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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405497

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405497

mercredi 7 mai 2025

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405497
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTHIAM AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. F, ressortissant tunisien, qui contestait le refus de titre de séjour et l'obligation de quitter le territoire français pris par le préfet de la Gironde. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence et de défaut de motivation, jugeant que l'arrêté était signé par une autorité compétente et suffisamment motivé. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation, confirmant ainsi la légalité des décisions préfectorales. Les textes appliqués incluent le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, la convention européenne des droits de l'homme et l'accord franco-tunisien.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 septembre 2024 et un mémoire complémentaire enregistré le 11 octobre 2024, M. B F, représenté par Me Thiam, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 juin 2024 par lequel le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Gironde de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ou, à défaut, de réexaminer sa situation sous même condition de délai

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement de la somme de 1 200 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté litigieux est entaché d'un vice d'incompétence de l'auteur de l'acte ;

- cet arrêté est entaché d'un défaut de motivation ;

- le préfet n'a pas procédé à un examen réel et sérieux de sa situation ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté est entaché d'erreurs de fait en indiquant que l'intéressé " ne démontre aucunement l'intensité et la stabilité de ses liens privés, familiaux et sociaux en France " et qu' " il ne produit aucun document établissant son insertion durable dans la société française ;

- cet arrêté méconnaît les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cet arrêté est entaché d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle ;

- cet arrêté porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale tel que garanti par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire français doit être annulée en conséquence de l'annulation de la décision refusant un titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 30 septembre 2024, le préfet de la Gironde conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par le requérant ne sont pas fondés.

M. F a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 octobre 2024.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988 ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Cabanne ;

- les observations de Me Thiam pour M. F.

Considérant ce qui suit :

1. M. B F, ressortissant tunisien né le 27 mars 1981, déclare être entré régulièrement en France le 8 octobre 2017 en possession d'un visa long séjour dont la validité a expiré le 1er décembre 2017. L'intéressé a obtenu, le 20 octobre 2022, la délivrance d'un titre de séjour en qualité de " visiteur " valable jusqu'au 19 octobre 2023. Le 8 août 2023, il a sollicité le renouvellement de ce titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 426-20, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 27 juin 2024, le préfet de la Gironde a refusé de lui délivrer un titre de séjour et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours. M. F demande l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions aux fins d'annulation :

2. L'arrêté contesté a été signé par Mme E D cheffe du bureau de l'admission au séjour des étrangers à qui, par un arrêté du 29 mars 2024, régulièrement publié au recueil des actes administratifs n° 33-2024-080, librement accessible en ligne, le préfet de la Gironde a donné délégation à l'effet de signer, dans la limite de ses attributions, toutes décisions, documents et correspondances prises en application des livres II, IV, VI et VIII (partie législative et réglementaire) du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. L'arrêté litigieux mentionne les considérations de droit sur lesquelles il est fondé et, en particulier, les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile applicables aux faits de l'espèce, les articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et l'accord franco-tunisien du 17 mars 1988. Par ailleurs, l'arrêté attaqué, qui n'avait pas à indiquer de manière exhaustive l'ensemble des éléments relatifs à la situation de l'intéressé, mentionne également les éléments de fait caractérisant les conditions de séjour et sa situation personnelle et familiale, sur lesquels le préfet de la Gironde s'est fondé pour édicter l'arrêté en litige. En effet, outre le rappel du parcours administratif de l'intéressé, indiquant les titres de séjour qu'il a obtenus, l'arrêté fait également état de la circonstance selon laquelle son épouse, sa belle-fille et ses deux beaux-fils résident légalement en France. Il ressort également des termes de l'arrêté que le préfet a tenu compte de la situation familiale de M. F dans son pays d'origine en indiquant que ses parents y résident.

4. Il est constant que le requérant a sollicité son admission au séjour sur le fondement des articles L. 426-20, L. 423-23 et L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Si l'arrêté attaqué ne mentionne expressément que la demande de titre de séjour en qualité de visiteur, il ressort de la lecture de la décision attaquée que le préfet a bien examiné la situation de l'intéressé au titre de la vie privée et familiale et que l'absence de citation de ces articles résulte d'une simple erreur de plume. La mention que l'intéressé " n'entre dans aucun cas d'attribution d'un titre de séjour de plein droit " témoigne également de ce que le préfet a bien examiné le titre de séjour " vie privée et familiale ". Par suite, alors que les dispositions de l'article L. 435-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne s'applique pas à un ressortissant tunisien au titre du travail, le moyen tiré du défaut d'examen de ses demandes doit être écarté.

5. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance ; 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ". Aux termes de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger qui n'entre pas dans les catégories prévues aux articles L. 423-1, L. 423-7, L. 423-14, L. 423-15, L. 423-21 et L. 423-22 ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, et qui dispose de liens personnels et familiaux en France tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, se voit délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " d'une durée d'un an, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 412-1 () ".

6. M. F se prévaut de sa présence en France depuis 2017 et de son mariage célébré en Tunisie le 28 octobre 2015 avec Mme C, une ressortissante marocaine qui est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 23 septembre 2030. Toutefois, l'intéressé, qui se borne à produire des justificatifs de leur domicile portant deux noms sur la période comprise entre 2021 et 2022 puis entre mai 2024 et juillet 2024, ne produit aucune autre pièce de nature à justifier de l'intensité des liens qu'ils entretiennent. Si M. F allègue également s'occuper quotidiennement du fils handicapé de sa conjointe, et produit à ce titre la carte mobilité inclusion portant mention " invalidité " d'Allan C, il ne verse aux débats aucune pièce de nature à étayer ces allégations. Par ailleurs, l'intéressé se prévaut du contrat de travail par lequel il a été embauché par la société M. A 33 en qualité d'électricien pour la période comprise entre le 9 avril et le 14 mai 2023 en produisant les bulletins de salaire correspondants, et, de la création de son entreprise de bureaux d'études techniques inscrite au registre national des entreprises le 28 mai 2024. L'intéressé justifie également avoir suivi une formation auprès de l'organisme Compétences et métiers sur la période comprise entre le 14 mai 2024 et le 3 juin 2024. Toutefois, ces éléments ne suffisent pas à établir que M. F aurait fixé le centre de ses intérêts professionnels en France. Dans ces conditions, et alors qu'il ressort des pièces du dossier que l'intéressé ne justifie pas être isolé dans son pays d'origine où il a vécu jusqu'à l'âge de 36 ans et au sein duquel résident ses parents, l'arrêté litigieux ne méconnaît ni les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni celles de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ni n'est entachée d'erreurs de fait. Pour les mêmes motifs, l'arrêté attaqué n'est pas non plus entaché d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation personnelle.

7. Portant sur la délivrance des catégories de cartes de séjour temporaire prévues par les dispositions auxquelles il renvoie, l'article L. 435-1 n'institue pas une catégorie de titres de séjour distincte mais est relatif aux conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France soit au titre de la vie privée et familiale, soit au titre d'une activité salariée. Il fixe ainsi, notamment, les conditions dans lesquelles les étrangers peuvent être admis à séjourner en France au titre d'une activité salariée. Dès lors que l'article 3 de l'accord franco-tunisien prévoit la délivrance de titres de séjour au titre d'une activité salariée, un ressortissant tunisien souhaitant obtenir un titre de séjour au titre d'une telle activité ne peut utilement invoquer les dispositions de l'article L. 435-1 à l'appui d'une demande d'admission au séjour sur le territoire national, s'agissant d'un point déjà traité par l'accord franco-tunisien, au sens de l'article 11 de cet accord. Toutefois, si l'accord franco-tunisien ne prévoit pas, pour sa part, de semblables modalités d'admission exceptionnelle au séjour, il y a lieu d'observer que ses stipulations n'interdisent pas au préfet de délivrer un titre de séjour à un ressortissant tunisien qui ne remplit pas l'ensemble des conditions auxquelles est subordonnée sa délivrance de plein droit. Il appartient au préfet, dans l'exercice du pouvoir discrétionnaire dont il dispose sur ce point, d'apprécier, en fonction de l'ensemble des éléments de la situation personnelle de l'intéressé, l'opportunité d'une mesure de régularisation.

8. D'une part, l'intéressé se prévaut du contrat de travail par lequel il a été embauché par la société M. A 33 en qualité d'électricien pour la période comprise entre le 9 avril et le 14 mai 2023 en produisant les bulletins de salaire correspondants, et, de la création de son entreprise de bureaux d'études techniques qui a été inscrite au registre national des entreprises le 28 mai 2024. Toutefois, la durée de son activité salariée ne suffit pas à caractériser une circonstance exceptionnelle. Par suite, M. F n'est donc pas fondé à soutenir que le préfet a, en s'abstenant de régulariser sa situation dans le cadre de l'exercice de son pouvoir discrétionnaire, entaché son arrêté d'une erreur manifeste d'appréciation. D'autre part, il résulte de ce qui a été dit au point 5 que la situation familiale du requérant ne relève pas de considérations humanitaires justifiant une admission exceptionnelle au séjour. Dans ces conditions, le requérant ne peut être regardé comme faisant état de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels de nature à justifier la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de la vie privée et familiale.

9. En l'absence d'illégalité de la décision de refus de titre de séjour, le requérant n'est pas fondé à solliciter l'annulation de la mesure d'éloignement par voie de conséquence.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. F n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 27 juin 2024.

Sur les autres conclusions de la requête :

11. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation présentées par M. F, ses conclusions aux fins d'injonction doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. F est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F et au préfet de la Gironde.

Délibéré après l'audience du 9 avril 2025 où siégeaient :

Mme Cabanne, présidente,

M. Pinturault, premier conseiller,

M. Boutet-Hervez, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2025

La présidente-rapporteure,

C. CABANNE

L'assesseur le plus ancien,

M. PINTURAULT La greffière,

H. MALO

La République mande et ordonne au préfet de la Gironde, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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