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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405098

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405098

lundi 23 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405098
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantLAGARDE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés respectivement le 12 août 2024 et le 19 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Lagarde, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler la décision du 7 août 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a refusé le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

3°) d'enjoindre à l'OFII de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'une semaine à compter de la décision à intervenir ;

4°) de mettre à la charge de l'OFII une somme de 1 200 euros à verser à son conseil, sous réserve que celui-ci renonce à la part contributive de l'Etat, en application des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991.

Mme A soutient que sa requête est recevable et que :

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation ;

- la décision méconnaît les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense enregistré le 19 septembre 2024, l'OFII conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens soulevés par la requérante n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Bilate, premier conseiller, pour statuer sur les recours présentés sur le fondement de l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Bilate,

- et les observations de Me Lagarde, représentant de Mme A, qui conclut aux mêmes fins par les mêmes moyens et précise que l'OFII a également entaché sa décision d'un défaut d'examen sérieux.

L'OFII n'étant ni présent, ni représenté.

La clôture de l'instruction a été prononcée à la suite de ces observations.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante vénézuélienne née en 2001 est entrée en France en 2022 de façon régulière. Elle demande l'annulation de la décision du 7 août 2024 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a refusé de lui octroyer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, au motif qu'elle n'a pas sollicité l'asile dans un délai de 90 jours après son entrée sur le territoire français.

Sur le bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 : " Dans les cas d'urgence sous réserve de l'appréciation des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée () par la juridiction compétente ou son président ". Eu égard à l'urgence qui s'attache à ce qu'il soit statué sur la requête de Mme A, il y a de prononcer son admission provisoire à l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

3. En premier lieu, aux termes de l'article D. 551-17 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La décision de refus des conditions matérielles d'accueil prise en application de l'article L. 551-15 est écrite et motivée. Elle prend en compte la situation particulière et la vulnérabilité de la personne concernée. () ".

4. La décision vise les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont elle fait application, et indique que l'intéressée ne peut se voir accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil au motif qu'elle a présenté une demande d'asile plus de 90 jours après son entrée sur le territoire. Ainsi, la décision comporte les considérations de fait et de droit qui en constituent le fondement. Elle est, par suite, suffisamment motivée.

5. En deuxième lieu, il ressort des pièces du dossier, notamment de la fiche d'entretien de vulnérabilité réalisé le 7 août 2024, que la requérante a précisé à l'OFII qu'elle était hébergée de manière stable dans sa famille d'accueil, qu'elle n'était pas enceinte, ni atteinte d'un handicap, pas plus qu'elle ne souffrait d'un problème de santé. Par suite, la décision contestée n'est pas entachée d'un défaut d'examen sérieux de la situation de la requérante.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile: " Les conditions matérielles d'accueil sont refusées, totalement ou partiellement, au demandeur, dans le respect de l'article 20 de la directive 2013/33/ UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, dans les cas suivants : () 4° Il n'a pas sollicité l'asile, sans motif légitime, dans le délai prévu au 3° de l'article L. 531-27. ". Selon l'article L. 531-27 du même code : " L'Office français de protection des réfugiés et apatrides statue en procédure accélérée à la demande de l'autorité administrative chargée de l'enregistrement de la demande d'asile dans les cas suivants : () 3° Sans motif légitime, le demandeur qui est entré irrégulièrement en France ou s'y est maintenu irrégulièrement n'a pas présenté sa demande d'asile dans le délai de quatre-vingt-dix jours à compter de son entrée en France ; () ".

7. Pour refuser à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, l'OFII a estimé que la date d'entrée en France de la requérante qui devait être retenue était le 30 août 2022. Mme A ne conteste pas la date de son entrée sur le territoire, mais justifie la tardiveté de sa demande par les élections survenues le 28 juillet 2024 dans son pays d'origine, dont les résultats seraient de nature selon elle à lui valoir des persécutions en cas de retour au Vénézuéla. Or, d'une part, la décision contestée n'a pas pour effet ni pour objet d'obliger Mme A à quitter le territoire. D'autre part, à la supposer établie, cette circonstance n'est pas de nature à constituer un motif légitime au sens du 4° de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour déroger au délai de 90 jours institué par l'article L. 531-27 du même code. Par suite, c'est sans méconnaître les dispositions de l'article L. 551-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, ni erreur manifeste d'appréciation que l'OFII a pu refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à Mme A. Pour ces mêmes motifs, la décision litigieuse n'est pas d'avantage constitutive d'une atteinte à son droit d'asile.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions aux fins d'annulation de la décision en litige doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction celles relatives aux frais liés à l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Mme A est admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : Le surplus de la requête de Mme A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme B, à Me Lagarde et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 septembre 2024

Le magistrat désigné,

X. BILATE

La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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