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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405095

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405095

mercredi 28 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405095
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l'exécution de la décision du 19 juillet 2024 par laquelle la rectrice de l'académie de Bordeaux a refusé d'autoriser l'instruction en famille de l'enfant A, au motif que la condition d'urgence n'était pas remplie. Les requérants, M. C D et Mme B F, soutenaient que la décision méconnaissait les dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et l'intérêt supérieur de l'enfant, mais le juge a estimé que l'urgence n'était pas caractérisée, les requérants n'établissant pas que le refus d'autorisation porterait une atteinte grave et immédiate à leur situation ou à celle de l'enfant avant la rentrée scolaire. La demande a donc été rejetée, y compris les conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 12 août 2024, M. C D et Mme B F, représentés par la selas Nausica avocats, demandent au juge des référés, statuant sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

1°) de suspendre l'exécution de la décision du 19 juillet 2024 rejetant leur recours administratif préalable obligatoire adressé le 9 juillet 2024 à la commission de l'académie de Bordeaux à l'encontre de la décision du 21 juin 2024 par laquelle le directeur des services de l'éducation nationale des Landes a refusé d'autoriser l'instruction en famille de leur fille A ;

2°) d'enjoindre à la rectrice de l'académie de Bordeaux de délivrer l'autorisation d'instruire en famille leur fille A sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation en raison de la situation propre de l'enfant ou, à défaut, de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'urgence est caractérisée dès lors qu'ils sont tenus, en application de la décision en litige, d'inscrire leur enfant dans un établissement scolaire avant la rentrée scolaire, que la décision met un terme à la progression de l'enfant ;

- il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige, qui est entachée d'erreur de droit dès lors qu'elle méconnaît les dispositions du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ces dispositions dès lors que les contrôles dont ils ont fait l'objet ont tous été positifs, que l'instruction délivrée est parfaitement adaptée à la situation, que leur fils est habitué à des supports et à un rythme qui lui conviennent, qu'il fait preuve d'une sensibilité émotionnelle accrue, qu'il a toujours été instruit au côté de son frère aîné, ce qui a participé à l'émulation réciproque des frères et une dynamique d'instruction ascensionnelle pour les deux enfants ; la décision méconnaît l'intérêt supérieur de l'enfant ; la commission était irrégulièrement composée.

Par un mémoire en défense enregistré le 23 août 2024, la rectrice de l'académie de Bordeaux conclut au rejet de la requête.

Elle soutient que :

- la condition d'urgence n'est pas remplie ;

- il n'existe pas de doute sérieux quant à la légalité de la décision en litige.

Vu :

- la requête enregistrée le sous le n° 2405097 par laquelle M. D et Mme F demandent l'annulation de la décision contestée ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'éducation ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Delvolvé, vice-président, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 26 août 2024, en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience :

- le rapport de M. Delvolvé,

- les observations de Me Fouret, représentant Mme F et M. D,

- et les observations de M. E, représentant la rectrice de l'académie de Bordeaux.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision () ".

2. Mme F et M. D ont adressé à l'inspecteur académique, directeur des services de l'éducation nationale des Landes une demande d'autorisation d'instruction en famille au titre de l'année scolaire 2024-2025, pour leur fille A, âgée de 5 ans, sur le fondement du 4° de l'article L. 131-5 du code de l'éducation. Par une décision du 20 juin 2024, le directeur a opposé un refus à cette demande. Par une décision du 19 juillet 2024, la rectrice de l'académie de Bordeaux a rejeté le recours administratif préalable obligatoire formé le 9 juillet 2024 contre la décision du 20 juin 2024. Mme F et M. D demandent la suspension de l'exécution de la décision précitée du 19 juillet 2024.

3. Aux termes de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation : " Toute décision de refus d'autorisation d'instruction dans la famille peut être contestée dans un délai de quinze jours à compter de sa notification écrite par les personnes responsables de l'enfant auprès d'une commission présidée par le recteur d'académie. "

4. Aux termes de l'article R. 312-1 du code de justice administrative : " Lorsqu'il n'en est pas disposé autrement par les dispositions de la section 2 du présent chapitre ou par un texte spécial, le tribunal administratif territorialement compétent est celui dans le ressort duquel a légalement son siège l'autorité qui, soit en vertu de son pouvoir propre, soit par délégation, a pris la décision attaquée. Lorsque l'acte a été signé par plusieurs autorités, le tribunal administratif compétent est celui dans le ressort duquel a son siège la première des autorités dénommées dans cet acte. / Sous les mêmes réserves en cas de recours préalable à celui qui a été introduit devant le tribunal administratif, la décision à retenir pour déterminer la compétence territoriale est celle qui a fait l'objet du recours administratif ou du pourvoi devant une juridiction incompétente. " La circonstance que le recours préalable prévu par ces dispositions soit obligatoire ou facultatif demeure sans incidence sur l'application du second alinéa de l'article R. 312-1 du code de justice administrative.

5. Il s'ensuit qu'en vertu des dispositions citées au point 4, en cas de recours administratif préalable devant la commission prévue par les dispositions de l'article D. 131-11-10 du code de l'éducation, la décision à retenir pour déterminer la compétence territoriale du tribunal est celle qui a fait l'objet du recours administratif, soit en l'espèce, la décision du directeur des services de l'éducation nationale des Landes du 20 juin 2024. Cette autorité ayant son siège dans le département des Landes, seul le tribunal administratif de Pau peut connaître de la légalité de la décision du 19 juillet 2024. Dans ces conditions, la présente requête ne peut qu'être rejetée.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête de M. D et Mme F est rejetée.

Article 2 : La présente ordonnance sera notifiée à M. C D, à Mme B F et à la ministre de l'éducation nationale et de la Jeunesse.

Copie sera transmise à la rectrice de l'académie de Bordeaux.

Fait à Bordeaux, le 28 août 2024.

Le juge des référés,

Ph. Delvolvé La greffière,

C. Gioffré

La République mande et ordonne à la ministre de l'éducation nationale et de la jeunesse en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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