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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2404872

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2404872

lundi 9 décembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2404872
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème chambre

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de Mme A, ressortissante nigériane, qui contestait l'arrêté du préfet de la Gironde refusant de lui délivrer un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire. La requérante invoquait une méconnaissance des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ainsi que de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a estimé que le préfet n'avait pas commis d'erreur d'appréciation, faute pour Mme A de justifier de liens personnels et familiaux suffisamment anciens et intenses en France, et compte tenu de ses attaches familiales persistantes au Nigeria. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 1er août 2024 et 8 octobre 2024, Mme B A, représentée par Me Tengang, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juillet 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle pouvait être reconduite ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer un titre de séjour mention " vie privée et familiale " ou à défaut, de réexaminer sa situation et de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir et sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision portant refus de séjour méconnaît les dispositions des articles L. 423-23 et L. 435- 1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Katz,

- et les observations de Me Tengang, représentant Mme A.

Le préfet de la Gironde n'était ni présent ni représenté.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B A, ressortissante nigériane née le 1er octobre 1986, serait entrée en France le 15 décembre 2019, selon ses déclarations. Le 4 octobre 2021, elle a sollicité un titre de séjour sur le fondement des articles L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Cette demande a fait l'objet d'une décision implicite de rejet dont Mme A a été informée par un courrier du 11 avril 2022. Le 18 août 2023, l'intéressée a de nouveau sollicité un titre de séjour sur le fondement des mêmes textes. Par un arrêté du 8 juillet 2024, dont Mme A demande l'annulation, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligée à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel elle sera éloignée à défaut de se conformer à cette mesure.

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Les liens mentionnés au premier alinéa sont appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'étranger, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine. / L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République ".

3. Mme A déclare être entrée en France en décembre 2019, sans toutefois l'établir. S'il est vrai qu'elle a conclu un pacte civil de solidarité (PACS) avec un ressortissant français le 20 août 2021, ce pacte était récent à la date de l'arrêté attaqué. En outre, si la requérante verse au dossier des attestations de proches, ces dernières sont peu circonstanciées, de sortes qu'elles ne suffisent pas à établir l'ancienneté et l'intensité de la relation dont elle se prévaut, pas plus que ne le font les documents bancaires et fiscaux produits. Par ailleurs, si l'intéressée soutient qu'elle entretient des relations fortes avec sa sœur qui vit en France sous couvert d'une carte pluriannuelle expirant en mars 2025, lequel titre indique par ailleurs que sa résidence serait fixée au domicile du compagnon de Mme A, cette dernière ne produit aucun élément permettant d'apprécier de tels liens. De plus, il ressort des pièces du dossier que la requérante dispose d'attaches familiales dans son pays d'origine, où résident ses parents et les autres membres de la fratrie et où elle a elle-même vécu plus de trente ans. Dans ces conditions, en refusant de délivrer à Mme A un titre de séjour, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Pour ces mêmes motifs, l'autorité compétente n'a pas porté une atteinte disproportionnée au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale au regard des buts poursuivis par sa décision de refus de séjour et n'a pas, par suite, méconnu les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir peut se voir délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " salarié ", " travailleur temporaire " ou " vie privée et familiale ", sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1. / Lorsqu'elle envisage de refuser la demande d'admission exceptionnelle au séjour formée par un étranger qui justifie par tout moyen résider habituellement en France depuis plus de dix ans, l'autorité administrative est tenue de soumettre cette demande pour avis à la commission du titre de séjour prévue à l'article L. 432-14. / Les modalités d'application du présent article sont définies par décret en Conseil d'Etat ".

5. Pour les mêmes motifs que ceux précédemment développés et alors que Mme A ne se prévaut d'aucune circonstance exceptionnelle ou humanitaire, le préfet de la Gironde n'a pas méconnu les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en prenant le refus de séjour litigieux.

6. En troisième lieu, pour les mêmes motifs que ceux précédemment évoqués, le préfet de la Gironde n'a pas entaché sa décision de refus de séjour d'une erreur manifeste d'appréciation, en particulier au regard des conditions d'entrée et de présence de Mme A sur le territoire français, l'intéressée ne démontrant pas plus devant le tribunal la date exacte de celle-ci ni ne justifiant d'une présence particulièrement importante en France.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de l'arrêté du 8 juillet 2024 doivent être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction de la requête et celle liées aux frais de l'instance.

D E C I D E:

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Katz, président,

M. Fernandez, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 décembre 2024.

Le président-rapporteur,

D. Katz L'assesseur le plus ancien,

D. Fernandez La greffière,

S. Fermin

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2404872

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