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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405367

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405367

mardi 10 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405367
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
FormationEloignement 72 heures
Avocat requérantLANNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 27 août et 9 septembre 2024, Mme C A, représentée par Me Lanne, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de la Gironde a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une attestation de demande d'asile et l'imprimé permettant d'introduire sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) ou, à titre subsidiaire, d'enjoindre à cette autorité de réexaminer sa situation, en tout cas dans un délai de 15 jours à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 500 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- il méconnaît le droit à l'information prévu à l'article 4 du règlement européen n° 604/2013 du 26 juin 2013 dès lors qu'il n'est pas justifié qu'elle a reçu l'ensemble des informations et brochures concernant la procédure ;

- il est entaché d'un défaut d'examen sérieux de sa situation ;

- il méconnaît l'article 13-1 du règlement européen n° 604/2013 du 26 juin 2013 en ce qu'elle n'est jamais passée par l'Espagne ;

- il méconnaît le 5° de l'article 5 de ce même règlement en ce que le compte rendu d'entretien ne comporte aucun élément d'identification de la personne l'ayant mené ;

- le préfet a commis une erreur manifeste d'appréciation en s'abstenant de faire application de la clause discrétionnaire prévue aux articles 17 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève du 28 juillet 1951 relative au statut des réfugiés ;

- le règlement (CE) n° 1560/2003 du 2 septembre 2003 ;

- le règlement (UE) n° 604/2013 du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;

- le règlement d'exécution (UE) n° 118/2014 du 30 janvier 2014 ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. B pour statuer sur les requêtes relevant de la procédure prévue à l'article L. 922-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. B,

- et les observations de Me Lanne, représentant Mme A, qui s'en remet à ses écritures et revient sur les incohérences dans les documents produits par la préfecture soulevées dans son mémoire en réplique et reproduit à l'audience l'attestation de domicile de la requérante, et de Mme A, qui précise être entrée en Italie le 9 mars 2023.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C A, ressortissante guinéenne née le 24 décembre 2005, est entrée en France, selon ses déclarations, le 25 décembre 2023. Elle demande l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2024 par lequel le préfet de la Gironde a ordonné son transfert aux autorités espagnoles, responsables de sa demande d'asile.

Sur l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

2. L'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique dispose que : " Dans les cas d'urgence, sous réserve de l'application des règles relatives aux commissions ou désignations d'office, l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président. () ". En raison de l'urgence, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article 13 du règlement (UE) n° 604/2013 du 26 juin 2013 : " 1. Lorsqu'il est établi, sur la base de preuves ou d'indices tels qu'ils figurent dans les deux listes mentionnées à l'article 22, paragraphe 3, du présent règlement, notamment des données visées au règlement (UE) n o 603/2013, que le demandeur a franchi irrégulièrement, par voie terrestre, maritime ou aérienne, la frontière d'un État membre dans lequel il est entré en venant d'un État tiers, cet État membre est responsable de l'examen de la demande de protection internationale. Cette responsabilité prend fin douze mois après la date du franchissement irrégulier de la frontière. ".

4. Pour estimer que la demande d'asile de Mme A relevait de la compétence des autorités espagnoles, le préfet s'est fondé sur le relevé d'empreintes décadactylaires réalisé le 4 janvier 2024 à la préfecture du Val-de-Marne, montrant que l'intéressée serait entrée via l'Espagne. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que le relevé d'empreintes produits concerne une ressortissante étrangère dont le numéro EURODAC est 9930811613 enregistrée par les autorités espagnoles sous le numéro ES21847071893 alors que le numéro EURODAC de Mme A est 9930812223. En outre, il ressort également des pièces du dossier que la signature des brochures d'information produites est très différente de celle de la requérante, qui apparaît notamment sur l'entretien individuel et l'attestation de demande d'asile. Par ailleurs, il ressort notamment des attestations de demandes d'asile produites que celle de Mme A a été enregistrée le 5 janvier 2024, alors que celle de l'autre demandeuse d'asile dont les empreintes ont été relevées en Espagne, a été enregistrée le 4 janvier 2024. Enfin, dans le compte rendu d'entretien individuelle la requérante a déclaré être entrée sur le territoire des Etats membres de l'Union européenne par l'Italie, ce qui est confirmé par la mention dans ce même entretien de l'existence d'une demande d'asile dans ce pays ainsi que par la production par l'intéressée, d'une déclaration de domicile dans cet Etat.

5. Par suite, en ordonnant le transfert de Mme A aux autorités espagnoles, le préfet a méconnu l'article 13 précité et n'a pas procédé à un examen sérieux et personnalisé de sa demande.

6. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens soulevés par la requérante, que Mme A est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 29 juillet 2024.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

7. L'annulation prononcée par le présent jugement implique seulement, que le préfet statue à nouveau sur le cas de Mme A. Il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu, en revanche, d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés au litige :

8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Lanne, avocat de Mme A, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat et sous réserve de l'admission définitive de sa cliente à l'aide juridictionnelle, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Lanne de la somme de 1 200 euros. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A par le bureau d'aide juridictionnelle, cette somme sera versée à la requérante.

DECIDE :

Article 1er : Mme A est admise provisoirement au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Article 2 : L'arrêté du préfet de la Gironde du 29 juillet 2024 est annulé.

Article 3 : Il est enjoint au préfet de la Gironde de statuer à nouveau sur la situation de Mme A dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement.

Article 4 : Sous réserve de l'admission définitive de Mme A à l'aide juridictionnelle et sous réserve que Me Lanne, son avocat, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de cette aide, l'Etat versera à Me Lanne une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme A, cette somme sera versée à cette dernière.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Lanne et au préfet de la Gironde.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 septembre 2024.

Le magistrat désigné,

D. B

La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui le concerne et à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Pour le greffier en chef,

Le greffier,

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