lundi 23 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| Section | Tribunal Administratif de Bordeaux |
| N° Dossier | TA33-2405504 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Avocat requérant | CHADOURNE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 3 septembre 2024, le préfet de la Gironde demande au juge des référés :
1°) d'ordonner, sur le fondement des dispositions de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, l'expulsion, sous un délai de 8 jours, de M. et Mme E et de leur fils D, du logement qu'ils occupent de manière irrégulière, situé 4 rue Françoise Sagan, à Bordeaux, centre d'accueil des demandeurs d'asile (CADA) géré par le Centre communal d'action social (CCAS) de Bordeaux.
2°) d'autoriser le recours à la force publique pour procéder à l'évacuation forcée des lieux passé ce délai de 8 jours ;
3°) d'autoriser le préfet de la Gironde à donner toutes instructions utiles au CCAS de Bordeaux, gestionnaire du CADA afin de débarrasser les lieux des biens meubles s'y trouvant, aux frais et risques des occupants, à défaut pour eux de les avoir emportés ;
Le préfet de la Gironde soutient que :
-la demande relève de la compétence du juge administratif en vertu de l'article L. 552-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-les occupants ont été mis en demeure, le 23 juillet 2024, de quitter le logement sous 15 jours ; l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) leur avait appelé, le 29 mai 2024, l'obligation de quitter les lieux au plus tard le 30 juin 2024 ;
-la requête est donc recevable en vertu des articles L. 551-12 et R. 552-13 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
-la mesure demandée présente un caractère d'utilité et d'urgence dès lors que les capacités en centre d'accueil pour demandeurs d'asile (CADA) et hébergements d'urgence pour demandeurs d'asile (HUDA) de la Gironde sont saturées ; compte tenu du nombre de demandeurs d'asile et de personnes vulnérables concernées, le fonctionnement du dispositif exige de la fluidité ; le maintien d'occupants déboutés du droit d'asile compromet l'objectif d'égal accès aux usagers ;
-la mesure demandée ne se heurte à aucune contestation sérieuse, en application de l'article L. 552-15 du code précité, dès lors que les occupants ne disposent d'aucun droit à se maintenir dans le logement ;
-les occupants ont vu leur demande d'asile rejetée par l'Office français de protection des réfugiés et apatrides (OFPRA), rejet confirmé par la Cour nationale du droit d'asile (CNDA).
Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2024, Mme C E représentée par Me Chadourne :
- demande à être admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire ;
- conclut au rejet de la requête ;
- demande que soit mise à la charge de l'État la somme de 1 200 euros à verser à son conseil sur le fondement des dispositions combinées des articles L.761-1 du code de justice administrative et 37 alinéa 2 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, sous réserve pour son conseil de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle ou au requérant en cas de refus de l'aide juridictionnelle.
Elle fait valoir que :
- le signataire de la décision ne justifie pas de sa compétence ;
- l'urgence invoquée n'est pas démontrée et il existe une contestation sérieuse compte tenu de son état de santé fragile ;
- la mesure sollicitée porte atteinte à l'intérêt supérieur de son fils reconnu par la convention internationale de New-York.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Après avoir entendu, au cours de l'audience publique tenue le mercredi 18 septembre 2024 à 14h30, en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience :
- M. Vaquero, juge des référés, en son rapport ;
- Mme B, représentant le préfet de la Gironde, qui conclut aux mêmes fins et par les mêmes moyens que la requête mais qui ajoute toutefois que la mesure sollicitée ne peut concerner que Mme C E dans la mesure où la décision de sortie de l'OFII et la mise en demeure préfectorale, jointes à la présente requête, n'étaient adressées qu'à Mme E, et non à son époux, M. A E ; les fragilités psychologiques tenant à son parcours de vie et migratoire ont déjà été pris en compte par les instances de l'asile ;
- Me Chadourne, pour Mme E, qui maintient ses conclusions en défense ; elle prend acte de ce que la préfecture ne dirige sa demande d'expulsion qu'à l'encontre de Mme C E ; elle précise que le couple est accompagné de leur fils D mais aussi de leur fille ;
L'instruction a été close à l'issue de l'audience.
Considérant ce qui suit :
Sur la demande d'aide juridictionnelle à titre provisoire :
1. Aux termes de l'article 20 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Dans les cas d'urgence (), l'admission provisoire à l'aide juridictionnelle peut être prononcée soit par le président du bureau ou de la section compétente du bureau d'aide juridictionnelle, soit par la juridiction compétente ou son président ". Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'admettre, à titre provisoire, Mme C E au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-3 du code de justice administrative :
2. D'une part, aux termes de l'article L.541-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le demandeur d'asile dont l'examen de la demande relève de la compétence de la France et qui a introduit sa demande auprès de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides bénéficie du droit de se maintenir sur le territoire français. ". Aux termes de l'article L. 542-2 de ce code : " () Lorsqu'un recours contre la décision de rejet de l'office a été formé dans le délai prévu à l'article L. 532-1, le droit du demandeur de se maintenir sur le territoire français prend fin à la date de la lecture en audience publique de la décision de la Cour nationale du droit d'asile ou, s'il est statué par ordonnance, à la date de la signature de celle-ci. Dans le cas où il est statué par ordonnance, l'autorité administrative ne peut engager l'exécution de la décision portant obligation de quitter le territoire français du demandeur d'asile dont le droit au maintien a pris fin qu'à compter de la date de notification de l'ordonnance. ". L'article L. 552-2 de ce code dispose que : " Les lieux d'hébergement mentionnés à l'article L. 552-1 accueillent les demandeurs d'asile pendant la durée d'instruction de leur demande d'asile (). Et son article L. 552-14 que : " Les décisions de sortie d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sont prises par l'Office français de l'immigration et de l'intégration, après consultation du directeur du lieu d'hébergement, sur la base du schéma national d'accueil des demandeurs d'asile et, le cas échéant, du schéma régional prévus à l'article L. 551-2 et en tenant compte de la situation du demandeur ". Enfin, aux termes de l'article L. 552-15 du même code : " Lorsqu'il est mis fin à l'hébergement dans les conditions prévues aux articles L. 551-11 à L. 551-14, l'autorité administrative compétente ou le gestionnaire du lieu d'hébergement peut demander en justice, après mise en demeure restée infructueuse, qu'il soit enjoint à cet occupant sans titre d'évacuer ce lieu ()".
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 521-3 du code de justice administrative : " En cas d'urgence et sur simple requête qui sera recevable même en l'absence de décision administrative préalable, le juge des référés peut ordonner toutes autres mesures utiles sans faire obstacle à l'exécution d'aucune décision administrative ". Il résulte de ces dispositions que, saisi par le préfet d'une demande tendant à ce que soit ordonnée l'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile d'un demandeur d'asile dont la demande a été définitivement rejetée, le juge des référés du tribunal administratif y fait droit dès lors que la demande d'expulsion ne se heurte à aucune contestation sérieuse et que la libération des lieux présente un caractère d'urgence.
4. Il résulte de l'instruction que M. A E, né le 10 octobre 1983, et son épouse, Mme C E, née le 29 décembre 1995, tous deux de nationalité turque, ont sollicité l'asile en France. Ils ont été accueillis en CADA avec leur fils D, né le 26 juillet 2010, le temps de l'instruction de leur demande. Par décisions respectives du 26 août 2022 et du 18 décembre 2023, l'OFPRA a rejeté la demande d'asile de M. et Mme E. Ces décisions ont été confirmées par la CNDA le 1er novembre 2022 et le 27 mai 2024. Par lettre de sortie du 29 mai 2024, l'OFII a demandé à Mme E de quitter les lieux dès le 30 juin 2024. Par courrier du 23 juillet 2024, notifié le 7 août 2024, le préfet de la Gironde l'a mise en demeure de libérer le logement occupé.
En ce qui concerne M. A E :
5. Il résulte de l'instruction, comme cela a été précisé à l'audience, que seule Mme C E a fait l'objet de la décision de sortie de l'OFII le 29 mai 2024 et de la mise en demeure préfectorale de quitter les lieux du 23 juillet 2024. Dès lors, eu égard aux déclarations de la représentante de la préfecture à l'audience, le préfet de la Gironde doit être regardé comme se désistant de ses conclusions en ce qui concerne M. A E. Rien ne s'oppose à ce qu'il soit donné acte de ce désistement partiel.
En ce qui concerne Mme C E :
6. Si la mesure d'expulsion d'un lieu d'hébergement pour demandeurs d'asile sollicitée par le préfet, n'a pas en principe pour effet, par elle-même, de séparer la famille, il résulte de l'instruction qu'en l'espèce, comme il a été dit précédemment, seule Mme C E peut faire l'objet, dans la présente instance, d'une injonction de quitter les lieux. Il apparaît également que l'unité familiale est constituée de deux enfants, notamment leur fils D qui est orienté vers un suivi psychiatrique. Dans ces conditions, la mesure sollicitée aurait pour effet de séparer les enfants de l'un de leurs parents, quand bien même M. A E a vocation à quitter à terme lui aussi le logement occupé. Par suite, la mesure sollicitée est de nature à porter atteinte à l'intérêt supérieur des enfants protégé par les stipulations de l'article 3-1 de la convention de New York.
7. Il résulte de ce qui précède que la mesure sollicitée se heurte à une contestation sérieuse qui fait obstacle à ce qu'il soit fait droit à la demande du préfet s'agissant de Mme C E.
Sur les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
8. Mme C E ayant été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle à titre provisoire par la présente ordonnance, son conseil, Me Chadourne, peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Par suite et dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 800 euros à Me Chadourne au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, ce versement entraînant renonciation de cette dernière à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.
O R D O N N E :
Article 1er : Mme C E est admise à titre provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.
Article 2 : Il est donné acte du désistement du préfet de la Gironde de ses conclusions à fin d'injonction en tant qu'elles concernent M. A E.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : L'Etat versera à Me Chadourne, sous réserve pour cette dernière de renoncer à percevoir la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle, une somme de 800 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'alinéa 2 de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991. Dans le cas où l'aide juridictionnelle ne serait pas accordée à Mme C E par le bureau d'aide juridictionnelle, la somme de 800 euros lui sera versée directement.
Article 5 : La présente ordonnance sera notifiée au préfet de la Gironde, à Mme C E, M. A E, et à Me Chadourne.
Fait à Bordeaux, le 23 septembre 2024.
Le juge des référés, La greffière,
M. F
La République mande et ordonne au préfet de la Gironde en ce qui la concerne et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent arrêt.
Pour expédition conforme,
La greffière,
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026