lundi 9 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2405278 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Formation | Eloignement 72 heures |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 22 août 2024, M. C B, représenté par Me Astié, demande au tribunal :
1°) de l'admettre provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;
2°) d'annuler l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- la compétence du signataire de l'arrêté litigieux n'est pas établie ;
- l'arrêté contesté est insuffisamment motivé dès lors que, d'une part, il ne fait pas état des éléments de fait propres à sa situation et que, d'autre part, il ne vise pas précisément l'un des cas limitativement énumérés prévus par cet article ;
- l'arrêté en litige méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- l'arrêté attaqué méconnaît les articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'a pas reçu, lors de la notification de cet arrêté, les informations prévues par ces articles ;
- l'arrêté litigieux méconnaît l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dès lors qu'il n'existe pas de perspective raisonnable d'éloignement, un laissez-passer consulaire devant être obtenu.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- l'ordonnance n° 2020-1733 du 16 décembre 2020 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme Jaouën, première conseillère, en application de l'article L. 614-9 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article R. 776-15 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus, au cours de l'audience publique, le rapport de Mme Jaouën et les observations orales de Me Kecha, représentant M. B, le préfet de la Gironde n'étant ni présent ni représenté.
La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 30 décembre 2023, le préfet de la Gironde a obligé M. B, né le 19 mai 1991, de nationalité algérienne, à quitter le territoire français. Par un arrêté du 19 août 2024, dont M. B demande l'annulation, ce préfet a assigné M. B à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :
2. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée par la juridiction compétente ou son président ".
3. En raison de l'urgence, il y a lieu de prononcer, en application des dispositions précitées, l'admission provisoire de M. B au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
4. Aux termes de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut assigner à résidence l'étranger qui ne peut quitter immédiatement le territoire français mais dont l'éloignement demeure une perspective raisonnable, dans les cas suivants : / 1° L'étranger fait l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français, prise moins d'un an auparavant, pour laquelle le délai de départ volontaire est expiré ou n'a pas été accordé ; (). ". L'article L. 732-1 du même code dispose que : " Les décisions d'assignation à résidence () sont motivées. ".
5. En premier lieu, par un arrêté du 27 juin 2024, le préfet de la Gironde a consenti à M. A D, directeur de l'immigration à la préfecture de la Gironde, qui a signé l'arrêté litigieux, une délégation à l'effet de signer toutes décisions prises en application du livre VII du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, au nombre desquelles figurent les décisions d'assignation à résidence. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté litigieux manque en fait et doit être écarté.
6. En deuxième lieu, d'une part, il ressort des termes de l'arrêté litigieux qu'il vise notamment l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'obligation de quitter le territoire français prise à l'encontre de M. B le 30 décembre 2023, de sorte que l'intéressé a été mis en mesure d'identifier sur quel cas, parmi ceux énumérés dans cet article, le préfet a entendu se fonder pour assigner l'intéressé à résidence. D'autre part, le préfet a mentionné le lieu de résidence mentionné par M. B et fait état de ce qu'il ne pouvait justifier de la possession d'un document de voyage en cours de validité, de ce qu'il ne pouvait, dans l'immédiat, regagner son pays d'origine ou se rendre dans un autre pays et de ce qu'il convenait d'engager les démarches nécessaires pour l'obtention d'un laissez-passer, de sorte que l'exécution de la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet demeurait une perspective raisonnable. Ce faisant, le préfet a énoncé de manière suffisamment précise les considérations de fait sur lesquelles il s'est fondé pour prendre l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisante motivation de cet arrêté doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui ".
8. Si M. B fait valoir la présence en France de son père et de trois sœurs, de nationalité française, de sa mère, titulaire d'une carte de résident, ainsi que de son grand-père paternel et de ses tantes, de nationalité française, et se prévaut d'une promesse d'embauche, il ne précise pas en quoi son assignation à résidence au sein du domicile de son père, qui n'a pas pour objet ni pour effet, par elle-même, de l'éloigner du territoire français mais seulement de fixer une plage horaire pour sa présence à son domicile, de lui interdire de quitter le département de la Gironde et de l'obliger à pointer au commissariat une fois par semaine, ferait obstacle à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il s'ensuit que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 732-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Il est remis aux étrangers assignés à résidence en application de l'article L. 731-1 une information sur les modalités d'exercice de leurs droits, les obligations qui leur incombent et, le cas échéant, la possibilité de bénéficier d'une aide au retour. / Les modalités d'application du présent article sont fixées par décret en Conseil d'Etat ". Aux termes de l'article R. 732-5 du même code : " L'étranger auquel est notifiée une assignation à résidence en application de l'article L. 731-1, est informé de ses droits et obligations par la remise d'un formulaire à l'occasion de la notification de la décision par l'autorité administrative ou, au plus tard, lors de sa première présentation aux services de police ou aux unités de gendarmerie. / Ce formulaire, dont le modèle est fixé par arrêté du ministre chargé de l'immigration et du ministre de l'intérieur, rappelle les droits et obligations des étrangers assignés à résidence pour la préparation de leur départ. Il mentionne notamment les coordonnées des services territorialement compétents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration, le droit de l'étranger de communiquer avec son consulat et les coordonnées de ce dernier, ainsi que le droit de l'étranger d'informer l'autorité administrative de tout élément nouveau dans sa situation personnelle susceptible de modifier l'appréciation de sa situation administrative. Il rappelle les obligations résultant de l'obligation de quitter le territoire français et de l'assignation à résidence ainsi que les sanctions encourues par l'étranger en cas de manquement aux obligations de cette dernière. / Ce formulaire est traduit dans les langues les plus couramment utilisées désignées par l'arrêté mentionné au deuxième alinéa. / La notification s'effectue par la voie administrative ".
10. La circonstance que les informations prévues par les dispositions citées au point précédent n'auraient pas été délivrées à M. B relève des modalités de notification de l'arrêté portant assignation à résidence dont il fait l'objet et est sans incidence sur la légalité de cet arrêté. Par suite, l'intéressé ne peut utilement se prévaloir, à l'encontre de l'arrêté en litige, des dispositions des articles L. 732-7 et R. 732-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
11. En dernier lieu, en se bornant à soutenir qu'il ne possède pas de passeport et que son éloignement nécessite l'obtention d'un laissez-passer consulaire, le requérant n'établit pas que son éloignement ne demeurerait pas une perspective raisonnable. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 731-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
12. Il résulte de tout ce qui précède que M. B n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 19 août 2024 par lequel le préfet de la Gironde l'a assigné à résidence pour une durée de 45 jours.
Sur les frais liés au litige :
13. Dès lors que l'Etat n'est pas la partie perdante dans la présente instance, les conclusions présentées par M. B sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi susvisée du 10 juillet 1991 doivent être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : M. B est provisoirement admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : La requête de M. B est rejetée.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au préfet de la Gironde.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 septembre 2024.
La magistrate désignée,
S. JAOUËNLa greffière,
E. SOURIS
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2608798
03/08/2026
Tribunal Administratif de VERSAILLES — N° TA78-2606201
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