aux fins de reprise en charge de cette personne ". Aux termes de l'article 19 du même règlement : " Les obligations prévues à l'article 18, paragraphe 1, cessent si l'État membre responsable peut établir, lorsqu'il lui est demandé de prendre ou reprendre en charge un demandeur ou une autre personne visée à l'article 18, paragraphe 1, point c) ou d), que la personne concernée a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois, à moins qu'elle ne soit titulaire d'un titre de séjour en cours de validité délivré par l'État membre responsable. / Toute demande introduite après la période d'absence visée au premier alinéa est considérée comme une nouvelle demande donnant lieu à une nouvelle procédure de détermination de l'État membre responsable ". En outre, aux termes du paragraphe 2 de l'article 5 du règlement (CE) n° 1560/2003 : " Lorsque l'État membre requérant estime que le refus qui lui est opposé repose sur une erreur d'appréciation oui lorsqu'il dispose d'éléments complémentaires à faire valoir, il lui est possible de solliciter un réexamen de sa requête. Cette faculté doit être exercée dans les trois semaines qui suivent la réception de la réponse négative ".
4. Il ressort des pièces du dossier que les autorités françaises ont, dans un premier temps, sollicité le 31 mai 2024 les autorités autrichiennes d'une demande de reprise en charge de M. B sur le fondement du b) du paragraphe 1 de l'article 18 du règlement (UE) n° 604/2013, ce dernier ayant déposé une demande d'asile en Autriche le 30 avril 2022. Les autorités autrichiennes ont rejeté cette demande par une réponse du 3 juin 2024, au motif qu'il était probable que l'intéressé ait quitté le territoire des États membres durant le délai de 22 mois qui sépare ses deux demandes d'asile. À cet égard, elles ont invité les autorités françaises à lui indiquer si M. B a déclaré ses déplacements après qu'il a quitté l'Autriche. Dans un second temps, les autorités françaises ont, par une demande du 12 juin 2024, sollicité le réexamen de cette requête, sur le fondement du paragraphe 2 de l'article 5 du règlement n° 1560/2003, en indiquant que M. B avait sollicité l'asile le 30 avril 2024 et que ce dernier avait déclaré ne pas avoir quitté le territoire des État membres depuis le 30 avril 2024. Les autorités autrichiennes ont alors, par une réponse du 18 juin 2024, accepté le transfert de M. B.
5. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B, qui a déposé une demande d'asile en Autriche le 30 avril 2022 et non pas le 30 avril 2024 comme l'indique la demande de réexamen française, a déclaré dans son entretien individuel " être rentré dans son pays d'origine, en mai 2022 ", et avoir traversé successivement, entre son passage en Autriche et son arrivée en France, la Turquie et la Serbie à deux reprises. Ainsi, les autorités françaises ont délivré aux autorités autrichiennes des informations erronées concernant non seulement la date de la demande d'asile, mais surtout la circonstance que M. B aurait déclaré ne pas avoir quitté le territoire de l'Union après cette demande d'asile, alors qu'il a déclaré l'inverse de manière concordante. Ces informations ont eu une influence sur la réponse délivrée par les autorités autrichiennes, au regard de l'article 19 cité au point 3 en vertu duquel la responsabilité d'un État membre cesse lorsque l'intéressé a quitté le territoire des États membres pendant une durée d'au moins trois mois. Il résulte de ce qui précède que, en se fondant sur la décision par laquelle les autorités autrichiennes se sont reconnues responsables de la situation de M. B, adoptée sur la base d'informations erronées, le préfet a entaché sa décision d'une erreur de droit. L'arrêté du 9 juillet 2024 doit par suite être annulé.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
6. Aux termes de l'article L. 572-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Si la décision de transfert est annulée, il est immédiatement mis fin aux mesures de surveillance prévues au livre VII. L'autorité administrative statue à nouveau sur le cas de l'intéressé ". Aux termes de l'article L. 531-2 de ce code : " Lorsque l'examen de la demande d'asile relève de la compétence de la France, l'étranger introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides dans un délai fixé par décret en Conseil d'État. L'autorité administrative compétente informe immédiatement l'office de l'enregistrement de la demande et de la remise de l'attestation de demande d'asile ". Aux termes de l'article L. 521-7 de ce code : " Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile dont les conditions de délivrance et de renouvellement sont fixées par décret en Conseil d'État ".
7. Compte-tenu de son motif, le présent jugement implique qu'il soit enjoint à l'autorité administrative d'enregistrer et de transmettre la demande d'asile de l'intéressé selon la procédure prévue à l'article L. 531-2 précité, et de lui délivrer, le temps de cet examen, l'attestation de demande d'asile mentionnée à l'article L. 521-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile justifiant de l'examen par les autorités françaises de sa demande d'asile, et de fixer le délai de délivrance de cette attestation à deux semaines à compter de la notification du présent jugement.
Sur les frais liés au litige :
8. M. B ayant obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Atger, avocat du requérant, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à Me Atger de la somme de 1 000 euros.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est admis, à titre provisoire, au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : L'arrêté du préfet de la Gironde du 9 juillet 2024 est annulé.
Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de transmettre la demande d'asile de M. B à l'office français de protection des réfugiés et apatrides et de lui remettre une attestation de demande d'asile dans le délai de deux semaines à compter de la notification du présent jugement.
Article 4 : L'État versera à Me Atger la somme de 1 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celui-ci renonce au bénéfice de l'aide juridictionnelle conformément aux dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Atger et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 août 2024.
Le magistrat désigné,
L. JOSSERANDLa greffière,
H. MALO
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026