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AccueilJurisprudence administrativeN° TA33-2405637

Tribunal Administratif de Bordeaux — Décision N° TA33-2405637

mercredi 25 septembre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Bordeaux
SectionTribunal Administratif de Bordeaux
N° DossierTA33-2405637
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
FormationChambre des référés
Avocat requérantACTIS AVOCATS

Résumé IA

Le Tribunal administratif de Bordeaux a rejeté la requête de M. B Imam, de nationalité marocaine, qui contestait un arrêté du préfet de police de Paris du 26 novembre 2023 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai. Le tribunal a écarté les moyens d'incompétence de l'auteur de l'acte, de défaut de motivation et d'erreur de fait, en se fondant notamment sur les articles L. 612-1 et suivants du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. La solution retenue est le rejet de la demande d'annulation et des conclusions accessoires.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance de renvoi du 28 août 2024, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Bordeaux, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, le dossier de la requête de M. B Imam.

Par cette requête enregistrée le 28 novembre 2023 au greffe du tribunal administratif de Paris, M. B Imam, représenté par Me Baldé demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté daté du 26 novembre 2023 par lequel le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire français, lui a refusé l'octroi d'un délai de départ volontaire, a fixé le pays à destination duquel il pourra être éloigné ;

2°) d'enjoindre au préfet de police ou au préfet de la Gironde de procéder au réexamen de la situation administrative du requérant dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement à son conseil de la somme de 1200 euros au conseil de l'intéressé au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administratif.

Il soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- il est entaché d'un défaut de motivation ;

- la décision de refus de délai de départ volontaire est entachée d'une erreur de fait ;

- la décision d'obligation de quitter le territoire est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur de fait.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2024, le préfet de police de Paris, représenté par Me Termeau, conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. Imam ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique.

La clôture de l'instruction a été prononcée à l'issue de l'audience.

Considérant ce qui suit :

1. M. B Imam, né le 23 décembre 1989 de nationalité marocaine, a été contrôlé par les autorités françaises le 15 novembre 2023 à l'aéroport de Roissy. Dépourvu de document de voyage valable, il a fait l'objet d'une décision de refus d'entrée et a été placé en zone d'attente. Sa demande d'asile a été rejetée par une décision de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides (OFPRA) du 17 novembre 2023. Par une ordonnance du 19 novembre 2023, le juge des libertés et de la détention a prolongé son maintien en zone de rétention pour une durée de 8 jours. Par un arrêté du 26 novembre 2023, le préfet de police de Paris l'a obligé à quitter le territoire sans délai et a fixé le pays de destination. M. Imam demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté n° 2023-01047 du 11 septembre 2023, régulièrement publié au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture de Paris du même jour, le préfet de police a donné délégation à Mme A, signataire de l'arrêté attaqué et adjointe au chef de la division des reconduites à la frontière, pour signer les décisions dans la limite de ses attributions, dont relève la police des étrangers, en cas d'absence ou d'empêchement d'autorités dont il ne ressort pas des pièces du dossier qu'elles n'ont pas été absentes ou empêchées lors de la signature de l'acte attaqué. Par suite, et sans qu'il soit besoin que le préfet produise un justificatif de cette délégation, le moyen tiré de ce que la décision attaquée aurait été signée par une autorité incompétente doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les considérations de droit sur lesquelles il est fondé et, en particulier, les dispositions applicables du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations des articles 3 et 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Il expose également de façon suffisante les circonstances de fait propres à la situation personnelle du requérant l'ayant conduit à édicter la mesure d'éloignement, et notamment les conditions de son entrée en France et qu'il existe un risque qu'il se soustraie à l'obligation de quitter le territoire. La seule absence de la date de signature de l'accord franco-marocain n'entache pas la décision d'un défaut de motivation alors que les circonstances de droit et de fait sont suffisamment développées pour avoir mis utilement l'intéressé en mesure de comprendre et de discuter les motifs de cette décision Ainsi, le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 612-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'étranger faisant l'objet d'une décision portant obligation de quitter le territoire français dispose d'un délai de départ volontaire de trente jours à compter de la notification de cette décision. () . ". Aux termes de l'article L. 612-2 du même code : " Par dérogation à l'article L. 612-1, l'autorité administrative peut refuser d'accorder un délai de départ volontaire dans les cas suivants : () 3° Il existe un risque que l'étranger se soustraie à la décision portant obligation de quitter le territoire français dont il fait l'objet. ". Aux termes de l'article L. 612-3 du même code : " Le risque mentionné au 3° de l'article L. 612-2 peut être regardé comme établi, sauf circonstance particulière, dans les cas suivants : / () 8° L'étranger ne présente pas de garanties de représentation suffisantes, notamment parce qu'il ne peut présenter des documents d'identité ou de voyage en cours de validité, qu'il a refusé de communiquer les renseignements permettant d'établir son identité ou sa situation au regard du droit de circulation et de séjour ou a communiqué des renseignements inexacts, qu'il a refusé de se soumettre aux opérations de relevé d'empreintes digitales ou de prise de photographie prévues au 3° de l'article L. 142-1, qu'il ne justifie pas d'une résidence effective et permanente dans un local affecté à son habitation principale ou qu'il s'est précédemment soustrait aux obligations prévues aux articles L. 721-6 à L. 721-8, L. 731-1, L. 731-3, L. 733-1 à L. 733-4, L. 733-6, L. 743-13 à L. 743-15 et L. 751-5. ".

5. M. Imam soutient que la décision de refus de délai de départ volontaire pour exécuter la décision d'obligation de quitter le territoire est entaché d'une erreur de fait dès lors qu'il n'aurait pas explicitement déclaré son intention de ne pas se conformer à la décision d'obligation de quitter le territoire. Toutefois, la décision litigieuse est motivée par la circonstance qu'il ne présente pas les garanties de représentation suffisantes dans la mesure où il ne peut présenter de documents d'identité en cours de validité et qu'il n'a pas de logement permanent en France. Ainsi, le moyen tiré de l'erreur de fait doit être écarté.

6. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " L'autorité administrative peut obliger un étranger à quitter le territoire français lorsqu'il se trouve dans les cas suivants : 1° L'étranger, ne pouvant justifier être entré régulièrement sur le territoire français, s'y est maintenu sans être titulaire d'un titre de séjour en cours de validité ; () "

7. M. Imam soutient que la décision d'obligation de quitter le territoire est fondée sur la circonstance qu'il est dépourvu de document de voyage, ce qui constitue une erreur de faits dans la mesure où il produit à l'instance une copie de son passeport marocain. Toutefois, il ressort du procès-verbal de garde à vue du 26 novembre 2023 que celui-ci a confirmé avoir été placé en zone d'attente car il n'était pas détenteur de documents de voyages valables et que, s'il a voyagé avec un passeport marocain, il l'avait déchiré et qu'il ne détenait aucun document sous couvert duquel il était autorisé à séjourné en France. Ainsi, M. Imam entre dans le cas visé au 1° de l'article L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile où le préfet peut prononcer une obligation de quitter le territoire français. Par ailleurs, si M. Imam soutient que c'est à tort que le préfet de police de Paris a indiqué dans l'arrêté litigieux que son placement en zone d'attente faisait obstacle à la mise en œuvre de la procédure de réacheminement, cette mention est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Dès lors, le requérant n'est pas fondé à soutenir que le préfet de police a entaché sa décision d'une erreur de droit et d'une erreur de fait et ces moyens doivent être écartés.

8. Il résulte de tout ce qui précède que M. Imam n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2023.

Sur les autres conclusions de la requête :

9. Dès lors que le présent jugement rejette les conclusions aux fins d'annulation de l'arrêté du 26 novembre 2023, les conclusions aux fins d'injonctions et celles relatives aux frais de l'instance doivent également être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. Imam est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B Imam et au préfet de police de Paris.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 septembre 2024.

Le président du tribunal,

G. C

La greffière,

C. GIOFFRE

La République mande et ordonne au préfet de police de Paris en ce qui le concerne, et à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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