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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405595

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405595

jeudi 26 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405595
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Avocat requérantBONIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

Par une requête enregistrée le 9 septembre 2024 sous le n° 2405595, M. A C, représenté par Me Rousseau, demande au juge des référés :

1°) d'ordonner, sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de la décision de préemption de la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir du 25 juillet 2024 portant sur la parcelle AK 584, sur la commune de Terrasson-Lavilledieu (24) ;

2°) d'assortir la suspension de l'interdiction de la vente du bien au bénéfice de la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir ;

3°) de mettre à la charge de la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

-la condition d'urgence est satisfaite compte tenu de la présomption existante en faveur de l'acquéreur évincé et en l'absence de projet défini de la communauté de communes ;

-il existe un doute sérieux quant à la légalité de la décision :

-la communauté de communes doit justifier de sa compétence pour exercer le droit de préemption urbain ;

-la communauté de communes doit justifier de l'existence de l'avis du service des Domaines ;

-elle méconnaît les dispositions de l'article L. 213-2 du code de l'urbanisme faute de justifier de la notification de la décision au propriétaire du bien dans le délai de deux mois suivant la réception de la déclaration d'intention d'aliéner ;

-la communauté de communes doit justifier de la réalité d'un projet d'action ou d'une opération au sens des articles L. 210-1 et L. 300-1 du code de l'urbanisme ; en l'espèce, la motivation est bien trop générale.

Par un mémoire en défense et des pièces complémentaires, enregistrés respectivement les 24 et 25 septembre 2024, la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir, représentée par Me Bonis, conclut :

-au rejet de la requête, en toutes ses conclusions ;

-à ce que soit mise à la charge de M. C une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

-la parcelle AK 584 est localisée en zone d'activités d'intérêt communautaire et soumise au droit de préemption urbain ;

-M. C n'avait pas intérêt pour agir à la date de l'introduction de la requête en référé suspension le 9 septembre 2024; à la date du 25 juillet 2024, le vendeur a repris sa pleine et entière liberté conformément aux clauses du compromis de vente ;

-les conclusions subsidiaires tendant à l'interdiction de la vente du bien au bénéfice de la communauté de Communes Terrassonnais Haut Périgord Noir sont irrecevables ;

-la présomption d'urgence doit être renversée compte tenu des circonstances particulières de l'espèce : la parcelle appartenait à la communauté de communes jusqu'en 2019 ; elle vise à assurer la diversification du tissu économique et lutter contre les actions spéculatives ; la parcelle est inscrite en zone Uy du PLU et M. C ne justifie d'aucun projet qui serait imminent et autorisé par le PLU ; la communauté de communes prévoit de diviser la parcelle en deux lots afin de favoriser l'implantation d'entreprises locales qui sont en attente ;

-aucun des moyens invoqués n'est de nature à faire naître un doute sur la légalité de la décision de préemption : le président de la communauté de communes avait compétence en vertu des délibérations du 23 juin 2017 et du 9 juillet 2020 ; l'avis du service des Domaines n'est pas communicable mais a bien été recueilli le 8 juillet 2024 ; la décision a bien été notifiée au vendeur et au notaire ; la motivation de la décision est conforme aux exigences de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme ; la communauté de communes justifie de la réalité d'un projet d'aménagement conforme aux dispositions de l'article L. 300-1 de ce code.

Par un mémoire, enregistré le 24 septembre 2024, M. B, pour la SCI B, demande le " déblocage rapide de la situation " ;

Il fait valoir que la décision de préemption et le recours de M. C bloquent son projet de cession et le placent dans l'obligation de rembourser son prêt avec intérêts mensuels depuis août 2024.

Vu :

- les autres pièces des dossiers ;

- la requête n° 2405594 enregistrée le 9 septembre 2024 par laquelle M. C demande l'annulation de la décision contestée ;

Vu :

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Vaquero, premier conseiller, pour statuer sur les demandes de référé.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du mercredi 25 septembre 2024, à 10h00, en présence de Mme Gioffré, greffière d'audience :

- le rapport de M. Vaquero, juge des référés,

- les observations de Me Bertin, substituant Me Rousseau, représentant M. C, qui confirme ses écritures, et ajoute qu'aucune des fins de non-recevoir opposées n'est fondée : la condition suspensive de l'acte authentique prend en compte les éventuels contentieux ; le juge des référés peut faire droit aux conclusions présentées à titre subsidiaire tendant à interdire la vente ; les justifications apportées par la communauté de communes quant à la réalité du projet sont insuffisantes ;

- et les observations de Me Bonis, représentant la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir, qui confirme ses écritures et fait valoir en outre qu'elle n'a pas été en mesure de produire la copie de certains actes, notamment délibérations, qu'elle invoque, tout en en précisant leurs dates et références, compte tenu d'une inaccessibilité pendant quelques jours du site web de la communauté de communes ; la communauté de communes a cherché au préalable à acquérir la parcelle à l'amiable, mais le prix proposé par la SCI B était excessif ; le président de la collectivité lui a confirmé oralement juste avant l'audience que parmi les trois projets d'implantation d'entreprises locales sur la parcelle litigieuse figurent notamment une station de lavage et une entreprise de plaquistes ; l'établissement public foncier Nouvelle Aquitaine a intégré le projet d'aménagement de la parcelle AK 584 dans son avenant à la convention qui le lie avec la communauté de communes ; un projet de division de cette parcelle, en plusieurs lots, est à l'étude en vue de l'installation de ces entreprises locales ;

La clôture de l'instruction a été prononcée, à l'issue de l'audience.

Une pièce complémentaire a été enregistrée, le 25 septembre 2024, pour la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Par un acte sous sous-seing privé signé le 24 mai 2024, la SCI B a concédé à M. C une promesse de vente pour une parcelle cadastrée AK 584, située lieu-dit " Les Fauries Hautes " et constituant le lot n°7 du lotissement du Coutal à Terrasson-Lavilledieu (24). La déclaration d'intention d'aliéner correspondante a été reçue au siège de la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir le 4 juin 2024. Par une décision en date du 25 juillet 2024, le président de la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir a exercé le droit de préemption urbain sur ce bien. M. C demande au juge des référés, saisi sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, la suspension de l'exécution de cette décision.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 521-1 du code de justice administrative :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 521-1 du code de justice administrative : " Quand une décision administrative, même de rejet, fait l'objet d'une requête en annulation ou en réformation, le juge des référés, saisi d'une demande en ce sens, peut ordonner la suspension de l'exécution de cette décision, ou de certains de ses effets, lorsque l'urgence le justifie et qu'il est fait état d'un moyen propre à créer, en l'état de l'instruction, un doute sérieux quant à la légalité de la décision. () " et aux termes de l'article L. 522-1 de ce code : " Le juge des référés statue au terme d'une procédure contradictoire écrite ou orale. Lorsqu'il lui est demandé de prononcer les mesures visées aux articles L. 521-1 et L. 521-2, de les modifier ou d'y mettre fin, il informe sans délai les parties de la date et de l'heure de l'audience publique. () ". Enfin aux termes du premier alinéa de l'article R. 522-1 du même code : " La requête visant au prononcé de mesures d'urgence doit () justifier de l'urgence de l'affaire ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 210-1 du code de l'urbanisme : " Les droits de préemption institués par le présent titre sont exercés en vue de la réalisation, dans l'intérêt général, des actions ou opérations répondant aux objets définis à l'article L. 300-1, à l'exception de ceux visant à sauvegarder ou à mettre en valeur les espaces naturels, à préserver la qualité de la ressource en eau et à permettre l'adaptation des territoires au recul du trait de côte, ou pour constituer des réserves foncières en vue de permettre la réalisation desdites actions ou opérations d'aménagement. () Toute décision de préemption doit mentionner l'objet pour lequel ce droit est exercé. Toutefois, lorsque le droit de préemption est exercé à des fins de réserves foncières dans le cadre d'une zone d'aménagement différé, la décision peut se référer aux motivations générales mentionnées dans l'acte créant la zone. (). ". Suivant l'article L. 300-1 de ce même code : "Les actions ou opérations d'aménagement ont pour objets de mettre en œuvre un projet urbain, une politique locale de l'habitat, d'organiser la mutation, le maintien, l'extension ou l'accueil des activités économiques, de favoriser le développement des loisirs et du tourisme, de réaliser des équipements collectifs ou des locaux de recherche ou d'enseignement supérieur, de lutter contre l'insalubrité et l'habitat indigne ou dangereux, de permettre le recyclage foncier ou le renouvellement urbain, de sauvegarder, de restaurer ou de mettre en valeur le patrimoine bâti ou non bâti et les espaces naturels, de renaturer ou de désartificialiser des sols, notamment en recherchant l'optimisation de l'utilisation des espaces urbanisés et à urbaniser. /L'aménagement, au sens du présent livre, désigne l'ensemble des actes des collectivités locales ou des établissements publics de coopération intercommunale qui visent, dans le cadre de leurs compétences, d'une part, à conduire ou à autoriser des actions ou des opérations définies dans l'alinéa précédent et, d'autre part, à assurer l'harmonisation de ces actions ou de ces opérations. ".

4. En l'état de l'instruction, et compte tenu de l'ensemble des écritures et pièces produites et des échanges à l'audience, aucun des moyens invoqués par M. C, tels qu'analysés ci-dessus dans les visas, n'est de nature à faire naître un doute sérieux sur la légalité des décisions contestées.

5. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la condition d'urgence, ni d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, les conclusions de M. C, présentées aux fins de suspension de l'exécution des la décision de la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir en date du 4 juin 2024 portant exercice du droit de préemption urbain sur la parcelle cadastrée AK 584, doivent être rejetées. Doivent également, par voie de conséquence, être rejetées les conclusions subsidiaires de la requête tendant à l'interdiction de la vente du bien.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M. C au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. C, la somme de 1 200 euros, demandée par la communauté de communes sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

O R D O N N E :

Article 1er : La requête n°2405595 de M. C est rejetée.

Article 2 : M. C versera à la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir une somme de 1 200 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : La présente ordonnance sera notifiée à M. A C, à la communauté de communes Terrassonnais Haut Périgord Noir et à la SCI B.

Fait à Bordeaux, le 26 septembre 2024.

Le juge des référés,

M. Vaquero

La greffière,

C. Gioffré

La République mande et ordonne au préfet de la Dordogne, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente ordonnance.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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